Premier vol habité pour New Shepard de Blue Origin

Quelques jours après Virgin Galactic, l’autre entreprise américaine de vol spatial touristique a réalisé son premier vol avec équipage.

Ce 20 juillet, le premier vol suborbital du lanceur New Shepard de Blue Origin avec 4 personnes à bord de la capsule s’est bien passé.

Vidéo embarquée des quelques minutes d’apesanteur dans la capsule avec vue sur la Terre (crédit Blue Origin)

Après 15 vols d’essais inhabités (le précédent avait eu lieu en avril 2021), cette fois-ci la capsule embarquait 4 personnes pour la première fois :

Live Blue Origin

Les 4 passagers deviennent officiellement des astronautes alors qu’ils ont dépassé la « ligne de Karman » de 100 km d’altitude. Wally Funk devient la personne la plus âgée à aller dans l’espace, devançant John Glenn. Oliver Daemen devient le plus jeune voyageur spatial, devançant Gherman Titov qui à 25 ans avait réalisé le 6 août 1961 le second vol orbital après Youri Gagarine.

Wally Funk vient de recevoir ses ailes d’astronaute après le vol (crédit Emre Kelly)

L’annonce de la date de ce premier vol habité n’avait pas été faite au hasard : Blue Origin avait communiqué la date à l’occasion du 60e anniversaire du vol suborbital d’Alan Shepard, le premier Américain dans l’espace, soit le 5 mai, pour un vol au 20 juillet, soit le 52e anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11.

*Le 4e siège de la capsule a été vendu aux enchères. La personne, dont on ne connait pas le nom à ce jour, qui a remporté l’enchère n’était pas disponible pour le vol selon les communiqués officiels. Du coup, c’est Oliver qui a eu le droit de prendre place dans la capsule, son père, un homme d’affaires néerlandais, ayant pris la 2e place des enchères.

Les bénéfices des enchères, plus de 28 millions de dollars, sont reversés à la fondation de l’entreprise « Club for the Future » et à des associations pour la promotion du spatial pour tous.

Le vol en détails

L’équipage était monté à bord de la capsule nommée « RSS New Step » environ 45 minutes avant le décollage.

Wally Funk monte dans la capsule (live Blue Origin)

Le booster New Shepard surmonté de la capsule a décollé à 13h11 UTC depuis la base privée de lancement de Blue Origin située à Van Horn dans le West Texas.

Live Blue Origin

New Shepard est monté verticalement et a atteint Max Q (le moment où les contraintes vibratoires sont les plus fortes) à T+1 minute. Le moteur s’est coupé à T+2:20, à 178 000 pieds d’altitude (~54 km) et après avoir atteint une vitesse de Mach 3.

La séparation de la capsule du booster a été effectuée à T+3:00. La capsule a franchi la ligne Karman à 100 kilomètres vers T+3h45 et a atteint son apogée environ 20 secondes plus tard.

La capsule est montée jusqu’à une altitude de 107,5 km (apogée) offrant aux passagers environ 3 minutes de microgravité.

Le profil de vol typique d’une New Shepard (crédit Blue Origin)

Le booster est venu se poser à T+7:14.

Atterrissage du booster (Live Blue Origin)

La capsule a déployé ses trois parachutes de freinage à environ 5 000 pieds d’altitude, et les parachutes principaux se sont déployés vers T+8:14 à 2 500 pieds.

Déploiement des parachutes principaux (Live Blue Origin)

La capsule a atterri à une vitesse à moins de 26 km/h sur le sol du désert à T+10:11 grâce à l’allumage d’une petite rétrofusée, comme pour les capsules Soyouz, pour amortir l’impact de l’atterrissage.

Atterrissage de la capsule (Live Blue Origin)

Peu de temps après l’atterrissage, l’équipe au sol a pu ouvrir l’écoutille de la capsule et on a pu voir les 4 membres d’équipage en bonne forme. Jeff Bezos a déclaré qu’il s’agissait du « Meilleur jour de ma vie !« . 

La joie de Wally FUnk, d’Oliver Daemen et de Jeff Bezos à la sortie de la capsule (live Blue Origin)

Un autre rêve de milliardaire

Jeff Bezos, l’homme le plus riche au monde, a eu depuis longtemps également des ambitions spatiales. Il crée Blue Origin en 2000. Mais pendant de nombreuses années les activités de l’entreprise restent très discrètes.

En 2012, l’entreprise publie une vidéo montrant le test réussi de son module de secours sur pas de tir, qui permettra aux passagers d’avoir la capacité de s’éjecter tout au long de la phase de lancement.

En avril 2015, Blue Origin crée la surprise et effectue un premier vol suborbital sans équipage. Le lanceur monte jusqu’à un altitude de 93 km, la capsule est éjectée et redescend sous parachutes, mais le booster est perdu.

En novembre 2015, c’est la première récupération réussie du lanceur (avant SpaceX).

Atterrissage réussi de la fusée New Shepard de Blue Origin le 23/11/15 (credits Blue Origin)

Les lancements et les récupérations s’enchaînent plus ou moins régulièrement jusqu’à cette grande première pour l’entreprise.

Une capsule sûre

Contrairement à l’avion spatial à lancement aéroporté de Virgin Galactic, New Shepard est un système de fusée plus traditionnel qui se lance depuis le sol avec un propulseur à un étage qui propulse la capsule de l’équipage dans l’extrême haute atmosphère avant de retomber vers la Terre.

La capsule New Shepard peut accueillir six personnes et est entièrement réutilisable.

Elle dispose d’un système d’abandon en vol grâce à un puissant moteur de fusée conçu pour propulser l’engin en toute sécurité loin d’un booster défectueux. Le système d’abandon a été testé trois fois, une fois au niveau du sol pour simuler un abandon sur le pas de tir, et deux fois pendant l’ascension [le test d’octobre 2016]

Le booster du vol de ce jour avait déjà réalisé 2 vols. C’était le 16e vol d’une New Shepard.

Le début de nombreux vols

Blue Origin a annoncé que deux vols habités sont déjà programmés d’ici la fin de l’année.

Les billets pour des vols ultérieurs sont désormais disponibles à la vente mais on ne connait pas le montant du siège.

On sait juste que les contraintes actuelles : les passagers doivent peser entre ~50 et ~101 kg (conversion de 110 et 223 livres), mesurer entre ~1,50 m et ~1,80 m (5 pieds et 6 pieds 4 pouces), être capables de monter sept volées d’escaliers en moins de 90 secondes (la hauteur du portique de lancement) et être à l’aise avec les hauteurs. Les autres exigences incluent la possibilité de passer jusqu’à 90 minutes enfermé à l’intérieur de la capsule et de pouvoir résister jusqu’à trois fois la force de gravité lors du lancement et 5,5 « G » lors de la descente vers la Terre.

Avis aux amateurs fortunés ! Car oui, l’espace accessible à tous, ce n’est pas encore pour tout de suite 🙁

Photo de couverture : Jack Beyer pour NasaSpaceflight

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3 Comments

  1. Oliver Daemen devient également le 3e Néerlandais à aller dans l’espace après Wubbo J. Ockels (le 30.10.1985) et André Kuipers (le 19.04.2004), et ceci même si leurs durées de vol ne sont absolument pas comparables !… A noter que Lodewijk van den Berg était également néerlandais de naissance mais a volé en tant qu’américain (le 29.04.1985).

  2. Je persiste à désapprouvé ces vols indécents de riches en quête de sensations. Un saut du genre, c’est la production de CO2 d’un individu pendant 8 ans. Notre planète est en danger et nous venons de vivre une page ravageuse du réchauffement, avec plus de 200 morts ! Si j’ suis avec attention toutes cette recherche technologique et scientifique, si je me passionne pour l’exploration spatiale, je n’y vois ici qu’un jeu de gosses hyperfriqués qui accentuent la détérioration de nos conditions climatiques. Ce devrait être interdit !

    • Vous avez tout à fait le droit de désapprouver ces vols. Je relate les évènements spatiaux mais j’espère que vous avez remarqué que je ne suis pas complètement favorable non plus.
      Pour la production de CO2, je lis beaucoup de chiffres divers sans avoir de sources fiables. En avez-vous une ? Merci

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