L’actualité spatiale de la semaine du 17 au 23 décembre : GSLV, Soyouz, Proton, Long March, Falcon 9, ISS et SEIS

Une semaine pleine de lancements, mais pas seulement.

 

GSLV : dernier lancement indien pour 2018

C’était le septième et dernier tir indien de l’année. L’ISRO (Indian Space Research Organisation) a lancé le satellite GSat-7A mercredi 19 décembre avec son lanceur lourd GLSV Mk II.

Décollage du GSLV emportant GSat-7A le 19/12/2018 (crédit ISRO)

Le tir a eu lieu à 11h40 heure de Paris depuis le second pas de tir du Satish Dhawan Space Center (Sriharikota). Le vol a été nominal. C’était en tout le treizième vol d’un  GSLV toutes variantes comprises depuis le premier vol en 2001. Les derniers succès du GSLV mettent fin à la période difficile qu’a connue le lanceur lourd avec ses nombreux échecs (trois mises en orbite ratées, et deux mises sur la mauvaise orbite, dont une irrécupérable).

La version Mk II du GLSV est à trois étages : le premier à propulsion solide, le second à carburant liquide et le troisième cryogénique. En plus du corps principal, le lanceur compte quatre boosters latéraux à ergols liquides. Alors que les premières variantes du GSLV ont été développées à partir du PSLV, la dernière version Mk III du GSLV est en revanche complètement nouvelle et n’a que quatre tirs au compteur, et le prochain tir devrait envoyer la mission Chandralayan vers la Lune début 2019.

Le GSLV Mk II transporté vers son pas de tir au Satish Dawan Space Center (crédit ISRO)

GSat-7A est un satellite de communication géostationnaire militaire qui rejoint la flotte INSAT (Indian National Satellite). Développé par l’ISRO pour l’Indian Air Force (IAF), GSat-7A mettra en lien différentes stations radar au sol, des bases aériennes, les AWACS et renforcer le réseau de l’IAF pour mieux coordonner ses opérations. GSat-7A fait 2250 kilos, ce qui n’était pas trop lourd pour le GSLV comme l’était GSat-11 qui a volé en Ariane 5. Il est le 35ème satellite conçu par l’ISRO et le deuxième pour le compte de l’IAF et un troisième (GSat-7C) devrait être livré dans quelques années. En attendant GSat-7A est censé fonctionner pendant au moins huit ans. Actuellement le satellite est en relèvement d’orbite comme prévu et l’ISRO a annoncé le 20 décembre que la première manœuvre s’était bien passée.

GSat-7A (crédit ISRO)

Le prochain tir de l’ISRO est prévu en janvier avec un PSLV.

 

Un nouveau satellite militaire français sur orbite : CSO

Mercredi 19 décembre, une Soyouz opérée par Arianespace a décollé du Centre Spatial Guyanais à 16h37 UTC. C’était le 11e et dernier lancement de l’année pour l’opérateur.

Décollage Soyouz VS20 / CSO-1 le 19/12/2018 (credit Arianespace)

Le satellite CSO-1, pour Composante Spatiale Optique, a été placé avec succès sur une orbite à 800 km d’altitude pour le compte du CNES et de la DGA (Direction Générale de l’Armement).

Il s’agit du premier de 3 satellites CSO qui seront opérationnels d’ici 2022, remplaceront ainsi les satellites Helios 2 (A lancé en 2004 et B en 2009) et qui complètent les satellites Pléiades.

Les instruments optiques des satellites CSO permettent l’acquisition d’images à très haute résolution dans les domaines visible et infrarouge (de jour et de nuit) et dans une variété de modes de prise de vue permettant de répondre à un large spectre de besoins. Les satellites sont de conception identique. Il s’agit de satellites manœuvrants, basés sur une architecture plateforme en partie héritée de Pléiades et leur conférant une autonomie et une agilité élevées malgré une masse portée à 3,5 tonnes. Les satellites CSO disposeront d’une capacité inédite de contrôle d’orbite autonome à bord pour les fonctions de maintien à poste (source officielle).

CSO à plein régime, pourra fournir presque 800 images et 9 To de données confidentiel défense et secret défense par jour, quadruplant les capacités offertes par le système actuel Helios.

Les données des 3 satellites CSO seront accessibles aux pays européens qui auront signé un accord de coopération, comme c’est déjà le cas pour l’Allemagne, la Suède et la Belgique.

CSO-2 sera lui placé en 2020, toujours par Soyouz, à 480 km d’altitude et fournira de l’image en EHR (Extrêmement Haute Résolution), pour des missions d’identification (identifier et comprendre ce qui a été détecté).

CSO-3 suivra en 2021, sur Ariane 6-2, pour compléter CSO-1 pour la mission reconnaissance à 800 km d’altitude, pour détecter les objets, les événements…, en très haute résolution (THR).

CSO fait partie du programme MUSIS (Multinational Space-based Imaging System) qui s’inscrit dans une démarche de complémentarité des capteurs et de fédération d’une Europe spatiale de la Défense. MUSIS comprendra à terme CSO, la composante radar italienne COSMO-Skymed seconde génération, la composante radar allemande SARah et la composante spatiale optique champ large espagnole INGENIO. La Suède est également partenaire sur CSO, offrant une station sol sur le cercle polaire.

 

Infographie du Ministère des Armées sur le cycle de demande d’image en opération militaire

Départ de l’ISS

Le vaisseau habité Soyouz MS-09 a quitté l’ISS le 20 décembre à 04h40, heure de Moscou (1h40 UTC).

Le Soyouz MS-09 photographié après son désamarrage de l’ISS le 20/12/2018 (credit NASA TV)

À son bord, les participants à la 57ème mission longue à l’ISS, Sergueï Prokopiev, Alexander Gerst et Seréna Auñón-Chancellor. Le cosmonaute Oleg Konenko était devenu la veille le commandant de la Station à la place d’Alexander Gerst.

De gauche à droite, Serena Auñón-Chancellor, Alexander Gerst  et Sergueï Prokopiev, dans l’ISS (credit Roscosmos)

L’atterrissage du vaisseau s’est effectué comme à l’habitude dans les plaines kazakhes un peu moins de 4 heures après le désamarrage, soit à 11h02 heure locale (5h02 UTC).

Les équipes de secours rejoignent la capsule de descente du Soyouz MS-09 après atterrissage le 20/12/2018 (credit Roscosmos)

Expedition 57 Soyuz MS-09 Landing (NHQ201812200022)

La capsule de descente du Soyouz MS-09 après atterrissage le 20/12/2018 (credit NASA/Bill Ingalls)

Horizons landing

Alexander Gerst, Sergueï Prokopiev et Serena Auñón-Chancellor quelques minutes après leur retour sur Terre le 20/12/2018 (Credits: NASA/Bill Ingalls)

Après les premiers examens médicaux, Sergueï est parti à la Cité des étoiles près de Moscou, Séréna est partie à Houston et Alexander Gerst est arrivé dans la nuit à l’EAC, Centre Européen des Astronautes à Cologne, acclamé par beaucoup de monde et semble-t-il très en forme. A l’image de Thomas Pesquet en France, Alexander est une « vedette » en Allemagne.

Alexander Gerst arrives at Cologne after second spaceflight

Le Soyouz MS-09 et son équipage étaient arrivés à l’ISS le 8 juin dernier. Au cours de leur séjour de 197 jours à bord de la Station spatiale internationale, les 3 astronautes ont mené à bien un programme de recherche appliquée et d’expériences et ont participé à la maintenance de l’ISS.

Il s’agissait du premier vol spatial pour Séréna et Sergueï. Sergueï Prokopiev a effectué deux sorties spatiales (VKD45 et VKD45a).

Alexander Gerst avec ce 2e vol de sa carrière devient le premier astronaute européen en temps cumulé dans l’espace avec 362 jours, devançant Thomas Reiter.

Le prochain équipage n’arrivera qu’en février 2019 si tout va bien, à bord du Soyouz MS-12, avec Nick Hague et Alexey Ovchinin, les 2 malheureux cosmonautes du lancement avorté d’octobre dernier, accompagnés de l’américaine Christina Koch.

 

Lancement Proton /Blagovest-13L

Un satellite militaire a été lancé avec succès grâce à une fusée Proton-M depuis le cosmodrome de Baïkonour vendredi 21 décembre à 00h20 UTC ( 3h20, heure de Moscou), a annoncé le ministère russe de la Défense.

Décollage Proton /Blagovest-13L le 21/12/2019 (credit Ministère de la Défense russe)

C’est le 3e satellite de télécommunication militaire de la série Blagovest qui a été mis sur orbite. il porte la dénomination officielle russe Cosmos-2533. Le premier satellite Blagovest, Blagovest N°11L, a été lancé avec succès sur une mission Proton en août 2017, suivi de Blagovest N°12L plus tôt cette année.

C’était seulement le 2ème lancement d’une Proton en 2018, le plus faible taux annuel de tir du lanceur depuis son premier décollage en 1966, mais le 418ème lancement de l’histoire du lanceur Proton (avec toutes ses modifications). Proton fait face à la concurrence d’Arianespace et SpaceX pour les lancements commerciaux et la Russie développe moins de satellites indigènes qu’auparavant. ILS aurait jusqu’à deux vols commerciaux Proton prévus pour 2019. Il y aurait également cinq missions Proton prévues pour le gouvernement russe en 2019 selon spaceflightnow.com.

 

Long March 11 / Hongyun-1 : débuts de constellations chinoises

La CASC a lancé samedi 22 décembre le satellite Hongyun-1 avec son lanceur léger Long March 11. Annoncé quelques jours avant seulement, le vol a eu lieu à 7h46 heure de Pékin. La fusée Long March 11 a décollé d’une plateforme mobile depuis le Jiuquan Satellite Launch Centre. C’était le 37ème vol orbital chinois de 2018.

Décollage Long March 11 / Hongyun-1 le 22/12/2018 (via nasaspaceflight)

Hongyun-1 est le premier élément d’une toute nouvelle constellation de 156 satellites de communication à large bande en orbite basse développée par la CASIC (China Aerospace Science and Industry Corporation). La constellation Hangyun devrait être livrée pour 2022. La plupart des satellites seront placés à 1000 km du sol et couvriront ensemble toute la surface terrestre y compris les pôles. Hangyun-1 a surtout pour objectif de tester les outils de connectivité internet à haut débit de la CASIC. En effet, chaque satellite devra pouvoir envoyer 500 mégabits de données par seconde. Une fois les tests achevés, quatre autres satellites devraient être lancés en 2020 pour faire les premiers tests en réseau et enfin le reste de la constellation sera déployée.

Traînées laissées après le passage de la LM-11

La constellation Hangyun est un des projets spatiaux commerciaux de la CASIC. De son côté la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) a pour projet la constellation Hongyan de satellites de communications (placés eux aussi en LEO) dont le premier élément Hongyan-1 devrait être lancé le 29 décembre par une Long March 2D. Enfin le prochain vol chinois (prévu initialement pour le 25 décembre) devrait déployer TJS-3, un satellite de test de communication géostationnaire. La Chine est incontestablement la nation en tête du podium des lancements cette année !

Les projets commerciaux de la CASIC (crédit Global Times)

C’est la CASC qui a opéré le lancement en fournissant la Long March 11, le plus petit des lanceurs de la gamme Long March. C’était le cinquième vol (cinquième succès) du lanceur de quatre étages à propulsion solide. Dérivée d’un missile intercontinental de la CASIC, la LM-11 peut être lancée rapidement sans forcément nécessiter de pas de tir, comme par exemple depuis un camion ou un navire. D’ailleurs à l’occasion de ce tir, la Chine a annoncé un premier tir de LM-11 depuis la mer en juin 2019.

 

GPS III : SpaceX lance Vespucci

Après plusieurs reports, SpaceX a enfin lancé le satellite GPS III SV01 « Vespucci » avec une Falcon 9 dimanche 23 décembre à 14h51 heure de Paris depuis Cap Canaveral. C’était le 21ème et dernier tir SpaceX de l’année 2018.

GPS III-2 Mission

Décollage Falcon 9 / GPS III le 23/12/2018 (credit SpaceX)

Le tir était initialement prévu mardi, à l’occasion de la visite du vice-président américain Mike Pence, mais lors des dernières minutes, les ingénieurs ont reçu des indications anormales d’un capteur et donc décidé de reporter le tir le temps de vérifier. Deux jours plus tard, ce sont des orages sur la Floride qui ont maintenu la Falcon 9 au sol, puis samedi le vol a été à nouveau reporté à cause de vents trop forts en haute altitude. Enfin, dimanche toutes les conditions étaient favorables au tir.

Les besoins de la mission ne permettaient pas l’atterrissage du premier étage du lanceur après séparation. D’une part, le satellite devait être placé sur une orbite moyenne, à 20 000 km avec une inclinaison de 55° par rapport à l’équateur. Cette orbite est peu courante dans l’historique de SpaceX ce qui laissait déjà un léger paramètre d’incertitude. D’autre part au lieu de partir à l’est comme le font la plupart des Falcon 9, celui-ci a décollé vers le nord-est au dessus de l’océan Atlantique le long de la côte. Or décoller dans cette direction fait perdre au lanceur une partie non négligeable de l’accélération de Coriolis (venant de la rotation de la Terre) gagnée naturellement habituellement. Pour contrer cette perte, on a eu besoin de plus de carburant pour mettre Vespucci sur son orbite. Enfin le satellite doit avoir un stock supplémentaire de carburant pour se désorbiter (obligé par la récente politique gouvernementale de limiter au maximum les débris spatiaux). Ce poids supplémentaire était une contrainte en plus justifiant le non-atterrissage du premier étage de la Falcon 9.

C’était donc la première fois que SpaceX fait décoller une Falcon 9 avec un premier étage de dernière version « Block 5 » neuf sans chercher à le récupérer. Même l’étage qui a échoué à atterrir lors du vol du cargo CRS-16 sera réutilisé pour des tests en interne, selon SpaceX. Ainsi la compagnie a décidé de ne pas équiper l’étage principal de ses pieds ni des grilles de guidage aéronautique.

GPS III-SV01 mis sous la coiffe de la Falcon 9 (credit Lockeed Martin)

Le satellite GPS III SV01 « Vespucci » est le premier des satellites de guidage et positionnement de nouvelle génération à rejoindre la constellation des 30 éléments déjà existants. Il est trois fois plus précis que ses anciens compères. SpaceX devrait lancer quatre autres GPS III l’année prochaine.

Et pendant ce temps, SEIS est sur Mars !

L’instrument SEIS de la mission Insight a été posé sur le sol martien le 19 décembre. Détails à retrouver ici : SEIS sur Mars : tout commence !

Déploiement du sismomètre SEIS par le bras robotique d’Insight sur le sol martien (credit NASA/JPL-Caltech)

Le 22 décembre, le grappin qui retenait le sismomètre a été retiré.

L’atterrisseur InSight a acquis cette image à l’aide de sa caméra de déploiement d’instruments (IDC) montée sur le bras. Cette image a été acquise le 22 décembre 2018, au Sol 25, où l’heure locale moyenne de l’exposition solaire des images est de 17:27:17. Chaque image IDC a un champ de vision de 45 x 45 degrés (Credit: NASA/JPL-Caltech)

Philippe Laudet, chef de projet SEIS au CNES : « Le déploiement du « Tether », le câble « cordon ombilical » constitué de plus de 200 fils répartis sur cinq couches, n’est pas encore terminé. Sa longueur va être accrue en libérant des longueurs qui sont actuellement stockées dans une boîte appelée la « Tether Storage Box » dont on devine la présence en haut à gauche des images de la caméra panoramique ICC. Cette ouverture est pour dans quelques jours, car il reste des vérifications et des opérations à faire faire à SEIS d’abord. »

Photo du « Thether » le câble reliant SEIS à Insight déposé au sol, prise le 23 décembre 2018 au Sol 26 par la caméra IDC montée sur le bras robotique (credit NASA/JPL-Caltech)

Pour compléter :

NB : Article écrit à 4 mains avec Daniel.

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2 commentaires sur “L’actualité spatiale de la semaine du 17 au 23 décembre : GSLV, Soyouz, Proton, Long March, Falcon 9, ISS et SEIS”

  1. NB : en temps cumulé, « Alex » Gerst = 362 jours 1 h 50 min 29 s. (165 jours 8 h 1 min 9 s + 196 jours 17 h 49 min 20 s).

    NB : en tant que premier astronaute européen en temps cumulé, il devance Thomas Reiter, Paolo Nespoli, Jean-Pierre Haigneré, André Kuipers, Samantha Cristoforetti, Frank De Winne, Thomas Pesquet, Timothy Peake etc.

    NB : le lancement de Soyouz MS-12 / ISS 59-60 est prévu pour le 28 février. Ovchinin devrait effectuer un vol d’un an environ (ISS 59-60-61-62). On en reparlera d’ici là… vu les multiples changements dans la composition des équipages.

    NB : les Blagovest N°11L et 12L sont les Cosmos (ou Kosmos) 2520 et 2526. Un 4e Blagovest est prévu (N°14L).

  2. Je vais lire ce reportage enthousiasmant. Vous savez, un explorateur de l’espace est fondamentalement heureux parce qu’il est passionné de ce qu’il fait sans crainte des dangers, car il ne sait pas ce que cela veut dire. Je vous salue vous aussi si plein de tendresse et de baisers. Oui, quel bonheur d’aller plus loin que soi-même. Vous réussirez au-delà de VOS ESPÉRANCES! Merci et amusez-vous bien là-haut comme des enfants qui jouent à construire le monde.

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