L’actualité spatiale de la semaine du 9 avril : Long March et Yaogan / PSLV et INRSS / Atlas 5 et AFSPC11

Une semaine classique : des lancements et des activités sur l’ISS.

Lancement surprise chinois

La Chine a procédé à un lancement surprise le mardi 10 avril à 4h25 UTC de 3 satellites de reconnaissance Yaogan-31 par une fusée Longue Marche 4C depuis le centre de lancement des satellites de Jiuquan. Ils ont été placés sur une orbite initiale d’environ 1 089 km × 1 100 km × 63,409°.

Lancement Long March 4C / Yaogan-31 le 10/04/2018 (credit Xinhua/Wang Jiangbo)

Ces 3 nouveaux satellites de reconnaissances Yaogan (télédétection en chinois) seraient équivalents aux satellites américains NOSS (Naval Ocean Surveillance System) qui sont utilisés pour suivre le mouvement des navires grâce à la triangulation des signaux électromagnétiques émis par les bâtiments de surface. Plus de détails sur East Pendulum.

La mission a également envoyé en orbite un nano-satellite expérimental, mais on ne sait rien de cette charge utile.

Il s’agit déjà du 11e lancement de l’année pour la Chine, sur environ 40 planifiés pour 2018.

Deuxième lancement indien en 2 semaines

L’agence spatiale indienne, l’ISRO, a fait décoller son lanceur PSLV à 22h34 UTC le mercredi 11 avril depuis le Satish Dhawan Space Center (Sriharikota).

Lancement PSLV-C41 / INRSS-1I le 11/04/2018 (credit ISRO)

Neuf minutes après le décollage, le satellite INRSS-1I, d’un peu plus de 1400 kg, a été mis sur orbite de transfert sub-synchrone de 284 par 20 650 kilomètres, avec une inclinaison de 19,2 degrés.

Le satellite de navigation INRSS-1I avant sa mise sous coiffe et son lancement le 11/04/2018 (credit ISRO)

C’est le 8e satellite de la constellation INRSS, pour Indian Regional Navigation Satellite System, le système de navigation indien (comme le GPS, Galileo, BeiDou ou Glonass, mais centré sur l’Inde).

Sept satellites opérationnels constituent le système de navigation indien NavIC ou INRSS : trois satellites en orbite géostationnaire au-dessus de l’équateur et quatre situés dans deux plans orbitaux dans des orbites géosynchrones à 29 degrés pour créer une zone de couverture couvrant l’ensemble du territoire indien et environ 1500 kilomètres au-delà de ses frontières (credit ISRO)

Le système rebaptisé NavIC (Navigation with Indian Constellation) connait des déboires depuis le début : le satellite INRSS-1A lancé en 2013 est tombé en panne après à peine 3 ans de fonctionnement, à cause d’une anomalie sur ses horloges atomiques. En 2017, le satellite INRSS-1H qui devait le remplacer n’a pu se séparer du lanceur, coincé sous la coiffe qui ne s’est pas détachée et a été perdu. Cette fois-ci l’ISRO a annoncé que le satellite a été mis sur orbite correctement et devrait rentrer en opération d’ici quelques mois après avoir atteint son orbite opérationnelle à presque 36 000 km d’altitude.

Pour en savoir plus sur ce lanceur : la brochure de l’ISRO en anglais

Déchargement des expériences du cargo Dragon CRS-14

Le cargo de ravitaillement Dragon CRS-14 est arrivé à la Station Spatiale Internationale le 4 avril dernier. L’équipage de l’ISS a commencé dès le 5 avril à retirer la cargaison du module pressurisé. Le 10 avril, le bras robotique équipé de sa « main » Dextre, piloté depuis le sol, a commencé à retirer les charges utiles externes dans la partie non pressurisée du Dragon.

Le premier sous-ensemble retiré a été une pompe de secours pour le système de refroidissement de la Station, PFCS (Pump Flow Control Subassembly). Elle est stockée sur l’ISS en tant que pièce de rechange en cas de défaillance future du système de contrôle thermique de la Station. Elle a été remplacée dans le Dragon par une pompe défectueuse.

Déchargement du « coffre » du cargo CRS-14 par Dextre. Ici la pompe PFCS (credit NASA TV)

Puis, c’était au tour de l’expérience MISSE-FF (détails ici) :

Extraction de l’expérience MISSE-FF du cargo Dragon CRS-14 (credit NASA TV)

Vendredi 13 avril, l’expérience européenne ASIM (détails ici) a été retirée du cargo et positionnée à l’extérieur du module Columbus. ASIM a été officiellement démontée de la malle du Dragon à 15h22 UTC lorsque l’alimentation de la charge utile a été coupée.

Une bonne installation de l’ASIM a été confirmée à 18h UTC et l’alimentation du réchauffage a été réallumée à 19h44 UTC. Les premières télémétries ont bien été reçues par les opérateurs européens peu de temps après confirmant la bonne santé de l’expérience :

Un nouveau lancement militaire américain

Dans la nuit du 14 au 15 avril, c’est une Atlas 5 d’ULA, qui a décollé à 23h13 UTC depuis le pas de tir LC-41 de Cap Canaveral.

Liftoff! Atlas V AFSPC-11

Décollage Atlas V / AFSPC-11 le 14/04/2018 (credit ULA)

Il s’agissait de la version V551, la configuration la plus puissante du lanceur, avec 5 boosters à poudre.

Liftoff! Atlas V AFSPC-11

Décollage Atlas V / AFSPC-11 le 14/04/2018 (credit ULA)

La mission exacte, dénommée AFSPC-11 pour Air Force Space Command, n’a été révélée que quelques heures avant le décollage. L’Atlas V a mis sur orbite géostationnaire 2 charges utiles pour l’US Air Force :

  • CBAS pour Continuous Broadcast Augmenting Satcom, un satellite de télécommunications géostationnaires pour soutenir les « hauts dirigeants et les commandants au combat »
  • EAGLE pour EELV Secondary Payload Adapter (ESPA) Augmented Geosynchronous Experiment. Il s’agirait d’un adaptateur fixé entre l’étage supérieur Centaur du lanceur, et le satellite de télécommunication qui emporterait 4 expériences militaires, dont un sous-satellite nommé Mycroft.

    Emplacement respectif des charges utiles de la mission AFSPC-11 du 14/04/2018 (credit ULA)

Les 4 expériences resteraient fixées à cet adaptateur basé sur la plateforme ESPAStar d’Orbital ATK. tandis que Mycroft sera séparé plus tard pour effectuer son propre vol. La plate-forme ESPAStar possède six ports et permet de transporter au maximum une charge utile hébergée ou deux charges utiles séparables sur chaque port. Tous les ports utilisent des interfaces de charge utile standardisées, ce qui permet l’interchangeabilité de la charge utile hébergée et séparable ainsi que l’intégration tardive de la charge utile ou des modifications. La plate-forme a été optimisée pour fonctionner en orbite géostationnaire, mais peut être adaptée pour des missions dans les orbites terrestres basses et moyennes (informations spaceflight101).

Selon l’Armée de l’Air, Mycroft se séparera d’EAGLE à une heure non divulguée dans la mission, volera à une distance de 35 Kilomètres et s’amarrera à nouveau avec ESPA pour tester différents capteurs et systèmes de traitement de rendez-vous ainsi qu’une plateforme d’imagerie pour collecter des données sur d’autres satellites en orbite.

La plateforme ESPAStar (credit Orbital ATK)

Pour en savoir plus sur le lanceur et le profil de vol : la brochure ULA en anglais.

En bref

Toujours pas de communications avec GSAT-6A

Alors que le lancement de cette semaine de la PSLV a été réussi, l’ISRO n’a toujours pas repris contact avec son satellite de télécommunications GSAT-6A lancé le 29 mars dernier. Le journal The Times of India a toutefois rapporté mardi que l’ISRO continue de suivre le satellite en orbite, suggérant que le GSAT-6A reste intact et donc que tout espoir de reprendre contact avec le satellite n’est pas perdu.

50 ans du CSG

Le Centre Spatial Guyanais a fêté ses 50 ans de mise en service le 9 avril avec le lancement de la fusée française Véronique atteignant 113 km d’altitude.

A retrouver dans cet article de la Cité de l’espace de Toulouse 50 ans de lancements au CSG, dans cette publication du Centre Spatial Guyanais, ou cet article d’Air & Cosmos

Montage photos de la Cité de l’espace pour les 50 ans du CSG

Le résumé en vidéo :

Une réflexion sur “L’actualité spatiale de la semaine du 9 avril : Long March et Yaogan / PSLV et INRSS / Atlas 5 et AFSPC11

  1. Véronique pour Vernon-Electronique. De nombreux ingénieurs et techniciens allemands furent basés à Vernon après la 2e GM. Véronique fut la version francisée de la V2, tout comme Redstone en fut la version américanisée et R1, R2 et G1 les versions soviétisées. Il serait plus juste de dire la fusée franco-allemande… enfin, c’est juste mon avis !

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