Espace : les événements à ne pas rater en 2020

Comme tous les ans en début d’année, essayons de voir ce qui sera très intéressant à suivre dans l’actualité spatiale en 2020.

2020 année martienne

Après 2019 année lunaire, c’est vers Mars que plusieurs missions essaieront de se diriger et de s’y poser. En effet, les positions relatives de la Terre et de Mars seront optimales cette année à partir de juillet, 50 jours environ avant l’opposition Terre-Mars. En juillet, la Terre sera située 44° en arrière de la planète Mars. Cela permettra aux missions lancées pendant une période de 2 mois environ à partir de juillet de ne faire qu’un voyage « court » de 7 mois avec les technologies actuelles de propulsion des engins spatiaux.

Les oppositions Mars / Terre de 2010 à 2020 (extrait du blog splendeursducielprofond.eklablog.fr)

Mars 2020

Le nouveau rover martien de la NASA, qui s’appelle pour l’instant Mars 2020 (mais son nom sera mis à jour d’ici le lancement – on en reparlera) est actuellement la mission vers Mars qui a le plus de chance d’être lancée entre le 17 juillet et le 5 août 2020.

Cette nouvelle mission de la NASA vient à la suite de celle du rover Curiosity et emporte tout un arsenal d’instruments pour étudier l’habitabilité de Mars, rechercher les signes de la vie microbienne passée, et collecter et stocker des échantillons pour une mission de retour de ceux-ci sur Terre dans quelques années.

Mars 2020 Media Day
Le rover Mars 2020 au JPL le 27/12/2019 (Crédit : NASA/JPL-Caltech)

Le rover Mars 2020 est pratiquement fini d’être assemblé au Jet Propulsion Laboratory à Pasadena en Californie. Il va bientôt partir pour sa phase finale de tests et sa préparation au lancement au Kennedy Space Center en Floride.

Il a réalisé ses premiers tours de roues fin décembre, démontrant ainsi que le robot pouvait se mouvoir par lui-même sous son propre poids.

Le module de croisière et le module de descente sont déjà terminés.

Mars 2020 Media Day
Le module de descente de Mars 2020 (Crédit : NASA/JPL-Caltech)

L’atterrissage sur Mars n’est prévu que le 18 février 2021 mais on suivra le lancement en juillet ou août prochain sur le blog évidemment !

Exomars 2020 l’incertitude

Après Exomars 2018, la mission russo-européenne Exomars 2020 doit décoller si tout va bien entre le 26 juillet et le 11 août 2020, pour un atterrissage le 19 mars 2021.

Le rover est presque prêt au lancement. Rosalind Franklin a terminé ses tests d’environnement fin décembre et devrait être intégré prochainement à la plateforme d’atterrissage.

Le rover d’Exomars 2020, Rosalind Franklin, en tests thermiques (crédit Airbus DS)

Les instruments scientifiques de la plateforme de surface russe Kazachok qui doit surveiller l’environnement local sur le site d’atterrissage, sont en cours d’intégration finale par l’Académie russe des sciences (IKI).

Le module de croisière et la plateforme Kazachok ont été intégrés ensemble et ont effectué leurs tests en vide thermique. Ils n’attendent plus que le rover pour assemblage final, prévu en février, et les tests finaux, avant de partir pour la campagne de lancement si les soucis de parachutes sont réglés.

Intégration du module de transport et du module d’atterrissage (crédit : Thales Alenia Space)

Dans un article précédent, je vous parlais du souci majeur de la mission : les tests des parachutes de descente qui n’étaient pas satisfaisants à moins d’un an du lancement. Après investigations, il est apparu que les principaux problèmes concernaient les sacs de parachute, et non les parachutes eux-mêmes.

Depuis, des progrès ont été accomplis grâce au support de la NASA et du JPL, qui ont réalisé avec succès plusieurs atterrissages martiens sous parachutes. Plusieurs tests d’extraction dynamique des parachutes ont été effectués au JPL au sol pour valider la stabilité de la nouvelle conception des sacs des parachutes avant les prochains tests de chute à haute altitude. Les tests au sol imitent les vitesses élevées auxquelles les parachutes seront tirés de leurs sacs pendant la phase de descente sur Mars.

Les systèmes de parachute seront testés à nouveau lors de deux tests de chute à haute altitude dans l’Oregon, aux États-Unis, en février et mars 2020. Les tests doivent être achevés avant la «revue de qualification et d’acceptation» du projet ExoMars prévue fin avril afin de respecter la fenêtre de lancement 2020.

Huoxing-1 est-il prêt ?

La première mission 100% chinoise* vers Mars s’appelle Huoxing-1 (Mars en chinois). Elle comprend un orbiteur, un atterrisseur et un rover.
[*Yinghuo-1 était le premier orbiteur chinois martien embarqué sur la mission ratée russe Fobos-Grunt]
Huoxing-1 en configuration de lancement selon une image diffusée en septembre (Crédit: CASC)

Contrairement aux rovers Yutu lunaires, le rover serait 2 fois plus gros, soit 240 kg. L’atterrissage serait prévu pour fin avril 2021.

Représentation de l’atterrisseur et du rover chinois sur Mars (credit Xinhua)
Mais à ce jour, on ne sait pas si tout se déroule bien pour un décollage prévu en juillet ou août prochain. Les dernières nouvelles viennent de novembre lors de la diffusion d’images d’un test sous portique de l’atterrisseur mené dans des installations d’essais de l’agence spatiale chinoise (CNSA). Le test a démontré les capacités de vol stationnaire, d’évitement d’obstacles et de décélération de l’engin.
Au moins, une incertitude semble être levée avec le succès du retour en vol du lanceur, la Long March 5 [voir actus de décembre].

Hope, l’espoir des EAU

A ce jour, on a peu de nouvelles de la mission martienne des Emirats Arabes Unis : HOPE [lire Les Emirats Arabes Unis, une nouvelle nation spatiale]
En avril 2019, l’agence spatiale des EAU et le centre spatial Mohammad Bin Rashid (MBRSC) avaient annoncé que 85% de la sonde Hope étaient terminés et qu’il restait à faire les tests environnementaux entre juin et décembre.
Le lancement est prévu en juillet 2020 et l’arrivée en orbite martienne est prévue en 2021, ce qui coïnciderait avec les 50 ans de la création des Emirats Arabes Unis.
L’orbiteur martien des Emirats arabes Unis, Hope (crédit MBRSC)

Mise à jour 18/01/2020

L’agence spatiale émirati a publié sur twitter une image de Hope qui semble presque terminé :

Hope (crédit UAEspaceagency)

et du lanceur H2A avec la coiffe ornée du logo de la mission

La fusée japonaise H2A ornée du logo de la mission Hope (crédit UAEspaceagency)

 

Retour sur la Lune pour l’Inde et la Chine ?

Après l’échec de l’atterrissage de Vikram sur la Lune en 2019, à cause d’un souci dans la dernière phase de descente, l’agence spatiale indienne, l’ISRO a annoncé que la mission Chandrayaan-3 avait commencé. Chandrayaan-3 n’aura qu’un atterrisseur et un rover, ainsi qu’un module de propulsion pour transporter l’engin spatial vers la Lune, l’orbiteur de Chandrayaan-2 fonctionnant très bien. Toutefois, la tenue d’un planning pour un lancement en 2020 semble très optimiste.

Les différentes étapes prévues de l’atterrissage de Chandrayaan-2 (credit ISRO)

En plus de la mission Chang’e4 qui se poursuit sur la Lune depuis un an, la Chine avait prévu une autre mission en 2019 : Chang’e5. Mais en raison du retard de son lanceur lourd, Long March 5, la mission Chang’e5 a été décalée en 2020. Chang’e5 a pour objectif de rapporter sur Terre des échantillons du sol lunaire. La mission compte un orbiteur et un atterrisseur équipé d’un étage de remontée, et d’une capsule de retour d’échantillons à bord de l’orbiteur. Toutefois, c’est la version Long March 5B qui est nécessaire pour envoyer cette mission de plus de 8 tonnes au décollage. Pour l’instant, elle n’a pas encore volé, donc la mission Chang’e5 dépendra du lanceur.

Présentation de Chang’e5 lors d’une conférence à la Cité de l’espace en 2019 (crédit Rêves d’Espace)

 

De nouveaux rendez-vous avec le Soleil

L’Europe à l’assaut du Soleil avec Solar Orbiter

Le décollage de la mission Solar Orbiter de l’Agence Spatiale Européenne est prévu à ce jour pour le 6 février 2020.

Solar Orbiter est la première mission proche du Soleil qui va directement faire des images de la surface de notre Etoile avec une précision unique d’environ 70 km/pixel sous plusieurs longueurs d’onde (du visible aux rayons X). Les données récoltées devraient permettre d’en savoir plus sur les éruptions solaires par exemple.

Solar Orbiter va compléter la mission Parker Solar Probe qui effectue déjà des mesures scientifiques à proximité du Soleil depuis environ 1 an.

Pour (re)voir le satellite avant son décollage :

Encore plus de détails à venir après le lancement, que je verrai si tout va bien depuis le centre des opérations de l’ESA à Darmstadt en Allemagne.

 

L’Inde va étudier le Soleil aussi

L’Agence Spatiale Indienne (Isro) envisage aussi de lancer le satellite Aditya-L1 autour du Soleil. Le début de la mission est prévu pour fin 2020. La sonde sera positionnée au point Lagrange L1 Terre-Soleil afin d’étudier la photosphère et la chromosphère du Soleil et de mesurer le champ magnétique solaire. Plus de détails à venir dans l’année !

Schéma du satellite pour l’étude du Soleil Aditya-L1 (crédit ISRO)

 

Collecte et retours d’échantillons d’astéroïdes

Osiris-Rex, enfin la collecte

Courant 2020, la mission Osiris-Rex, en orbite autour de l’astéroïde Bennu depuis le 3 décembre 2018, devrait récolter des échantillons à la surface de celui-ci. Après avoir effectué des derniers vols de reconnaissance, la sonde devrait toucher brièvement la surface de Bennu à l’été 2020. OSIRIS-REx devrait renvoyer sur Terre l’échantillon de régolithe en septembre 2023.

Cette image représente le site Nightingale (Rossignol) où OSIRIS-REx devrait collecter des échantillons courant 2020. En superposition un schéma de la sonde pour échelle (crédits: NASA/Goddard/University of Arizona)

Hayabusa-2 le retour

La sonde japonaise Hayabusa-2 a quitté l’astéroïde Ryugu en novembre dernier. A son bord des matériaux de la surface de l’astéroïde collectés par deux fois en 2019. En décembre 2020, la capsule renfermant les échantillons devrait atterrir dans le désert de Woomera en Australie. On en reparler dans le blog, car cette mission est géniale ! [enfin moi, je trouve]

L’astéroïde Ryugu capturé avec la caméra de navigation optique (ONC-T) immédiatement après le départ à 10h15 JST (heure bord) (crédit AXA, Chiba Institute of Technology, University of Tokyo, Kochi University, Rikkyo University, Nagoya University, Meiji University, University of Aizu, AIST

 

Des vols habités avec des vaisseaux américains ?

Depuis l’arrêt des Navettes Spatiales en 2011, les astronautes américains et la NASA sont tributaires des Soyouz russes pour les vols habités. Depuis plusieurs années, le retour des vols sur des vaisseaux américains est annoncé mais il se fait attendre. En 2019, cela aurait dû arriver mais des problèmes de parachutes pour les 2 vaisseaux, Crew Dragon de SpaceX et CST-100 Starliner de Boeing, et un souci lors d’un test statique des moteurs d’évacuation d’urgence du Crew Dragon n’ont pas permis de réaliser cet objectif en 2019.

Alors en 2020, ce sera la bonne ? Tout dépendra de 2 choses encore :

  • du succès du vol d’évacuation d’urgence de la capsule Crew Dragon, ou In-Flight Abort Test, programmé à ce jour le samedi 18 janvier.
  • des résultats des investigations suite à l’amarrage raté à l’ISS du CST-100 Starliner.

Les équipages des premiers vols habités avaient été annoncés pour courant 2018. Il n’y a plus à ce jour de date pour les premiers vols avec équipages. Je vous tiendrai informé sur le blog évidemment !

Les premiers équipages de Crew Dragon et du Starliner : (de gauche à droite) Bob Behnken, Mike Hopkins, Doug Hurley, Victor Glover, Nicole Mann, Chris Ferguson, Mike Fincke, Suni Williams, Josh Cassada (créidt NASA)

Tourisme spatial : enfin le début ?

Annoncés également depuis des années, les premiers vols avec passagers de l’avion spatial SpaceShipTwo de Virgin Galactic et de la capsule NewShepard de Blue Origin auront-ils lieu en 2020 ?

Pour Blue Origin, avec 3 vols en 2019, cela devrait être très certainement le cas.

La capsule du vol NS-11 avec un mannequin à bord (crédit Blue Origin)

Pour Virgin Galactic, avec un seul vol en 2019, on s’attendait à plus d’essais en vol. Virgin Galactic a dévoilé tout début janvier le 2e avion spatial en cours de fabrication, donc les ambitions sont là. A suivre..

Un second SpaceShipTwo en cours de fabrication début janvier 2020 (crédit Virgin Galactic)

 

Ariane 6  : les débuts fin 2020

Avec le lancement du 16 janvier, ce ne sont plus que 10 Ariane 5 qui devraient décoller. Fin 2020, Ariane 6 doit effectuer son vol inaugural et remplacer petit à petit le lanceur lourd européen Ariane 5.

Ariane 6 prévu pour être plus flexible que son aînée doit permettre à Arianespace de s’adapter au marché : des satellites de télécommunications moins lourds, mettre des satellites sur des orbites différentes grâce à un étage supérieur réallumable et fournir des lancements moins chers. On en reparlera évidemment !

Infographie Ariane 6 par AFP

Vega C

Attendu initialement pour 2019, Vega C, une version améliorée du lanceur léger Vega, plus puissante et plus flexible, devrait faire son tir inaugural en 2020.

En 2019, les tests moteurs ont permis de qualifier le propulseur P120C en configuration Vega C ainsi que le moteur Zefiro 40 de l’étage supérieur.

Logo de Vega C (crédit ESA)

Rocket Lab et la réutilisation ?

Rocket Lab, l’entreprise américaine qui lance à ce jour depuis la Nouvelle-Zélande, devrait faire décoller son Electron en 2020 depuis son nouveau pas de tir situé à Wallops en Virginie aux Etats-Unis, une base gérée par la NASA.

Lors du 10e lancement réussi d’Electron, l’entreprise a recueilli des données de la rentrée atmosphérique de son premier étage afin de vérifier la faisabilité d’une récupération de celui-ci ralenti en dernière phase par un parachute. La récupération est envisagée à l’aide d’un hélicoptère [détails dans la vidéo de décembre].

Vue d’artiste de la rentrée atmosphérique du lanceur Electron (crédit Rocket Lab)

Les autres lancements attendus

Arianespace vers une année record ?

Arianespace a annoncé en début d’année vouloir effectuer jusqu’à 12 lancements en 2020 depuis le Centre Spatial Guyanais : 5 Ariane 5, 4 Soyouz et 3 Vega.

Les lanceurs actuels d’Arianespace [crédit Ducrocs – ESA/CNES/Arianespace)
Tous les lancements Ariane 5 sont prévus pour des opérateurs commerciaux (Eutelsat, ISRO, SKY Perfect JSAT, KARI, B-SAT, Intelsat et NGIS, Embratel Star One)

Le 2e satellite FalconEye sera lancé en mars (le premier satellite avait été détruit lors de l’échec de Vega en 2019) sur Soyouz. Il y aura également le 2e satellite de défense française CSO (CSO -1 lancé en décembre 2018) et jusqu’à 2 missions de déploiement de la constellation de satellites OneWeb.

Huit lancements (voire plus) sur Soyouz devraient avoir lieu depuis les cosmodromes de Baïkonour et de Vostochny par l’intermédiaire de Starsem, filiale d’Arianespace, pour l’envoi de satellites additionnels OneWeb.

Pour le retour en vol de Vega, il devrait y avoir le vol VV16 avec le déployeur de petits satellites SSMS (Small Spacecraft Mission Service) qui était initialement prévu en 2019 mais retardé à cause de l’échec de VV15, et les premiers satellites de la constellation de satellites commerciaux d’observation de la Terre Pleiades Neo d’Airbus Defence and Space.

De nouveaux lanceurs chinois

La Chine qui est depuis 2 ans la première nation mondiale en nombre de lancements devrait tenir encore la première place avec ses lanceurs institutionnels Long March, dont au moins 10 lancements avec la plus performante, la Long March 3B (11 lancements en 2019). La China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) a annoncé vouloir faire 40 lancements en 2020, dont 20 depuis la base de lancement de Xichang.  Au vu des années passées, le chiffre annoncé n’est généralement pas atteint. A suivre..

Les Long March-5B, Long March-7A et Long March-8 devraient faire leurs premiers vols. La Long March 8 serait une fusée réutilisable, à la manière des Falcon 9.

Les lanceurs privés ou semi-privés devraient assurer également une partie des lancements avec notamment la Kuaizhou-1A (5 lancements en 2019), et si la Zhuque de LandSpace (aucun vol à ce jour), l’Hyperbola-1 de Ispace ou l’OS-M1 de OneSpace (1 vol=1 échec) arrivent à effectuer un lancement réussi.

Le décollage de Starship ?

SpaceX n’aura réalisé en 2019 « que » 13 lancements, comparés aux 21 de 2018. Avec le lancement de plusieurs lots de satellites de sa constellation en orbite basse Starlink, SpaceX devrait réaliser beaucoup plus de lancements en 2020, au moins une vingtaine.

En plus du premier vol avec équipage du vaisseau Crew Dragon, 2020 devrait voir le premier lancement du Starship SN1, selon les dires d’Elon Musk

Starship | First test vehicle
Le premier Starship de test lors d’une conférence de presse en septembre 2019 (crédit SpaceX)

Evidemment, il manque des événements, des missions, et tous les phénomènes astronomiques pour lesquels des sites spécialisés sont beaucoup plus pertinents que celui-ci.

Une bonne année à tous et à bientôt !

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