Actualités spatiales du 8 au 14 avril : EVA, Beresheet, Falcon Heavy, Stratolaunch et trou noir

Une semaine encore bien remplie dans l’actualité spatiale : des lancements, de l’exploration spatiale et une image historique.

ISS : EVA 54

Lundi 8 avril, l’astronaute canadien David Saint-Jacques et l’astronaute américaine Anne McClain ont réalisé une sortie spatiale de 6h30 à la Station Spatiale Internationale.

Détails dans l’article dédié : ISS : première sortie spatiale pour l’astronaute canadien David Saint-Jacques

 

Selfie de David Saint-Jacques pris pendant l’EVA 54 le 8/04/2019 (crédit ASC)

 

Première image d’un trou noir

Mercredi 10 avril, est sortie la toute première image d’un trou noir. Pour la première fois, on est arrivé à observer un tel objet !

Pour plus d’informations, regardez cet article incluant un interview de l’astrophysicien Alain Klotz de l’IRAP pour Rêves d’Espace.

La première photo d’un trou noir. Une performance inégalée en astronomie et la meilleure démonstration de la réalité de la relativité générale ! (crédit ESO)

 

Beresheet ne réussit pas à se poser sur la Lune

Jeudi 11 avril, l’atterrisseur israélien Beresheet, construit par l’entreprise SpaceIL, n’a pas réussi l’exploit de se poser sur la Lune avec succès, malgré une insertion en orbite lunaire satisfaisante une semaine plus tôt, faisant d’Israël le 7e pays a avoir accompli cet exploit.

Le déroulé de cet atterrissage raté dans Beresheet se crashe sur la Lune

Dernière image reçue de Beresheet avant son crash sur la Lune le 11/04/2019 (crédit SpaceIL)

 

Falcon Heavy, le retour

Second lancement réussi pour la plus puissante fusée actuelle, la Falcon Heavy de SpaceX. Dans la nuit du 11 au 12 avril (en heures de Paris), le lanceur lourd a réussi son premier vol commercial.

Détails à lire dans Falcon Heavy ou comment un monstre change la donne

Décollage de la Falcon Heavy le 12/04/2019 (crédit K.Scott Piel / SpaceX)

 

Yutu-2 jour 4 : jour de science ordinaire sur la Lune

L’atterrisseur chinois Chang’e 4 et son rover Yutu-2 se sont mis en mode survie le 11 avril pour passer leur quatrième nuit lunaire. Le jour 4 avait commencé le 29 mars avec le réveil de Yutu-2, suivi le lendemain par le réveil de Chang’e 4. Le rover avait également fait la « sieste » du 1er avril au 8 avril pour survivre à la torpeur du midi lunaire.

De nouvelles images venant du rover ont été diffusées. Le public ne les obtient néanmoins qu’au compte-gouttes. La CNSA ne semble pas vouloir en dire plus que l’essentiel sur sa mission. (crédit CLEP/CNSA)

Au sujet du jour 4, la communication de la CLEP (China’s Lunar & deep space Exploration Program, antenne de la CNSA responsable de l’exploration spatiale chinoise), était, disons-le, pas très bavarde. La reprise des opérations n’a été annoncée que quelques jours après le début du jour 4 ! On commençait à se demander si Yutu-2 n’avait pas survécu à sa nuit, alors qu’il venait d’entrer en extension de mission.

Le rover a fait beaucoup de science au cours du jour 4. Il a pris le temps de s’approcher de pierres comme celle entourée en rouge pour les étudier de près. Certaines d’entre-elles sembleraient provenir du manteau lunaire. (crédit CLEP/CNSA)

Le rover n’a parcouru que 16 mètres. Très probablement, les scientifiques de la CLEP étaient aux commandes du rover pour le faire approcher des roches voisines pour les étudier avec son spectromètre VNIS. La distance totale parcourue est désormais de 178.9 mètres.

Le spectromètre VNIS, embarqué à bord de Yutu-2, observe en visible et proche-infrarouge. (crédit CNSA)

Chang’e 4 et Yutu-2 se réveilleront autour du 28 avril pour le jour 5.

Lancé avec le satellite relais Queqiao, et aujourd’hui en orbite autour de la Lune, le smallsat étudiant Longjiang 2 a pris une nouvelle série de photos de la Lune et de la Terre ensemble :

 

Stratolaunch décolle

L’avion-porteur sensé envoyer bientôt des fusées en orbite a décollé pour la première fois le 13 avril.

Informations sur l’article dédié : Stratolaunch, le plus grand avion au monde a décollé !

Premier décollage pour l’avion-porteur Stratolaunch le 13/04/2019 (crédit Scaled Composite)

 

Les news du Newspace

La semaine était aussi chargée du côté des petits acteurs du Newspace. On fait le point en Amérique et en Europe.

RocketLab le vent en poupe

L’entreprise américano-néo-zélandaise RocketLab a annoncé plein de belles choses cette semaine. Tout d’abord, quelques jours après son premier lancement de 2019 pour la DARPA, RocketLab a annoncé que son prochain vol sera pour trois smallsats de recherche de l’US Air Force. Ce dernier est un nouveau client de prestige pour la société qui n’en est qu’à 5 tirs au compteur.

La nouvelle principale à propos de RocketLab a été annoncée lors du Space Symposium : RocketLab peut désormais fournir une plateforme satellite. Dérivée directement du dernier étage de l’Electron, cette plateforme utilise le moteur électrique à la précision remarquable Curie. Cette plateforme satellite complète s’appelle Photon. Avec cette plateforme, le client n’aurait plus que sa charge utile à faire et à envoyer pour que RocketLab « fasse le reste », à savoir l’intégrer dans Photon, puis intégrer Photon dans l’Electron.

la plateforme Photon pourra accueillir une charge utile de maximum 170 kg (en SSO), fournir une puissance électrique ente 0.1 et 1 kW, stocker un Tb de données… Photon est sensé donner au satellite une espérance de vie de 5 ans en orbite basse (crédit RocketLab)

Enfin, le chantier du second pas de tir (LC-2) en Virginie avance. La poutre principale de l’érecteur est terminée d’après Peter Beck, PDG de RocketLab, qui est allé voir le chantier la semaine dernière. Un tir inaugural du LC-2 est prévu pour fin 2019.

 

Vector : les tests commencent

Le premier étage de la Vector-R B1001 est arrivé au centre de test à Tucson jeudi 11 avril. Pendant un mois et demi, l’entreprise américaine Vector Space Systems testera son prototype, la B1001, en vue d’un tir inaugural en juin. La Vector-R sera un des plus petits micro-lanceurs du marché. Vector a l’intention d’en envoyer par dizaines dans les prochaines années.

Le premier étage de la Vector-R B1001 sur le banc de test à Tucson (crédit Vector)

 

Virgin Orbit annonce un nouveau centre de lancement à Guam

Alors qu’elle teste son lanceur LauncherOne sur le banc depuis deux semaines, micro-lanceur qui n’est encore jamais allé plus haut que là où va le Boeing 747 Cosmic Girl qui l’emporte, Virgin Orbit a annoncé installer à Guam un nouveau centre de lancement.

Evidemment, pour Virgin Orbit, installer un nouveau pas de tir, c’est plus facile que tout le monde dans la mesure où la compagnie n’a pas besoin d’un pas de tir. Effectivement, la LauncherOne est larguée depuis l’aile de Cosmic Girl comme un X-15 puis met à feu ses moteurs pour aller livrer un smallsat en orbite basse. Donc par centre de lancement, une piste et quelques aménagements seront suffisants ! De plus, juste une grosse caravane aseptisée suffit pour intégrer la charge utile au lanceur.

Pourquoi Guam ? L’île située au sud des Mariannes est située pas loin de l’équateur, permettant à Virgin Orbit d’être beaucoup plus souple dans ses offres en terme d’inclinaison d’orbite. Autre raison : en s’implantant à Guam, Virgin Orbit sera le seul lanceur occidental en contact direct avec le marché des smallsats asiatiques.

La LauncherOne sous l’aile de Cosmic Girl, un Boeing 747 réaménagé. (crédit Virgin Orbit)

 

PLDSpace réalise le drop test de la MIURA

Moment fort pour le Newspace espagnol et européen en général. La société basée à Madrid PLDSpace est la première à proposer un lanceur réutilisable en Europe : la MIURA 5, capable de mettre une charge utile de 300 kilos en orbite basse. Comme d’habitude cela passe par des tests de démonstrateur, à savoir ici la MIURA, équivalent au premier étage de la future MIURA 5, dont le premier vol est prévu pour 2021. Pour la MIURA, pas question de la faire atterrir. On va plutôt la faire amerrir ! A l’issue de son retour dans l’atmosphère, la MIURA déploiera un parachute et tombera en douceur dans la mer. Ce sera ensuite un bateau qui viendra la récupérer et la rapporter sur terre.

patch du drop test (crédit PLDSpace)

 

Le 11 avril, PLDSpace a fait son test après un report la veille à cause d’un souci technique. L’hélicoptère Chinook CH-47 de l’armée de terre espagnole a d’abord levé le démonstrateur long de 15 mètres et de 1.4m de diamètre, puis l’a emporté à 5 km au-dessus de l’océan Atlantique, au large de la côte de Huelva, au sud de l’Espagne. Une fois stabilisé au dessus de l’eau, le Chinook a largué la MIURA qui a automatiquement déployé ses trois parachutes et est tombée dans l’eau à une vitesse de 10m/s. Enfin, un bateau remorqueur l’a récupéré puis emportée jusqu’au port de Mazagon. Le démonstrateur a été finalement transporté aux locaux de PLDSpace à Elche pour inspection. Il semble être en bon état et le drop test s’est lui parfaitement bien déroulé.

 

En bref…

HP3 toujours arrêté

L’instrument de forage du sol martien HP3 est toujours à l’arrêt sur Mars depuis le 28 février. Ce jour-là, la « taupe » n’a pas pu s’enfoncer au-delà de 30 centimètres [(re)lire La sonde HP3 a rencontré des obstacles sur son chemin vers les entrailles de Mars]. 

Les investigations se poursuivent au DLR, l’agence spatiale allemande, et au JPL pour investiguer sur ce qui s’est passé. Les responsables de l’instrument ne savent toujours pas si la taupe est bloquée par une seule pierre ou une couche de gravier, ou si la partie arrière de la sonde est coincée dans la structure porteuse. Cela aurait pu se produire parce que l’appareil a pénétré dans le sol à un angle d’environ 15 degrés par rapport à la verticale.

Les investigations sont effectuées au sol avec des maquettes de l’instrument et des bacs à sable de différentes compostions afin de déterminer quelles mesures prendre pour essayer de poursuivre l’enfoncement du môle d’HP3. Les travaux des scientifiques se basent sur des images, des données de température, des données du radiomètre et des enregistrements réalisés par le sismomètre SEIS lors d’un bref essai de martelage mené le 26 mars dernier.

Torben Wipperman, ingénieur au DLR, avec l’installation expérimentale HP3 (credit DLR)

 

Chandrayaan-2 : incident lors d’un test

L’atterrisseur lunaire indien a souffert des derniers tests préliminaires sur le rover Vikram, sensé décoller vers la Lune avec lui ce mois-ci. Lors du drop test, dont l’objectif est de vérifier le posé de l’atterrisseur sur le sol lunaire, ce dernier s’est retrouvé endommagé au niveau des jambes.

Le rover Vikram lors d’un test de roulage (crédit ISRO)

Le lander a deux blessures aux jambes. L’ISRO avait annoncé avoir mis en place une commission pour déterminer l’origine de l’anomalie mais il semblerait que le rover soit trop lourd pour les jambes. En effet, tout au long du projet, le design de Vikram a évolué, et son poids augmenté. Dans ce cas, il faudra adapter les jambes du lander en conséquence, au risque de devoir les reconfigurer.

Le lancement de la mission lunaire Chandrayaan-2 pour la Lune était prévu pour mi-avril. Le tir semble désormais prévu pour juillet. La mission est composée d’un orbiter, d’un lander et d’un rover. Ce sera la première fois que l’Inde ira sur le sol lunaire.

 

Intelsat 29E ne répond plus

Le satellite de télécommunications Intelsat 29E connaît actuellement une grosse défaillance qui a entraîné l’interruption de ses services.

Lors d’un incident le dimanche 7 avril, « le système de propulsion de l’engin spatial a subi des dégâts qui ont provoqué une fuite de l’agent propulseur à bord du satellite, ce qui a perturbé le service offert aux clients du satellite », a déclaré Intelsat. Ces clients sont des opérateurs maritimes, aéronautiques et sans fil en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans l’Atlantique Nord. « Le 9 avril, alors que l’on travaillait à la restauration des services, le satellite a connu une deuxième anomalie qui a entraîné une perte de communication avec le satellite ». Des investigations sont en cours avec le fabricant Boeing pour connaître la cause de la défaillance. 

La société ExoAnalytic Solutions, qui utilise 27 observatoires et plus de 300 télescopes sur l’ensemble du globe pour fournir commercialement des services d’observation de l’espace, a été alertée par Intelsat et surveille depuis Intelsat 29E avec au moins deux télescopes. Jeudi 11 avril, un de ces télescopes a capturé la vidéo ci-dessous, qui montre une fragmentation continue du satellite [le point blanc au centre, les traînées étant des étoiles] sur une période de quatre heures [première explosion vers 0:25′]. On y voit d’abord des dégagements anormaux de gaz du satellite puis un halo persistant. À mesure que le halo se dissipe, plusieurs débris sont identifiés.

Avant l’incident de jeudi, le satellite avait dérivé d’environ 0,5° par jour vers l’est. Après cette date, ce mouvement de dérive a augmenté de 1° par jour, a déclaré la société ExoAnalytic. Le satellite et plusieurs débris sont désormais sur des orbites qui traversent une altitude géosynchrone. La société examine les données pour tenter de déterminer si un événement externe, tel qu’une micrométéorite ou des débris existants dans l’environnement géostationnaire, pourrait avoir été à l’origine du problème initial lié au satellite, « quand une telle anomalie survient avec un jeune satellite, cela nous oblige à comprendre l’environnement extérieur ».

source

 

Starliner valide ses tests environnementaux

La capsule de vol habité américaine CST-100 Starliner, construite par Boeing, a passé avec succès ses tests de qualification environnementaux. Cette phase de qualification de la capsule contient des tests acoustiques et des tests de vibration.

Le CST-100 Starliner soumis à des tests d’interférence électromagnétiques en salle spécialisée (crédit Boeing)

Les tests consistent à expérimenter la capsule dans des environnements fidèles à la mission : décollage, orbite, montée. C’est une des campagnes les plus éprouvantes pour les ingénieurs car elle peut remettre en question jusqu’au design de la capsule. Pour simuler la soumission aux vibrations lors du décollage ou de la montée dans l’espace, la capsule a été placée en chambre acoustique et bombardée d’ondes. Pour tester sa capacité d’adaptation aux passages d’une température extrême à une autre, la capsule a subi de fortes variations de températures en chambre à vide. Enfin, la capsule été placée dans une chambre anti-bruit pour tester le matériel à s’adapter en cas d’interférences électromagnétiques. Le modèle de qualification de la Starliner a été placé dans des centaines de situations différentes pour valider sa structure.

Préparation à des tests thermiques en salle sous vide. (crédit Boeing)

Cette phase de tests a duré moins d’une centaine de jours au sein du centre de test environnemental de Boeing à El Segundo. Passer cette étape ouvre plus clairement la voie au premier lancement désormais prévu à août 2019. Seulement après ce vol inhabité, s’il se passe bien, les astronautes (dont peut-être Thomas Pesquet !) pourront y prendre place.

 

PS : article fait à quatre mains avec Isabelle !

2 commentaires sur “Actualités spatiales du 8 au 14 avril : EVA, Beresheet, Falcon Heavy, Stratolaunch et trou noir”

  1. NB : le premier vol habité du CST-100 Starliner est actuellement prévu pour novembre (pas « août ») 2019 avec pour équipage Christopher J. Ferguson (4e vol), E. Michael Fincke (4e vol) – remplaçant Eric A. Boe – et Nicole V. A. Mann (1er vol) avec pour « backup » Barry E. Wilmore.

    A noter le report du lancement de Soyuz MS-13 du 6 au 20 juillet 2019 ainsi que, pour Soyuz MS-15, le remplacement de Christopher J. Cassidy par Jessica U. Meir (déjà bien connue depuis 2002 donc bien avant sa sélection…).

  2. A noter aussi le décès d’Owen K. Garriott, survenu le 15 avril. Il est, parmi les 559 hommes (au sens large) qui ont effectué des vols orbitaux, le 98e à nous quitter.

    Il a effectué 2 vols spatiaux, Skylab-3 et STS-9 Columbia / Spacelab-1, et en aurait effectué un 3e, STS-61K Atlantis / EOM-1/2, s’il n’y avait eu le « Challenger disaster ».

    Ce sera pour l’actualité de la semaine du 15 au 21 avril.

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