L’actualité spatiale de la semaine du 21 mai : Cygnus OA-9, Grace FO et Iridium 6, Alan Bean, Queqiao

Après les reports de la semaine précédente, ces derniers jours ont vu plusieurs lancements et mises sur orbite réussis, et tous américains.

Un nouveau Cygnus pour l’ISS

Le 21 mai, le cargo Cygnus OA-9  » SS J.R. Thompson » a décollé à 8h44 UTC à bord d’une fusée Antares depuis la base NASA de Wallops en Virginie.

Animation de photos du lancement Antares / cargo Cygnus OA-9 (Credit: NASA’s Wallops Flight Facility)

Pour chaque mission de ravitaillement Cygnus, Orbital ATK, le maître d’oeuvre du cargo, a pris l’habitude de nommer le Cygnus du nom d’une personne qui a fait avancer les programmes de vols spatiaux habités américains. Pour cette mission OA-9, le cargo porte le nom de J.R. Thompson, un éminent leader de l’industrie aérospatiale et un membre d’Orkital ATK. Tout au long de sa vie, J.R. Thompson a occupé des postes de premier plan au Marshall Space Flight Centre de la NASA et à Orbital Sciences (lire l’article d’Orbital ATK).

Le vaisseau spatial a ensuite exécuté une série d’allumage de ses propulseurs au cours des deux jours suivants pour augmenter son orbite et atteindre la Station Spatiale Internationale. L’approche a été effectuée pour la première fois pour un Cygnus avec le système radio Common Communications for Visiting Vehicles (C2V2), déjà utilisé par les cargos Dragon, et à terme le seul système autorisé par la NASA pour l’amarrage de vaisseaux ou cargos coté américain de l’ISS.

Photo d’Oleg Artemyev depuis l’ISS du cargo Cygnus OA-9 en approche le 24/05/2018

Une fois que Cygnus était à proximité de l’ISS, les membres d’équipage ont attrapé le cargo avec le bras robotique Canadarm. La capture a eu lieu à 9h26 UTC le jeudi 24 mai. Cygnus a ensuite été conduit à son port d’amarrage du côté nadir (vers la Terre) du module Unity de la Station et officiellement installé à 12h13 UTC.

Photo d’Oleg Artemyev depuis l’ISS de la capture du cargo Cygnus OA-9 par le bras robotique de l’ISS le 24/05/2018

Le cargo amène environ 3 400 kilogrammes de fournitures et d’équipement scientifique à bord de l’ISS, dont les expériences suivantes :

  • Biomolecule Extraction and Sequencing Technology (BEST), une étude visant à identifier les organismes microbiens inconnus vivants dans l’ISS et à comprendre comment les humains, les plantes et les microbes s’adaptent à la vie en microgravité. D’autres objectifs de BEST sont la comparaison des taux de mutation des bactéries cultivées sur Terre à celles des bactéries cultivées sur l’ISS.
  • Le Cold Atom Laboratory, une installation de recherche en physique utilisée par les scientifiques pour explorer comment les atomes interagissent quand ils n’ont presque pas de mouvement en raison des températures extrêmement froides pouvant être obtenues en microgravité.
  • Microgravity Investigation of Cement Solidification (MICS) , une étude pour comprendre le processus complexe de solidification du ciment en microgravité dans le but d’améliorer le traitement du ciment et du béton terrien et les premières étapes de la fabrication et de l’utilisation du béton sur des corps extraterrestres.
  • L’Ice Cubes Facility, qui sera installée dans le module européen Columbus. Ice Cubes se compose d’un rack qui abritera des expériences modulaires pour les clients commerciaux dans le cadre d’un accord entre l’ESA et la société belge Space Applications Services.

Ice Cubes dans la maquette du laboratoire Columbus à l’ESA (credit ESA)

  • Neuf cubeSats transportés dans le module pressurisé PCM du cargo (le PCM est construit par Thales Alenia Space en Italie) et seront déployés à partir de l’ISS dans les semaines à venir. Sur ces neuf satellites, sept font partie du programme ELaNa (Educational Launching of Nanosatellites) de la NASA, sous la désignation ELaNa 23.
  • Six cubesats ont été chargés dans un mécanisme de déploiement externe ; un déployeur NanoRacks de 82 kg avec les cubesats. Ils seront lancés dans l’espace à partir du cargo après son départ de l’ISS. Il y a 4 satellites Lemur-2 pour Spire Global et 2 cubesats AeroCube 12 dont l’un testera un système de propulsion électrique.

Le cargo restera attaché à la Station Spatiale pendant environ sept semaines avant de partir avec près de 3 200 kg de « poubelles » de l’ISS. À la fin de la mission secondaire de lancement des 6 cubesats, Cygnus effectuera une rentrée contrôlée mais destructrice dans l’atmosphère terrestre au-dessus de l’Océan Pacifique.

Configuration des vaisseaux et cargos à l’ISS après l’arrivée du Cygnus OA-9 le 24/05/2018 (credit NASA)

Sept satellites sur orbite par Falcon 9

Deux satellites Grace FO et cinq satellites Iridium-Next ont décollé le 22 mai depuis la la base Air Force de Vandenberg en Californie à bord d’une Falcon 9. Le dixième lancement de l’année pour SpaceX a démarré à 19h47 UTC.

GRACE-FO Launch (NHQ201805220013)

Décollage Falcon 9 / Iridium-Grace du 22/05/2018 (Credit: NASA/Bill Ingalls)

Il n’y avait pas de tentative de récupération du premier étage car il s’agissait d’un ancien modèle Block 4, le booster 1043 déjà utilisé lors du lancement du satellite secret Zuma en début d’année. Il s’agissait du 12e booster réutilisé.

Par contre, SpaceX a réalisé une tentative de récupération de la coiffe, afin de les réutiliser et de réduire les coûts de lancement. Après leur largage du lanceur une fois leur travail effectué, les deux moitiés de protection des satellites ont réussi à déployer leurs parachutes et ont atterri dans l’Océan Pacifique, mais le bateau de récupération équipé d’un grand filet a raté les 2 parties. Les 2 demi-coiffes ont ensuite été récupérées et ramenées au port mais si elles ont pris l’eau de mer, elles seront probablement non réutilisables.

Mr Steven et les demi-coiffes de la Falcon 9 récupérées du lancement Iridium/Grace du 22/05/2018 (credit Pauline Acalin via Teslarati)

 

Les 2 satellites GRACE-FO avant leur installation sur le lanceur (credit SpaceX)

Les 2 satellites jumeaux GRACE-FO, pour Gravity Recovery and Climate Experiment Follow-On (récupération gravitationnelle et suivi d’expériences climatiques) ont été mis sur orbite 11 minutes après le décollage. GRACE-FO est un projet commun entre la NASA et le Centre de recherche allemand pour les géosciences (GFZ) à Potsdam, près de Berlin.

Une fois sur leurs orbites polaires opérationnelles à environ 490 km d’altitude, les deux satellites seront séparés de 220 kilomètres, pour une mission d’au moins 5 ans. Cette distance entre les 2 satellites sera mesurée constamment à quelques microns près en utilisant un système à micro-ondes construit par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) en Californie, qui gère la mission de la NASA. Dans le même temps, un accéléromètre sensible, construit à l’ONERA en France, rendra compte des effets non-gravitationnels, tels que la traînée atmosphérique et le rayonnement solaire. Les données seront utilisées pour suivre le mouvement de l’eau liquide, de la glace et des masses terrestres en créant des cartes mensuelles des changements dans le champ gravitationnel de la Terre. GRACE-FO est le successeur de la mission GRACE qui s’est terminée en 2017. GRACE a inspiré aussi la mission GRAIL de la NASA , qui a effectué des recherches similaires pour étudier le champ magnétique de la Lune. 

Chaque satellite GRACE-FO enregistrera également jusqu’à 200 profils par jour de distribution de la température et de la teneur en vapeur d’eau dans l’atmosphère et dans l’ionosphère pour aider à la prévision météorologique (source communiqué Airbus Defence and Space, constructeur des satellites).

Presque une heure après le décollage, les cinq satellites Iridium-NEXT se sont séparés du lanceur. Ils rejoindront les autres satellites de la constellation de télécommunications de deuxième génération d’Iridium Communications, soit 55 satellites sur orbite sur une orbite opérationnelle à 785 km d’altitude. Dix satellites avaient été lancés en décembre, puis  le 30 mars dernier.

Queqiao a survolé la Lune

Le satellite chinois Queqiao qui a décollé le 20 mai, a effectué comme prévu un survol de la Lune le vendredi 25 mai.

Objectif : se ralentir et rentrer sur une orbite de transfert vers sa destination finale, le deuxième point Lagrange Terre-Lune, afin de servir de relais de communication entre la Terre et un atterrisseur et un rover que la Chine a l’intention de lancer sur la face cachée de la Lune en fin d’année [lire Queqiao : une nouvelle étape vers la Lune pour la Chine].

Profil de lancement du satellite relais de communication Queqiao pour Chang’e-4. (credit CAS, Académie Chinoise des Sciences)

Il a effectué un survol au plus près à environ 100 km au-dessus de la surface lunaire. Un échec de la manœuvre de freinage aurait conduit à un retour du satellite vers la Terre.

Les microsatellites Longjiang-1 et -2 (ou DSLWP-A & B) qui avaient été lancés avec Queqiao sont quant à eux entrés avec succès en orbite lunaire, mais il semble que le contact ait été perdu avec Longjiang-1. Si cela est confirmé, cela n’aura toutefois pas d’impact sur la mission lunaire Chang’e4.

Disparition d’Alan Bean

L’astronaute et artiste Alan LaVern Bean est décédé le 26 mai à l’âge de 86 ans. Il est le quatrième homme à avoir marché sur la Lune avec Apollo 12  en novembre 1969. Il était accompagné pour cette seconde mission lunaire avec atterrissage de Charles « Pete » Conrad et Richard « Dick » Gordon

Alan Bean avec son scaphandre lunaire d’Apollo 12 (credit NASA)

Il était le pilote du module lunaire Intrepid qui a atterri non loin de la sonde lunaire Surveyor 3.

Image du site d’atterrissage d’Apollo 12 à Oceanus Procellarum, par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) (credits NASA/GSFC/Arizona State University).

Membre du troisième groupe d’astronautes de la NASA sélectionnés en 1963, Bean a revolé une seconde fois en juillet 1973, comme commandant du deuxième équipage de la station spatiale américaine Skylab.

Alan Bean testant un système Manned Maneuvering Unit (MMU) à l’intérieur de la station spatiale Skylab en 1973 (credit NASA)

Pendant leur séjour à bord, Alan Bean, Owen Garriott et Jack Lousma, ont effectué des expériences médicales et biologiques (y compris l’observation de la formation de toile d’araignées) et ont fait des observations de la Terre et du Soleil. Il y réalisera aussi une sortie spatiale.

Sortie spatiale d’Alan Bean lors de sa mission à bord de Skylab 3 le 6 août 1973. Photo d’Owen Garriott (credit NASA)

Au total, Alan Bean a passé 69 jours, 15 heures et 45 minutes dans l’espace, dont 31 heures et 31 minutes sur la surface lunaire.

A sa retraite, Alan Bean était devenu un peintre reconnu.

Alan Bean devant quelques unes de ses toiles (credit Smithsonian / Carolyn Russo)

Il ne reste à ce jour que 4 marcheurs vivants.

Seulement 4 marcheurs lunaires vivants après le décès d’Alan Bean : Buzz Aldrin, Dave Scott, Charles Duke et Harrison Schmitt (credit Tezio)

Le résumé de la semaine en vidéo

4 réflexions sur “L’actualité spatiale de la semaine du 21 mai : Cygnus OA-9, Grace FO et Iridium 6, Alan Bean, Queqiao

  1. A noter que c’est la première fois qu’un Cygnus ne porte pas le nom d’un astronaute.

    ***

    Sélectionné dans le groupe 3 de la NASA en 1963, Alan L. Bean avait fait partie des présélectionnés du groupe 2 en 1962. Il fut le 44e homme dans l’espace (vols orbitaux seuls) et le 23e Américain.

    Pour son premier vol spatial, Apollo 12, il avait remplacé Clifton C. (« CC ») Williams qui s’était tué lors d’un crash de T-38 à Tallahassee le 5 octobre 1967, d’où la 4e étoile sur l’emblème de cette mission.

    « Al » Bean occupa la première place dans le classement des astronautes (et cosmonautes) selon la durée de vol spatial entre le 5 septembre 1973 (date à laquelle il dépassa Charles « Pete » Conrad) et le 25 janvier 1974 (date à laquelle il fut dépassé par « Jerry » Carr, « Ed » Gibson et « Bill » Pogue).

    Les Américains occupaient alors les 8 premières places de ce classement (avec Carr, Gibson, Pogue, Bean, Garriott, Lousma, Conrad et Lovell, le premier Soviétique étant le regretté Vladislav Volkov). Les temps ont bien changé ! « Times, they are a changin’  » (Bob Dylan)

    Actuellement, Al Bean n’occupe plus que la 161e place dans ce classement, le 162e étant Léopold Eyharts.
    (situation le 26 mai 2018)

    Pour mémoire, les deux araignées de la mission Skylab-3 s’appelaient Anita et Arabella. A la fin de la mission, elles s’étaient habituées à l’apesanteur et faisaient des toiles tout à fait correctes. Cette expérience était due à une étudiante, Judith S. Miles.

    Par la suite, Al Bean a fait lui aussi des toiles… vu qu’il était peintre !

    « Seulement 4 marcheurs lunaires vivants après le décès d’Alan Bean : Buzz Aldrin, Dave Scott, Charles Duke et Harrison Schmitt (credit Tezio) »
    OK pour l’ordre chronologique (Apollo 11, 15, 16 et 17) mais sur la photo, de gauche à droite, ce sont Schmitt (remplaçant Engle…), Aldrin, Scott et Duke.

  2. suite

    Al Bean fit également trois fois partie d’un équipage de réserve (backup crew). Il fut successivement la doublure de John Young pour Gemini 10, de « Rusty » Schweickart pour Apollo 9 et de « Tom » Stafford pour ASTP.

    Al Bean et CC Williams, en tant que doublures de Young et Collins pour Gemini 10, auraient dû constituer l’éventuel équipage de Gemini 13 au cas où une telle mission aurait été programmée.

  3. suite

    Le lendemain de la disparition d’Al Bean, on apprenait celle de Don Peterson !
    A croire qu’ils se sont donnés rendez-vous au Paradis.

    Colonel USAF, Donald H. Peterson, Sr fut d’abord sélectionné dans le groupe MOL-3 du DoD le 30 juin 1967 puis, le programme MOL ayant été abandonné, il fut incorporé au groupe NASA-7 le 14 août 1969.

    Il attendit 16 ans (depuis 1967) avant d’effectuer un seul vol spatial, STS-6 (Challenger F-1) du 4 au 9 avril 1983, mission au cours de laquelle il effectua le 7 avril en compagnie de F. Story Musgrave la toute première EVA réalisée à partir d’une navette spatiale.

    Après avoir quitté la NASA en décembre 1984, il était devenu Président d’Aerospace Operations Consultants, Inc.

    Il est décédé de la maladie d’Alzheimer et du cancer des os.

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