L’actualité spatiale des semaines des 20 et 27 novembre : Long March, Soyouz dont un échec et ISS

Pour différentes raisons, il n’y a pas eu de synthèse de l’actualité spatiale de la semaine du 20 novembre. Donc cette semaine, c’est 14 jours de récapitulatifs ! Et il y en a des choses à dire !

Deuxième lancement réussi pour Long March 6

Le 21 novembre, la Long March 6 a réalisé son 2e lancement. A 4h50 UTC, elle a décollé du centre de lancement de Taiyuan (Chine) avec 3 satellites à bord.

La deuxième fusée Longue March 6 transportant trois satellites Jilin-1 décolle le 21/11/2017 (credit CASC)

Lingqiao 04, 05 et 06 ou Jilin 1-04, 05 et 06 selon la dénomination, ont été placé sur orbite basse à une altitude de 535 km.  Il viennent rejoindre la constellation Jilin de 5 satellites d’observation déjà en orbite (Jilin-1 et LQSatLingqiao 1 et 2Lingqiao 3) qui devrait être constituée de 60 satellites à l’horizon 2020. La résolution de ses satellites est de l’ordre du mètre. Avec cette constellation, le taux de revisite (passage successif au-dessus d’un même lieu sur Terre) devrait avoisiner les 30 minutes.

Ferrari World à Abu Dhabi, photographié par le satellite optique Jilin-1A à plus de 600 km au-dessus de la Terre (credit Chang Guang ST Co)

Le premier lancement de la Long March 6 avait eu lieu en septembre 2015 [à lire dans Lancements de la semaine du 14 au 20 septembre : premier vol de Long March 6]. Avec les nouvelles Long March 5 et 7, ces fusées devraient remplacer à terme les Long March 2,3 et 4. La Chine a annoncé dernièrement que la Long March deviendrait un lanceur réutilisable d’ici 2020. Le test d’ailettes (comme pour la Falcon 9 de SpaceX) aurait lieu d’abord sur une Long March 4.

Deuxième lancement chinois en quelques jours

Alors que les lancements de la Chine avaient connus une interruption à l’été suite à un semi-échec en juin, la cadence ne faiblit pas en cette fin d’année. La Chine a en effet procédé à une deuxième lancement en l’espace de quelques jours. Le 24 novembre à 18h10 UTC, c’est une Long March 2C qui a décollé du centre de lancement des Satellites de Xichang (Chine).

Lancement Long March 2C / Yaogan-30 (credit Xinhua/Yang Zhongzhou)

Trois satellites Yaogan-30 ont été mis sur orbite. Ils s’ajoutent à ceux déjà lancé en septembre dernier [lire L’actualité spatiale de la semaine du 25 septembre : Proton, Long March,…]. Il s’agirait de satellites espion de reconnaissance (Yao Gan signifiant télédétection en chinois).

Pour en savoir plus : La mystérieuse constellation Yaogan-30 sur Est-Pendulum.

Nouvelle rehausse de l’orbite de l’ISS

Le 29 novembre, le cargo Progress 67P ou Progress MS-06 a allumé ses moteurs pendant 183,6 secondes (un peu plus de 3 minutes) afin de rehausser l’orbite de l’ISS.  En conséquence, la Station a reçu une augmentation de vitesse de 0,36 m/s.

Les paramètres d’orbite calculés de l’ISS après la manœuvre étaient :  altitude minimale 402,8 km, altitude maximale  422,7 km, période orbitale 92,60 minutes, inclinaison de l’orbite 51,625°.

Cette rehausse a été effectuée en vue de donner les meilleures conditions balistiques pour l’atterrissage à venir du Soyouz MS-05 planifié au 14 décembre et le lancement du Soyouz MS-07 prévu le 17 décembre prochain.

Configuration de l’ISS après l’arrivée du cargo Progress MS-06 (ou 67) le 16/06/2017 (credits NASA)

Echec d’une Soyouz

Ce lancement était attendu : le second de la nouvelle base de Vostochny, où le premier décollage avait eu lieu en avril 2016, il y a plus d’un an et demi [lire Bientôt le premier décollage au nouveau centre russe de lancement de Vostochny et Succès du premier lancement Soyouz depuis Vostochny]

Le décollage s’est déroulé correctement le 28 novembre à 5h41 UTC. 

Les boosters du premier étage se sont séparés à 118,2 secondes du vol. La coiffe a été éjectée comme prévue à 223 secondes en vol. Mais au bout d’un peu moins de 10 minutes de vol, après la séparation des 2e et 3e lorsque l’étage supérieur Fregat devait prendre le relais, placé sur une trajectoire balistique juste en dessous de la vitesse orbitale, les choses ne se sont pas déroulées comme planifié. A 9h08 UTC alors que le vol de l’étage supérieur Fregat et de ses passagers devaient être encore en cours (6 allumages de l’étage Fregat devaient être nécessaires pour mettre sur orbite voulue tous les satellites embarqués), Roscosmos annonçait n’avoir pu prendre contact avec le satellite principal qui ne se trouvait pas sur l’orbite attendue. Le NORAD, organisme militaire américain de suivi des objets en orbite, confirmait entre temps ne pas avoir détecté de nouvel objet en orbite.

Au vu des premières informations officielles, il apparaît que l’étage supérieur Fregat s’est bien détaché du 3e étage vers 9 minutes et 23 secondes de vol. Le 1er décembre, Roscosmos annonçait que l’étage supérieur Fregat avait très probablement fait une rentrée atmosphérique au-dessus de l’Atlantique Nord par 42° de latitude nord et 38° de longitude ouest.

Sur Twitter, une vidéo montrant la rentrée d’un objet dans l’atmosphère concorde avec ces données :

Selon des sources bien informées, Anatoly Zak a posté sur l’un des sites référence pour l’actualité spatiale russe, russianspaceweb.com, que « le matériel à bord de l’étage supérieur Fregat a fonctionné comme prévu. Mais, c’est le système de contrôle de vol du Fregat qui n’aurait pas eu les paramètres corrects pour la mission à partir du nouveau site de lancement de Vostochny, contrairement  comme aux sites de lancements habituels de Baïkonour et de Plesetsk. En conséquence, dès que Fregat et sa charge utile se sont séparés du troisième étage, son système de commande de vol a commencé à commander un changement d’orientation de l’ensemble pour compenser ce que l’ordinateur avait perçu comme une déviation majeure d’attitude. En conséquence, lorsque le Fregat a commencé sa première mise à feu du moteur principal préprogrammé, le véhicule semblait encore changer d’attitude, ce qui a conduit à une manœuvre dans la mauvaise direction. »

Une commission d’enquête officielle a été annoncée par Roscosmos et les premiers résultats officiels devraient être annoncé d’ici mi-décembre. Cela ne remet pas en cause le prochain vol Soyouz vers l’ISS avec un équipage à bord car il n’y a pas d’étage supérieur Fregat.

A bord de ce lancement, il y avait un satellite météorologique russe Meteor M n°2-1 ainsi que 18 petits satellites. Parmi eux, 10 cubesats Lemur-2 pour SpireGlobal Inc. et Baumanets-2, un microsatellite de 85 kg, développé entre la France à l’université de Montpellier (au Centre Spatial Universitaire) et la Russie, à l’université Bauman de Moscou. A noter que le satellite Baumanets-1 avait déjà été perdu lors d’un lancement raté en juin 2006 à bord d’une fusée Dnepr…

Un satellite chinois bien secret

Ce lancement n’avait pas été annoncé et du coup, le caractère militaire du satellite à bord de la Long March 2D  qui a décollé le 3 décembre à 4h11 UTC ne fait pas de doute.

Lancement Long March 2D / LKW-1 du 3/12/2017 (credit Xinhua/Zhen Zhe)

LKW-1 (Ludi Kancha Weixing) a été annoncé par les autorités comme servant à la « télédétection des ressources terrestres », mais son orbite basse (500 km d’altitude) et son lancement secret laisse penser aux experts qu’il s’agit d’un satellite d’observation militaire performant.

Pour en savoir plus : Lancement d’un mystérieux satellite nommé LKW-1 sur Est-Pendulum.

Soyouz décolle à nouveau

Malgré l’échec de la Soyouz 2.1b du 28 novembre, une Soyouz 2.1b a décollé le 2 décembre à 10h43 UTC du Cosmodrome de Plesetsk avec à son bord un satellite de surveillance militaire Lotos-S1 (ou Kosmos 2524 selon sa dénomination officielle).

Même s’il s’agit du même type de lanceur que celui du 28 novembre, la mise sur orbite de ce satellite ne nécessitait pas l’utilisation du dernier étage Fregat. Les autorités russes ont donc décidé de procéder comme prévu au lancement de cette charge utile, dédouanant ainsi le lanceur Soyouz 2.1b.

Il s’agirait du 3e satellite Lotos (le second ayant été lancé en décembre 2014) pour l’interception de signaux radios terrestres et donc la localisation de véhicules ou installations militaires, soit l’intelligence électronique orbitale ou ELINT. Il devrait effectuer sa mission après avoir circularisé son orbite à une altitude de 900 km environ. C’était le quatrième lancement du lanceur Soyouz du centre spatial de Plesetsk en 2017.

En bref

  • L’ISS fête ses 19 ans. Le 20 novembre 1998, le  premier module de la Station Spatiale Internationale était lancé : Zarya. 

Depuis 2000, la Station est habitée sans discontinuité. Il est prévu qu’elle reste au moins en activité jusqu’en 2020 voire 2024.

C’est le plus grand laboratoire d’expériences en impesanteur.

Faits marquants de la Station Spatiale Internationale par l’Agence Spatiale Canadienne.

Mes articles sur les anniversaires précédents : 16 ans de Station Spatiale Internationale en 16 Gifs Bon anniversaire à l’ISS ! #ISS15Les réseaux sociaux fêtent les 15 ans de l’ISS #ISS15

  • Le 21 novembre, la 13e campagne de déploiement de cubesats depuis l’ISS avec le système Nanoracks a été terminée. Ce système NanoRacks CubeSat Deployer (NRCSD) est utilisé à partir du module japonais JEM de la Station pour le déploiement jusqu’à 6 cubesats 1U. Le 21 novembre, ce sont 5 cubesats qui ont déployés dont le premier cubesat 6U (2Ux3U), Dellingr.

GIF animé du déploiement de Dellingr dans l’espace depuis la Station spatiale Internationale. Crédits: Nanoracks

Ces cubesats avaient été amenés à bord des cargos Dragon CRS-12 et Cygnus OA-8. Parmi eux, EcAMSat [détails dans Le Cygnus OA-8 bien arrivé à l’ISS].

  • Fin de Sirius 2017. Une simulation, Sirius pour Scientific International Research In Unique terrestrial Station, de 17 jours en isolement a pris fin le 25 novembre. 6 personnes, 3 femmes dont la cosmonaute Ana Kikina, et 3 hommes ont passé leurs journées confinées dans une maquette près de Moscou pour simuler un voyage vers la Lune. C’est la première fois qu’une simulation terrestre de longue durée a plus d’une femme dans l’équipage.

Des expériences régulières avec des durées variables sont régulièrement effectuées en Russie, aux Etats-Unis et en Chine pour simuler des missions lointaines. La plus longue à ce jour, sauf erreur, a duré 500 jours « Mars 500 » avec le français Romain Charles dans l’équipage.

  • Soho a 22 ans !

Ce 2 décembre marque le 22e anniversaire du décollage de l’observatoire spatial du Soleil, SOlar Heliospheric Observatory, alors qu’il n’était prévu initialement pour fonctionner que 2 ans. Cette mission conjointe ESA/NASA permet l’étude du Soleil. SOHO a révélé notamment que le noyau du Soleil tourne quatre fois plus vite que sa surface [à lire ESA, NASA’s SOHO Reveals Rapidly Rotating Solar Core]. SOHO a permis aussi la détection ou la surveillance de plus de 3000 comètes comme ici avec 96P en octobre dernier :

Mon article sur les 20 ans de SOHO : Retour sur un anniversaire : les 20 ans de SOHO

  • Le cosmonaute Anton Shkaplerov, qui s’envolera pour sa 3e mission spatiale pour l’ISS en décembre, a déclaré dernièrement à l’Agence TASS (Scientists find living bacteria from outer space on ISS satellite’s surface) que des bactéries extra-terrestres auraient été découvertes dans des échantillons prélevés lors de sorties spatiales en dehors de l’ISS par les cosmonautes russes.

Mais beaucoup d’experts remettent en cause ce caractère « extraterrestre ». En effet, il est connu que des bactéries ou les tardigrades résistent aux conditions extrêmes du vide spatial. Donc ces bactéries peuvent très bien avoir été amenées par l’Homme sur l’ISS. A lire : Pourquoi les bactéries retrouvées sur l’ISS ne sont probablement pas extraterrestres sur Marshable.

Vue d’artiste de Space Rider, le successeur de l’IXV (Intermediate eXperimental Vehicle) de l’ESA qui a accompli le 11 février 2015 un vol suborbital parfait avec un retour dans l’atmosphère suivi d’un amerrissage (source Thales Alenia Space) 

Space Rider sera un « système de transport automatisé et réutilisable, conçu pour être lancé par le nouveau lanceur Vega C et déployé en orbite basse. L’objectif de Space Rider est de fournir à l’Europe un système de transport spatial entièrement autonome, abordable, indépendant et réutilisable pour des missions non habitées et un accès « aller-retour » routinier à l’orbite basse. Il sera utilisé pour transporter une variété de charges utiles sur différentes altitudes et inclinaisons en orbite basse. »

 

 

Le récap en vidéo de Stardust

 

 

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