L’actualité spatiale de la semaine du 26 mars au 1er avril : Progress, EVA, GSLV, Soyouz, Long March, Falcon 9, Tiangong-1

Une semaine bien chargée avec pas moins de 4 lancements, un départ de cargo de l’ISS et une sortie spatiale.

Départ du Cargo Progress MS 07

Mercredi 28 mars à 13h50 UTC, le cargo Progress MS 07 ou 68P s’est détaché de la Station après 163 jours d’amarrage.

Départ du cargo Progress MS-07 le 28/03/2018 photographié par le cosmonaute Oleg Artemyev.

Le cargo avait décollé le 14 octobre pour ravitailler l’ISS et s’amarrer après 2 jours de vol. Le cargo a réalisé également quelques réhausses de l’orbite de la station.
Avant la fermeture définitive de son écoutille le 27 mars, le cargo a été chargé des poubelles de la station.

Départ du cargo Progress MS-07 le 28/03/2018 photographié par le cosmonaute Oleg Artemyev.

Contrairement à ce qui se fait d’habitude avec ce type de cargo la rentrée atmosphérique ne s’est pas faite à la suite du désamarrage. En effet, le cargo Progress devrait faire un vol libre pendant près d’un mois. Sa rentrée définitive contrôlée ne devrait avoir lieu que le 26 avril. Aucune information officielle n’a été divulguée sur la mission que va effectuer le Progress pendant ce mois. Certains observateurs avaient toutefois constaté la présence d’une charge utile à l’extérieur du cargo MS-07 avant son décollage ; cette charge utile pourrait très bien être utilisée pendant le vol libre d’un mois mais on ne sait pas sa nature exacte.

Une centième sortie spatiale à l’ISS

Moins d’une semaine après leur arrivée à l’ISS, Drew Feustel et Ricky Arnold ont réalisé une sortie spatiale le 29 mars.

Drew Feustel pendant l’EVA du 29/03/2018 (photo d’Oleg Artemyev)

Drew Feustel a installé deux caméras sans fil sur le module Tranquility. Ce nouveau matériel acheminera les données d’un radiomètre, appelé ECOSTRESS, sera lancé sur un cargo Dragon et installé sur la plateforme à l’extérieur du module japonais Kibo plus tard cette année ; une expérience qui permettra de mesurer la température des plantes sur Terre afin de mieux comprendre la quantité d’eau dont elles ont besoin et leur réaction au stress.

Drew Feustel pendant l’EVA du 29/03/2018 (photo d’Oleg Artemyev)

Ricky Arnold a été fixé une partie de l’EVA (Extra Vehicular Activity) au bout du bras robotique Canadarm, piloté depuis l’intérieur de l’ISS par son compatriote Scott Tingle. Il a alors déconnecté et récupéré deux câbles du système de refroidissement de la Station. Ceux-ci avaient été isolés lors d’une précédente EVA et avaient été inspectés par Thomas Pesquet lors de sa première sortie, à la recherche de la source d’une petite fuite d’ammoniac. Ces 2 câbles seront renvoyés sur Terre pour analyse et réparation.

Selfie de Ricky Arnold pendant l’EVA du 29/03/2018

Feustel et Arnold ont également remplacé une caméra vidéo à définition standard (SD) qui n’était plus capable de pivoter et de s’incliner selon les besoins pour la surveillance des arrivées et départs des vaisseaux à l’ISS notamment.

La sortie a failli être écourtée car à environ 3 heures d’EVA, les contrôleurs au sol ont noté que la capacité d’épuration du CO2 des combinaisons des 2 astronautes ne permettrait que cinq heures et 50 minutes de sortie. Finalement les 2 astronautes expérimentés ont pu réaliser toutes les tâches planifiées de leur « promenade spatiale ». Ils ont passé 6 heures et 10 minutes dans le vide, entre 13h33 UTC et 19h43 UTC.

C’était la septième sortie spatiale de Feustel, après trois maintenances sur le télescope spatial Hubble en 2009 et trois autres EVA à l’extérieur de l’ISS en 2011 lors de la pénultième mission du programme de la Navette Spatiale. Il a maintenant passé un total de 48 heures et 28 minutes à travailler dans le vide spatial. Feustel est devenu le douzième astronaute le plus expérimenté en EVA. Arnold a maintenant effectué trois sorties dans l’espace, dont deux en 2009. Il totalise désormais 18 heures et 44 minutes d’EVA.

Extrait de l’EVA :

Les « marcheurs de l’espace » ont désormais passé un total de 54 jours et 10 heures de travail à l’extérieur de la Station pour son montage et sa maintenance. Il s’agissait de la 100e EVA réalisée par un résident de l’ISS depuis le premier équipage en novembre 2000, dont 51 EVA russes ; certaines sorties ayant été réalisées les premiers temps par des équipages de Navettes.

209 sorties spatiales désormais à l’ISS depuis 1998 après l’EVA du 29/03/2018 (credit NASA)

Deuxième lancement indien de 2018

Le lanceur 100% indien GSLV Mk2 a décollé avec succès du Satish Dhawan Space Center (Sriharikota) à 11h26 UTC jeudi 29 mars.

Lancement GSLV / GSAT-6A le 29/03/2018 (credit ISRO)

Après un peu plus de 17 minutes de vol le satellite de télécommunication GSAT-6A a été placé sur orbite de transfert géostationnaire. Il doit rejoindre son satellite jumeau GSAT-6 lancé en 2015 pour accroître les capacités de communication mobile du gouvernement indien et des forces armées. Mais, moins de 2 jours après le lancement, l’agence spatiale indienne, l’ISRO a déclaré avoir perdu contact avec le satellite peu de temps après le second allumage du moteur d’apogée ; 3 allumages de ce moteur étant nécessaires pour mettre GSAT-6A sur l’orbite GTO visée.

Il s’agissait du deuxième lancement orbital de l’année pour l’Inde et le premier avec le moteur du second étage amélioré Vikas qui accroît les performances du lanceur. L’Inde a prévu d’effectuer 10 lancements cette année.

Un lancement secret russe

Une Soyouz 2-1v a décollé du Cosmodrome de Plesetsk le 29 mars à 17h38 UTC.

Lancement Soyouz 2.1 / EMKA ou Kosmos 2525 le 28/03/2018 (credit Ministère de la défense russe)

Cette version de Soyouz ne comprend qu’un corps central sans les 4 boosters latéraux habituellement vus sur les autres Soyouz et est généralement dédiée aux lancements de satellites militaires. Elle n’a volé à ce jour que 4 fois depuis 2013.

Le satellite mis sur orbite basse héliosynchrone est seulement connu sous l’acronyme EMKA pour экспериментального малого космического аппарата (ЭМКА), ou « petit engin spatial expérimental ».
Selon certaines sources, il s’agirait d’un petit satellite d’observation pesant entre 200 et 350 kilos, construit pour le compte du ministère russe de la défense, et pourrait être le précurseur d’une constellation de petits satellites d’observation militaires comme les satellites chinois Yaogan-30. il a été appelé officiellement par le ministère de la défense russe Kosmos-2525.

Et encore 2 BeiDou de plus !

La Chine a continué la mise en place de son système de navigation de nouvelle génération Beidou avec le lancement ce 29 mars de 2 nouveaux satellites Beidou par une Long March 3B à 17h56 UTC depuis le centre de lancement des Satellites de Xichang (Chine).

Lancement Long March 3B / Beidou le 29/03/2018 (credit Xinhua/Liang Keyan)

Ces 2 satellites sont les 7 et 8e de la 3e génération de satellites de navigation chinois, comparable au GPS américain et au Galileo européen. Ce lancement succède à ceux des 11 janvier et 12 février et porte à treize le nombre total de satellites Beidou-3, rejoignant quinze satellites Beidou-2 qui restent opérationnels. La Chine a prévu d’envoyer 18 satellites BeiDou au total en 2018.

Iridium Next, la suite

Dix nouveaux satellites Iridium Next ont été mis sur orbite le vendredi 30 mars par une Falcon 9 qui a décollé à 14h13 UTC de la base Air Force de Vandenberg en Californie.

Iridium-5 Mission

Lancement Falcon 9 / Iridium-next du 30/03/2018 (credit SpaceX)

Ces 10 satellites de nouvelle génération fabriqués par Thales Alenia Space et Orbital ATK remplacent des satellites vieillissants de la constellation de télécommunications Iridium comprenant désormais 50 satellites « Next » sur une orbite opérationnelle à 785 km d’altitude. Trois lancements sont encore prévus sur Falcon 9 pour atteindre 75 Iridium-Next sur orbite, 66 opérationnels et 9 de rechange.

Iridium-5 Mission

Lancement Falcon 9 / Iridium-next du 30/03/2018 (credit SpaceX)

Le booster B1041 de la Falcon 9 était un booster ayant déjà volé précédemment, mais il n’y a pas eu de tentative de récupération. SpaceX souhaite en effet passer à l’évolution Block 5 de son lanceur pour les futurs lancements.

Après l’essai de février, SpaceX a tenté à nouveau de récupérer une des 2 demi-coiffes du lanceur protégeant les satellites lors de la traversée des couches atmosphériques inférieures afin de diminuer les coûts de lancement. Le bateau de récupération, nommé M. Steven, est équipé d’un filet pour attraper l’une des demi-coiffes guidée par signaux de navigation GPS et dont la descente est freinée par parachute. Mais le parachute se serait mis en vrille d’après un premier tweet d’Elon Musk. Finalement, la demi-coiffe aurait bien été récupérée selon Teslarati :

Il est à noter que lors de la retransmission du décollage par Space X, le direct a été interrompu plus tôt que d’habitude, avant l’allumage du moteur du second étage et le déploiement des satellites généralement visibles grâce à des caméras embarquées. SpaceX a annoncé qu’il s’agissait d’une restriction de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration (agence américaine d’observation océanique et atmosphérique) pour la diffusion des images depuis le deuxième étage une fois sur orbite, car la NOAA a récemment qualifié ces caméras, utilisées à des fins d’ingénierie, comme des «systèmes spatiaux de télédétection», donc sous contrôle du gouvernement. SpaceX entend obtenir la licence adéquate pour ses futurs lancements géostationnaires. Il n’y aura pas de restrictions pour le lancement du cargo Dragon CRS-14.

Dixième lancement chinois de l’année

Le 10e lancement chinois de l’année a eu lieu ce samedi 31 mars depuis le centre de lancement de Taiyuan (Chine). Une Long March 4C a décollé à 03:22 UTC avec 3 satellites d’observation à haute définition.

Lancement Longue Marche 4C / 3 satellites Gaofen-1 le 31/03/2018 (credit Xinhua)

Les satellites Gaofen-1 02, 03 et 04 ont été placés sur une orbite héliosynchrone à une altitude d’environ 645 kilomètres. Ils possèdent une résolution de deux mètres et seront utilisés dans des domaines tels que l’alerte aux catastrophes, la protection écologique, la construction d’infrastructures, le transport et les interventions d’urgence, selon les médias officiels. La Chine possède déjà des satellites Gaofen (« haute définition » en chinois) 1, 2, 3, 8 et 9 en orbite terrestre basse, ainsi que des satellites Gaofen 4 placés en orbite géostationnaire.

Tiangong-1 c’est fini !

Dans la nuit du 1er au 2 avril, le laboratoire spatial chinois Tiangong-1 a effectué sa rentrée atmosphérique sur Terre, sans faire de dégâts.

A lire : Tiangong-1, la rentrée sans dégâts

Concept d’artiste de la station spatiale Tiangong-1 de la Chine brûlant dans l’atmosphère de la Terre lors de sa chute sur Terre pendant la nuit du 1er au 2 avril 2018. Crédit: Alejandro Miranda / Alamy

En bref

Informations via la veille USA du Bulletin d’actualité Espace du CNES.

Le lancement du télescope James Webb à nouveau repoussé

Le lancement du télescope James Webb est à nouveau retardé d’une année supplémentaire. Le lancement, initialement prévu pour octobre 2018, avait été une première fois repoussé à mai 2019. Une date de lancement officielle devrait être annoncée désormais courant juin 2018. Les problèmes touchant la plateforme (contamination des valves des propulseurs notamment) et le bouclier solaire (temps de déploiement deux fois plus long que prévu), qui avaient induit le premier report du lancement, sont à l’origine de ce nouveau retard. Le congrès américain doit approuver le nouveau calendrier, les coûts additionnels et les mesures correctives, et la mission pourrait être annulée.

Un petit satellite militaire lancé le 6 mars par une Falcon 9 comme compagnon d’Hispasat 30W-6

On a appris cette semaine qu’une charge utile secondaire a été lancée par SpaceX le 6 mars dernier aux côtés du satellite espagnol Hispasat 30W-6. Cette charge utile, PODSat (Payload Orbital Delivery Satlet), a été intégrée sur le satellite espagnol qui l’a ensuite éjectée sur une orbite de transfert sub-synchrone (comprise entre 185 et 22 250 kilomètres d’altitude) inclinée de 27°. PODSat a été conçue selon l’architecture HISat (Hyper-Integrated Satlet) développée par NovaWurks, qui permettrait une agrégation et désagrégation de « cellules satellitaires » ou « satlets » identiques, autonomes, et communiquant entre elles (voir cette vidéo). Ce satellite a été financé par la DARPA dans le cadre du programme Phoenix pour la maintenance et l’inspection en orbite, ainsi que la production à bas coût de petits satellites.

Lancement non autorisé par la FCC des picosatellites californiens SpaceBee

Le 13 janvier, lors du lancement de la PSLV, se trouvaient quatre picosatellites SpaceBee de la start-up Swarm technologies qui n’avait pas reçu l‘accord préalable de la Federal Communication Commission (FCC). Cette autorisation lui avait été refusée en décembre 2017 du fait de la taille très réduite de ces satellites (un quart de cubesat) car constituant un risque en termes de débris spatiaux. Le projet SpaceBee, qui s’inscrit dans le cadre de l’Internet des objets (IOT), vise à recueillir, grâce à des passerelles à énergie solaire, des données transmises par Bluetooth, LoRa ou Wi-Fi, de les transmettre en VHF vers les satellites, puis de les retransmettre vers des bases Internet situées sur Terre, pour une mise à disposition sur le net. Les données seraient cryptées durant l’ensemble du processus et les transmissions montantes ou descendantes seraient effectuées une fois par minute. Swarm Technologie s’expose à une interdiction totale de lancer sa constellation de satellites. Il s’agit a priori de la première fois qu’une entreprise lance sans l’autorisation de la FCC, sa réglementation pour l’ensemble des sociétés commerciales pourrait s’en trouver durcie.

Le récap en vidéo

Une réflexion sur “L’actualité spatiale de la semaine du 26 mars au 1er avril : Progress, EVA, GSLV, Soyouz, Long March, Falcon 9, Tiangong-1

  1. Kosmos 2525 est le premier satellite « Kosmos » lancé en 2018.

    NB : on ne sait toujours pas ce qu’est exactement Kosmos 2523 qui fut lancé le 23 juin 2017 avec ses collègues Kosmos 2519 et 2521 alors que Kosmos 2520 a été lancé le 17 août 2017, Kosmos 2522 (GLONASS-M / Uragan-M) le 22 septembre 2017 et Kosmos 2524 (Lotos-S1) le 2 décembre 2017.

    Les Kosmos 2521 (Sputnik Inspektor) et 2523 (?) furent lancés depuis Kosmos 2519 (Nivelir ou Napriazhenie).

    Tiangong-1 a rejoint la zone du Pacifique Sud dite « point Nemo ». Normal pour un 1er avril !…

    Espérons que le JWST ne soit pas annulé ! Il ne manquerait plus que ça ! Rappelons qu’il devrait être lancé depuis Kourou.

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