Google Lunar XPRIZE – De nouveaux rebondissements

Un an s’est écoulé depuis l’article de présentation du Google Lunar XPRIZE [lire Google Lunar XPRIZE, une nouvelle course à la Lune], ce concours initié il y a 10 ans par la fondation XPRIZE avec le soutien de Google.

Fin Décembre 2016, 5 équipes ont finalement confirmé avoir signé un contrat pour un lancement vers la Lune, condition nécessaire à leur maintien dans la compétition.
Sept autres équipes ont par ailleurs affirmé depuis, leur volonté de poursuivre leurs missions vers la Lune, mais ne pourront pas prétendre aux différents prix du GLXP.

Les équipes

Parmi les équipes encore en lice pour le prix, nous vous avions déjà présenté la Team Hakuto (Japon) dans notre précédent article. Voici quelques mots sur les 4 autres prétendants.

TeamIndus (Inde)

L’équipe a choisi le lanceur Indien PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle), dont l’historique est aujourd’hui de 41 lancements dont 38 réussis. Elle partagera le volume sous coiffe avec le rover de la Team Hakuto, avec une date de lancement pendant un temps espérée fin 2017, mais qui à ce jour est envisagée pour courant 2018.

Cette équipe composée à l’origine d’amis sans vraiment d’expérience dans l’industrie spatiale est également la seule équipe indienne à avoir participé au concours et se retrouve aujourd’hui parmi les 5 finalistes sur 32 équipes initialement inscrites !

Profil de mission de la TeamIndus (Crédit : TeamIndus)

TeamIndus a pour ambition de ramener l’Inde sur la Lune, à la surface de laquelle le pays avait envoyé un impacteur dans le cadre de la mission Chandrayaan-1 en 2008. Si le lancement a lieu comme prévu à la fin de l’année ou en début d’année prochaine, l’Inde pourrait vraisemblablement alunir à deux reprises dans les mois à venir, puisque la mission Chandrayaan-2 dotée cette fois d’un lander et d’un rover, est également sur les rails.

La mission de TeamIndus est prévue pour une durée de 24 jours dont 10 en orbite puis 14 à la surface, où le rover ECA (“Ek Choti si Asha”, qui se traduit par « un petit voeu ») devrait effectuer sa mission dans une zone appelée Mare Imbrium (mer des pluies), l’un des plus vastes cratères du Système Solaire, à proximité de la zone où le rover chinois Yutu a évolué pendant quelques semaines fin 2015 avant de cesser d’émettre à la mi-2016 [lire Photos/vidéos du jour : La Chine sur la Lune !]. Petite mention cocorico, les deux caméras haute définition, les yeux du robot, qui lui permettront de capturer les images nécessaires à l’obtention du prix, proviennent du CNES !

Le rover ECA de la TeamIndus (Crédit : TeamIndus)

Pour plus d’informations n’hésitez pas à consulter le site de l’équipe !

SpaceIL (Israël)

L’équipe israélienne a été la première, dès octobre 2015, à faire valider son lancement à bord de la célèbre Falcon 9 de Space X. Le lancement, bien qu’initialement prévu pour 2017, s’est vu retardé par le glissement des lancements de Space X à la suite notamment de l’échec de septembre 2016. Aucune date n’ayant pour l’heure été annoncée, il n’est malheureusement pas impossible que la fenêtre ne s’ouvre qu’après la date limite fixée par la fondation XPRIZE, privant l’équipe de sa tentative prévue de longue date.

La stratégie de SpaceIL pour parcourir la distance réglementaire à la surface n’a pas été de partir sur le principe éprouvé (sur la Lune et au delà) du rover. Le véhicule utilisera en fait le moteur dédié à son atterrissage pour effectuer un bond de 500 mètres afin d’atteindre un second site où il fera les prises de vues et qui seront transmises en direct vers la Terre.

Illustration présentant les sous-systèmes de l’atterrisseur de SpaceIL (Crédit : SpaceIL)

Le site de l’équipe, pour plus de détails sur leur mission.

Moon Express (États-Unis)

L’équipe californienne s’est vue accordée en 2016 la première autorisation du gouvernement américain pour un lancement privé vers la Lune après avoir signé un contrat pour plusieurs lancements avec l’entreprise Rocket Lab.

Bien que le règlement du GLXP interdise aux équipes de dépendre de fonds gouvernementaux, les liens entre Moon Express et l’agence spatiale américaine sont étroits. Dès 2014, elle a été l’une des trois sélectionnées par la NASA pour intégrer le programme Lunar CATALYST (Lunar Cargo Transportation and Landing by Soft Touchdown). Ceci lui donne notamment accès à l’expertise de l’agence ainsi qu’à du soutien logistique et matériel.

En retour, Moon Express offrira pour 1,5 millions de dollars de financement à des projets sélectionnés par la NASA qui seront embarqués dans l’une de ses trois missions prévues vers la Lune. Bien que seule la première de ces missions (Expedition One / Lunar Scout) soit directement liée au GLXP, il est intéressant de noter que l’équipe a dores et déjà prévu d’autres missions vers la Lune, avec de nouveaux véhicules (MX-2 et MX-5) et d’autres objectifs :

  • Expedition One / Lunar Scout : prévue en 2018 avec pour objectif d’emporter le GLXP (atterrisseur MX-1)
  • Expedition Two / Lunar Outpost : exploration du pôle sud
  • Expedition Three / Harvest Moon : retour d’échantillon

De la même façon que SpaceIL, l’atterrisseur de Moon Express (MX-1) devrait parcourir les 500 mètres réglementaires à l’aide de son propulseur.

Le MX-1 qui effectuera la première mission prévue par Moon Express vers la Lune (Crédit : Moon Express)

Au delà de la compétition, l’équipe prévoit, en association avec Nanoracks (actuellement pourvoyeur de nombreuses opportunités à bord de l’ISS, voir l’article sur les cubesats), de proposer des services sur et autour de la Lune.

Le site de l’équipe accessible ici.

Synergy Moon (International)

Au départ formée de la fusion du Human Synergy Moon Project et d’Interorbital Systems, l’équipe a depuis absorbé d’autres participants du GLXP (5 au total sur les 29 entrants), ce qui en fait aujourd’hui le seul finaliste dont les membres sont dispersés sur trois continents.

L’approche choisie ici est de déployer une paire de rover, le Tesla Surveyor, principalement dédié à la réalisation d’images haute définition, tandis que le Tesla Prospector aura des visées plus scientifiques et sera équipés de capteur permettant d’analyser le régolithe lunaire.

Les rovers Tesla Surveyor (sphérique) et Tesla Prospector (Crédit : Synergy Moon)

Malheureusement, relativement peu d’images sont disponibles pour illustrer les projets de cette équipe, dont le lanceur N-8 (développé par Interorbital Systems) a effectivement passé des premiers tests statiques jusqu’en 2014 et préparait un test de lancement (du modèle N1 doté d’un simple moteur) pour cette fin d’année.

Tout est encore jouable pour cette équipe atypique et nous espérons en apprendre plus sur leurs projets à plus long terme. Il semblerait que des missions en orbite basse ainsi que le déploiement d’un réseau de communication interplanétaire aient un temps été envisagé…

La fusée N1 de Interorbital Systems, petite soeur de la N8 prévue pour la Lune (Crédit : Interorbital Systems)

Le site de l’équipe est visible là.

Les mois à venir…

Les concours organisés par la fondation XPRIZE, de part leur volonté de susciter l’innovation dans des domaines de pointe, ont souvent fait face à la nécessité de déplacer les échéances pour permettre à certaines équipes d’effectivement atteindre les objectifs fixés.

Le GLXP n’a à ce niveau pas fait exception à la règle, et de multiples délais ont été accordés aux équipes au fil des ans, tels que déjà expliqué il y a un an. Bien que l’objectif depuis la confirmation des 5 finalistes ait été d’atteindre la Lune avant les 12 coups de minuit ce 31 décembre, une dernière extension a été accordée aux équipes jusqu’au 31 mars 2018.

Il apparaissait en effet difficile que l’une de ces équipes parvienne à se poser sur la Lune d’ici au 31 décembre 2017. Un trimestre supplémentaire est donc alloué aux équipes, afin de peaufiner les détails de leurs missions. Cela s’avérera sans doute d’une importance particulière pour les équipes Moon Express et Synergy Moon, qui ont choisi des lanceurs n’ayant jusqu’ici pas fait leurs preuves en orbite (respectivement l’Electron de Rocket Lab et la Neptune 8 de Interorbital Systems). L’équipe Israélienne SpaceIL ne pouvait vraisemblablement pas s’attendre à un lancement sur Falcon 9 dans les semaines à venir, pour les raisons mentionnées ci-dessus.

Par ailleurs, une autre annonce permet aux équipes d’aborder les derniers mois de compétition avec un peu plus de sérennité. Les organisateurs ont en effet décider d’attribuer des prix intermédiaires pour la ou les équipes effectuant une orbite complète autour de la Lune ou une descente directe vers la surface (1,75 millions de dollars) et pour celles capables de confirmer un alunissage (3 millions de dollars).

Ceci intervient à un moment clé du concours, offrant une motivation supplémentaire aux équipes pour les pousser à effectuer leurs lancements. Nous pourrions donc assister à un intéressant spectacle dans les mois à venir et si ce n’est à une course au sens propre du terme, au moins à de multiples tentatives d’alunissages par des compagnies privées, qui en eux même représenteraient un véritable exploit (et une première pour le spatial non gouvernemental). Depuis la course à la Lune des années 60 et 70, seule la Chine a effectué un véritable alunissage avec son rover Chang’e 3 le 14 décembre 2013 [lire Photos/vidéos du jour : La Chine sur la Lune !].

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *