Retour sur le Congrès des « Space Explorers » à Toulouse

Du 16 au 20 octobre, le 30e congrès international des astronautes organisé par l’ASE, Association des Space Explorers, avait lieu à la Cité de l’espace à Toulouse. Et grâce à la Cité de l’espace, j’ai pu le vivre depuis l’intérieur !

C’est avec retard que je vous livre mon résumé de ce congrès, pour raisons de santé. Vous n’aurez pas le droit ci-dessous à des interviews d’astronautes, car en fait je ne suis pas la plus à l’aise dans cet exercice et d’autres sont bien meilleurs que moi dans ce domaine. D’ailleurs, en fin d’article retrouvez de belles interviews, et aussi dans le magazine Espace et Exploration n°42.

Trois jours de présentations

Les « Space Explorers » du 30e congrès des astronautes à la Cité de l’espace de Toulouse (credit Rêves d’Espace)

Le lundi commençait avec une cérémonie d’ouverture et des photos officielles des astronautes participants, y compris avec les bénévoles et le personnel de la Cité de l’espace.

Photo officielle des astronautes du congrès et de l'équipe Cité de l'espace

Lors de la matinée, Thomas Pesquet et sa mission Proxima ont été fortement mis en avant.

Thomas Pesquet a remis à Sylvestre Maurice, planétologue de l’IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie) et chercheur principal sur l’instrument ChemCam du rover martien Curiosity et de SuperCam du rover Mars 2020, la météorite martienne qui lui avait été confiée en décembre 2015 et qui l’avait accompagné dans l’ISS pendant sa mission.

30e Congrés Mondial des astronautes à Toulouse

Jean-Yves Le Gall (CNES), Sylvestre Maurice (IRAP), Thomas Pesquet et Jean-Baptiste Desbois, directeur de la Cité de l’espace, autour de la météorite martienne de retour de l’ISS (credit Rêves d’Espace)

Une partie de cette météorite va servir justement à la calibration de la caméra laser Supercam sur Terre et une autre partie devrait être renvoyée vers Mars à bord du rover Mars 2020 au niveau de la « Supercam calibration Target » (cible de calibration).

Les différents instruments du rover Mars 2020 avec les collaborations européennes repérées (credit NASA)

Thomas Pesquet a remis le prix aux 10 gagnants du concours de nouvelles « faites voyager vos histoires dans l’espace »

Thomas avait lancé le premier concours de nouvelles depuis l’espace, organisé par Le labo des histoires avec le partenariat de la Fondation Antoine de Saint Exupéry pour la Jeunesse. Ce concours en langue française a enregistré la participation de 8500 enfants et jeunes adultes de 78 pays différents. 50 nouvelles ont été sélectionnées et ont été publiées. A lire ici : Rencontre avec l’astronaute Thomas Pesquet

Remise du prix aux 10 gagnants du concours de nouvelles « faites voyager vos histoires dans l’espace » (credit Cité de l’espace)

Le lundi après-midi a surtout été consacré à mettre en avant l’apport de l’espace à la surveillance de la planète Terre dans le cadre de la thématique « L’espace est mon futur ».

L’un des invités, Bertrand Piccard, l’un des créateurs et pilotes de Solar Impulse, le premier avion solaire zéro-carburant ayant effectué en 2016 le tour du monde, a notamment partagé sa passion et sa recherche d’innovations au service de la protection de notre environnement et de l’avenir de l’humanité.

30e Congrés Mondial des astronautes à Toulouse

Pour Pascal Lecomte, responsable de l’Office du Climat à l’ESA, « nier le changement climatique, c’est nier une évidence« . Les astronautes sont les meilleurs porte-paroles de la fragilité de la notre planète. D’ailleurs comme l’a souligné Thomas Pesquet, n’étant pas un spécialiste du climat, il a pris vraiment conscience dans l’ISS du problème climatique. Gilles Bœuf, du Collège de France, biologiste, spécialiste de la biodiversité, nous a expliqué quant à lui, que le spatial peut aider à gérer les crises écologiques. Pour conclure Bertrand Piccard a souligné que le problème n’est pas dans notre mode de vie mais dans le gaspillage actuel des ressources.

Le mardi, plusieurs conférences plus techniques ont été réalisées par des membres d’équipage de l’ISS récents dont Takuya Onishi et Kate Rubins de l’Expedition 48/49.

Takuya a notamment parlé des expériences réalisées à bord de l’ISS développées par de jeunes asiatiques dans le cadre du projet « Asian Try Zero-G »

Kate Rubins a présenté quelques exemples d’expériences biologiques. Elle a d’ailleurs réalisé le premier séquençage ADN dans l’espace. Kate a insisté sur le fait que l’ISS est de plus en plus un laboratoire autonome, sans besoin de renvoyer sur Terre des échantillons biologiques pour avoir des résultats

30e Congrés Mondial des astronautes à Toulouse

Jeff Williams de l’Expedition 47/48 a, quant à lui, parlé de la difficile « gymnastique » à bord de l’ISS lorsqu’il faut décharger et ranger les cargaisons amenées par les différents cargos à l’ISS.

Des présentations diverses se sont succédées tout au long de la journée autour de sujets divers comme la planification des tâches dans l’ISS, les expériences menées dans la partie russe de l’ISS et le futur de ce segment, les recherches en astrobiologie sur l’ISS, ou l’accès à l’espace pour des pays non spatiaux avec par exemple le projet KiboCUBE de l’UNOOSA. [à retrouver sur Twitter #ASE30]

La journée s’est terminée par une présentation très complète de Pascale Ultré-Guérard du CNES sur le programme spatial chinois, malheureusement en l’absence de taïkonautes retenus en Chine pour le congrès du Parti Communiste.

Le CNES est l’un des organismes qui coopère le plus avec la Chine actuellement. Dans les mois à venir, il faudra suivre la mission SVOM, un observatoire spatial franco-chinois actuellement en développement. J’avais aussi déjà parlé sur le blog de Cardiospace.

Le mercredi matin, la session technique « Projets du futur » se déroulait chez Airbus, et n’était ouverte ni au public, ni aux médias, y compris la Cité de l’espace. A voir en vidéo ci-dessous.

Une visite de Toulouse

Le mercredi après-midi, les astronautes et leurs proches étaient invités à visiter les lieux touristiques principaux du centre de Toulouse avec des guides touristiques. J’ai pu accompagner un groupe d’astronautes européens et américains lors de leur visite de l’église Saint Sernin, de l’église des Jacobins et des bords de la Garonne.

Un moment privilégié où j’ai notamment pu discuter longuement avec Gerhard Thiele, astronaute allemand fort sympathique, et père de Insa, candidate à Die Astronautin, le projet privé d’envoi d’une astronaute allemande dans l’espace. Gerhard et d’autres astronautes au congrès ont d’ailleurs déclaré que le secteur privé allait prendre de plus en plus part aux vols habités et pourquoi pas l’exploitation privée de l’ISS après 2024 ou 2028 ?

Avec Gerhard Thiele, astronaute allemand, devant le Capitole de Toulouse

Le Community Day

Le congrès des astronautes est aussi l’occasion pour ses membres de partager leur expérience avec les jeunes. Des dizaines d’astronautes se sont rendus dans des établissements scolaires de Toulouse et sa région, mais aussi à Lyon, Bordeaux, en région parisienne, … En tout 29 établissements scolaires.

Sur l’invitation de Houria Lafrance, professeur de mathématiques au collège Jacques Prévert de Saint Orens, j’ai pu assister à cette matinée d’échanges entre plusieurs classes du collège et 2 astronautes : Anatoly Artsebarsky, cosmonaute sur Soyouz TM-12 et MIR (144 jours passés dans l’espace), et  Charles « Sam » Gemar, astronaute de la NASA avec 3 missions à bord des navettes Atlantis, Discovery et Columbia (STS-38, STS-48, STS-62). Deux expériences très différentes mais complémentaires aussi.

community day

Les élèves avaient préparé des questions en anglais pour les 2 astronautes. Chacun a notamment pu parler de la naissance de leur vocation, l’un suite au vol de Gagarine, l’autre suite aux missions Apollo. Anatoly, ayant été le dernier cosmonaute soviétique (à son retour l’URSS était dissoute), semblait un peu nostalgique de la grandeur de l’URSS spatiale. Sam nous a confié que la veille de chaque décollage avait été le moment le plus difficile pour lui en raison des risques encourus, rappelant notamment l’accident de la navette Challenger.

Sam a fait une brillante démonstration avec la chaussure d’un élève de la chute libre ou de la mise en orbite !

Comme j’avais fait la traductrice improvisée pour Sam, je les ai suivis l’après-midi au collège Elisabeth Badinter de Quint-Fonsegrives. Les échanges avec les élèves ont été également passionnants.

community day

Merci à Houria Lafrance, professeur de mathématiques très investie à motiver les jeunes pour les sciences, les directeurs des 2 collèges et les autres professeurs présents pour leur accueil.

Plus de photos prises au collège Jacques Prévert de Saint Orens de Gameville : https://photos.app.goo.gl/XKJTKQ4rMhp2gxpt1

Fin d’une semaine passionnante

Mais toute bonne chose a une fin et le congrès s’est achevé le vendredi soir avec une cérémonie de clôture. Kate Rubins a reçu le prix, mérité de mon point de vue, de la meilleure présentation du congrès.

Le cocktail qui s’en est suivi a été l’occasion de partager encore quelques moments avec certains astronautes.

Revoir les conférences :

Des interviews par Grégory de Techniques Spatiales :

Retrouvez l’anniversaire des 20 ans de la Cité de l’espace du dimanche 15 octobre par mes tweets dans une « storify » :

3 réflexions sur “Retour sur le Congrès des « Space Explorers » à Toulouse

  1. Félicitations pour cet excellent reportage.
    J’espère que vous avez retrouvé une bonne santé pour pouvoir nous faire vivre votre passion pour l’astronautique.

  2. Bonjour Isabelle,

    NB : un astronaute européen devrait voler à bord de la future station spatiale chinoise vers 2022. Au moins trois de nos astronautes ont appris (ou apprennent) le chinois : « Sam » Cristoforetti, Matthias Maurer et Thomas Pesquet. Aussi, je pense que ce sera l’un des trois. Wait and see.

    NB : Anatoliy P. Artsebarskiy a effectué la mission Soyuz TM-12 / Mir-9 du 18 mai au 10 octobre 1991. L’URSS a été officiellement dissoute le 26 décembre 1991. Lorsque « Tolya » (Anatoliy) est revenu sur Terre, elle était certes mal en point mais pas encore dissoute. Le dernier cosmonaute soviétique à l’aller (puis le premier russe au retour) fut Sergey K. Krikalyov (ou Krikalev).

    Pour mémoire, si l’on ne tient compte que des vols orbitaux, Artsebarskiy fut le 248e homme de l’espace (la Britannique Helen P. Sharman étant le 249e et la 15e femme), le 86e cosmonaute et le 71e soviétique.

    Pour ce qui est de la durée des vols spatiaux, avec 144 jours 15 h 21 mn 50 s, il occupait le 12 septembre dernier la 131e place tous pays confondus et la 70e pour ce qui concerne uniquement les Russes et autres ex-Soviétiques, sachant qu’il est Ukrainien. Il a depuis lors été dépassé par Acaba et le sera prochainement par Bresnik, devenant ainsi le 133e (sur 551 puis 553 d’ici un mois).

    Et félicitations à Marwa !

    PS : lorsque nous avons quitté la Ville Rose, nous nous sommes trouvés tout juste derrière le bus rouge qui amenait les astronautes à la Cité et nous avons pu les voir en descendre… mais il nous était impossible de nous arrêter, question de sécurité, car on était dans un giratoire… Dommage !

    Ensuite, le « Community Day », je n’ai pu obtenir aucune réponse à mes questions car c’étaient paraît-il des secrets d’Etat et ils étaient tenus au secret professionnel.

    • Anatoliy Artsebarskiy m’a répété plusieurs fois qu’il était le dernier cosmonaute soviétique, et très fier de cela. On peut sans doute lui laisser cet honneur, surtout qu’il était à bord de Mir en même temps que Sergueï Krikaliev que vous citez.

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