L’actualité spatiale de la semaine du 8 au 14 octobre : Falcon 9, Long March et tir Soyouz avorté vers l’ISS

Une semaine riche avec une première pour SpaceX et un 27e lancement chinois, mais l’échec d’une Soyouz pour amener des astronautes à l’ISS qui sont revenus heureusement sains et saufs sur Terre.

Premier atterrissage réussi sur le sol californien pour Falcon 9

Lundi 8 octobre, une Falcon 9 a décollé de la base Air Force de Vandenberg en Californie à 2h22 UTC.

SAOCOM 1A Mission

Décollage Falcon 9 / Saocom-1A le 08/10/2018 (credit SpaceX)

La base se situant à environ 225 km au nord-ouest de Los Angeles, de belles photos ont montré les moteurs des premier et second étages en fonctionnement en même temps alors que le lanceur se dirigeait vers l’orbite au-dessus de l’Océan Pacifique, et que le premier étage se dirigeait pour un atterrissage retour sur la base de lancement.

Pris à environ 5 km au nord de la base aérienne de Vandenberg, l’image suit des panaches et des gaz d’échappement provenant des premier et deuxième étages de la Falcon 9. Au crépuscule, la fumée rougeâtre qui dérive au premier plan à droite provient de l’ascension initiale de la fusée. Les panaches filamenteux en expansion, bleu et orange, proviennent de la séparation des premier et deuxième étages. Mais le point lumineux au-dessous du centre correspond au deuxième étage. Les propulseurs à impulsions forment la forme en V à l’envers en haut, car ils guident le premier étage réutilisable du Falcon 9 vers le site d’atterrissage. (credit APOD NASA / Brian Haidet)

Photo prise d’avion des premiers et second étages de la Falcon 9 le 08/10/2018 (credit David Raboin)

Moins de 8 minutes après le décollage, le premier étage a réussi son atterrissage sur une zone à 400 m du pas de tir. Photo SpaceX : 

SAOCOM 1A Mission

C’était la première fois que l’atterrissage était effectué sur le sol et non sur une barge sur la côte ouest des Etats-Unis. C’était le 30e retour réussi d’un premier étage Falcon, avec 18 sur des drones en mer et 11 sur la terre ferme à Cap Canaveral (dont 2 de la Falcon Heavy). La zone d’atterrissage a été construite sur le site du complexe de lancement spatial 4W, SLC-4W, qui a vu 93 lancements de fusées Atlas et Titan entre 1963 et 2003.

Ce premier étage, le Core 1048, avait déjà volé en juillet dernier. Il n’y a pas eu de tentative de récupération de la coiffe.

Le satellite radar argentin SAOCOM 1A a été placé avec succès sur son orbite opérationnelle héliosynchrone à 620 km d’altitude un peu plus de 12 minutes après le décollage. SAOCOM 1A est un satellite de 3 tonnes construit pour l’agence spatiale argentine, Comisión Nacional de Actividades Espaciales (CONAE), dont l’objectif est de balayer la Terre avec un radar à synthèse d’ouverture pour imager la surface terrestre de jour et de nuit. Il servira à mesurer l’humidité du sol et à surveiller les marées noires, les inondations, les incendies de forêt et autres catastrophes naturelles et d’origine humaine. Les données sur l’humidité du sol fourniront aux scientifiques et aux planificateurs agricoles des informations sur l’humidité du sol sur une profondeur de plus de 2 mètres, ce qui aidera à prévoir les rendements de récolte, les inondations et les sécheresses., selon les communiqués. Un second satellite SAOCOM devrait être lancé fin 2019 par une Falcon 9.

Le satellite argentin SAOCOM 1A lors de sa mise en conteneur pour son voyage vers la base de lancement (credit CONAE)

Nouveau lancement chinois

Une Long March 2C a décollé mardi 9 octobre à 2h43 UTC depuis le centre de lancement des satellites de Jiuquan.

Décollage Long March 2C / Yaogan le 09/10/2018 (credit Xinhua/Wang Jiangbo)

La fusée, équipée d’un nouvel étage supérieur Yuanzheng 1S (version simplifiée pour des vols courts d’un étage existant), a mis sur orbite héliosynchrone basse 2 nouveaux satellites militaires de reconnaissance Yaogan (télédétection en chinois). Aucune information sur les satellites Yaogan-32 n’a été publiée, mais les médias chinois suggèrent qu’ils seront utilisés pour des études sur l’environnement électromagnétique et d’autres tests technologiques connexes. Les satellites de la série Yaogan sont généralement utilisés par l’armée chinoise pour tester de nouvelles technologies et capturer des images de surveillance haute résolution.

C’était le 27e lancement chinois de l’année, plaçant la Chine en tête des pays pour le nombre de lancements en 2018 pour le moment.

Lancement avorté vers l’ISS

Les 2 astronautes Nick Hague et Alexey Ovchinin n’auront fait qu’un vol suborbital jeudi 11 octobre.

Expedition 57 Crew Farewell (NHQ201810110002)

Nick Hague (en haut) et Alexey Ovchinin (en bas) juste avant le décollage (crédit NASA/Bill Ingalls)

Une anomalie du lanceur Soyouz a provoqué l’évacuation d’urgence du vaisseau Soyouz MS-10.

En savoir plus dans l’article du blog : Pas de nouvel équipage à l’ISS suite à une anomalie du lanceur Soyouz

Les premières secondes du décollage de la Soyouz et le retour sain et sauf de l’équipage à Baïkonour (credit NASA)

L’ancien cosmonaute russe et l’actuel directeur exécutif de Roscosmos, Sergueï Krikalev, a évoqué les raisons possibles de l’échec du lancement du Soyouz MS-10 lors d’un entretien avec la presse vendredi 12 octobre à Moscou : « Il n’y a pas de version finale, mais la cause immédiate est claire. L’échec est dû à la collision de l’un des boosters du premier étage. Pendant la séparation des premier et deuxième étages, le contact a eu lieu. Il y avait un écart par rapport à la trajectoire nominale et, apparemment, une destruction de la partie inférieure du deuxième étage. La fusée a arrêté le vol normal, puis les automatismes ont fonctionné régulièrement ».

A lire aussi : Soyouz: le scénario de l’accident se précise. Juste une petite correction en fin d’article : « La plus grande incertitude pour l’avenir concerne désormais le ravitaillement de l’ISS, qui ne peut se faire qu’avec des fusées Soyouz. » Oui pour l’acheminement des Hommes mais pour les cargos, il y a d’autres lanceurs (Falcon 9 pour Dragon, H2B pour HTV, Antares ou Atlas pour Cygnus). La défaillance de la vanne reste à confirmer.

Infographie illustrant la cause de l’incident. La défaillance de la vanne reste à confirmer (credit Cyrille Vanlerberghe / Le Figaro)

En bref

Report de la première collecte d’échantillons pour Hayabusa-2.

La sonde japonaise Hayabusa-2 qui devait faire sa première collecte d’échantillons sur l’astéroïde Ryugu fin octobre, ne le fera finalement pas avant début 2019. Les images rapportées par les rovers Minerva-2 [à la surface de Ryugu par Minerva-II-1] et Mascot [Incroyables images de Mascot sur Ryugu] montrent de nombreux rochers à la surface de l’astéroïde. Pour une collecte sans risque pour la sonde, la JAXA préfère prendre son temps dans l’analyse des données.

Hubble et Chandra en mode survie

On a appris cette semaine que le télescope spatial Hubble est entré en « safe mode » le 5 octobre dernier. L‘un de ses 6 gyroscopes est tombé en panne, alors que 3 sont déjà hors service. Pour fonctionner correctement et précisément, seuls trois gyroscopes sont nécessaires pour aider Hubble à tourner et à se verrouiller sur de nouvelles cibles astronomiques. Le télescope a été mis en « service réduit », c’est-à-dire qu’il ne fait plus de science, le temps aux ingénieurs de la NASA de comprendre l’origine de l’anomalie et de trouver une solution de contournement. Avec 28 ans de vie sur orbite, on espère que Hubble continuera à vivre encore quelques années car son « remplaçant » le James Web Space Telescope connaît du retard pour sa mise sur orbite.

Le télescope spatial Chandra connaît lui aussi des problèmes. Le télescope à rayons X de 19 ans s’est mis en hibernation le 10 octobre, probablement en raison d’un problème lié à son système de pointage gyroscopique, lui aussi.

Le rack ACLS mis en place dans l’ISS

Le nouveau rack ACLS pour Advanced Closed Loop System (système avancé à boucle fermée) amené par le cargo HTV-7 à l’ISS a été installé le 1er octobre par Alexander Gerst dans le module américain Destiny.

Le rack ACLS d’environ 2 m de haut, 1 m de large et 85,9 cm de profondeur et pesant plus de 670 kg sur Terre, a été installé avec succès dans l’ISS par Alexander Gerst grâce à la microgravité (credit ESA / NASA)

Ce support de vie recyclera le dioxyde de carbone en oxygène et permet de réduire considérablement le volume des fournitures en eau à expédier depuis la Terre, soit jusqu’à 400 litres d’eau en moins par an, envoyés par cargos de ravitaillement. Les astronautes vont connecter les câbles, les tuyaux et les filtres de l’installation puis les opérations de contrôle sont prévues pour le 6 novembre. Une fois opérationnelle, l’installation devrait générer environ 50% de l’eau nécessaire à la production d’oxygène sur la Station Spatiale. Une avancée pour les vols plus lointains qui nécessitent plus d’autonomie.

 

Le récap de la semaine en vidéo :

A partir de 18h15

2 réflexions sur “L’actualité spatiale de la semaine du 8 au 14 octobre : Falcon 9, Long March et tir Soyouz avorté vers l’ISS

  1. Les 2 astronautes Nick Hague et Alexey Ovchinin n’auront fait qu’un vol suborbital jeudi 11 octobre.

    NB : comme ils ont volé à bord d’un vaisseau russe Soyouz, on devrait dire, à mon avis, les 2 cosmonautes. Mais ça se discute et se discutera toujours jusqu’à la fin des temps.

    NB : même s’il y a des points communs, on a échappé fort heureusement à un scénario semblable à la catastrophe de Challenger !…

    Reste le problème du sabotage éventuel de Soyouz MS-09 comme évoqué par certains responsables russes et certains journalistes (suite à l’affaire du trou qui n’est pas une histoire belge).

  2. Aux dernières nouvelles, sous réserve des résultats de la commission d’enquête,

    1) la mission Soyouz MS-11 (Oleg D. Kononenko – David Saint-Jacques – Anne C. McClain) pourrait voir son lancement avancé au 28 novembre au lieu du 20 décembre 2018. Elle deviendrait alors l’expédition 57-58 (au lieu de 58-59, toutes les missions étant décalées sauf la mission actuellement en cours qui resterait ainsi 56-57) ;

    2) Tyler « Nick » Hague deviendrait le 3e membre de la mission Soyouz MS-12 / ISS 58-59 (au lieu de 59-60), ce qui lui permettrait d’effectuer un vol de longue durée aux côtés d’Oleg I. Skripochka et de Christina M. Hammock-Koch. Il prendrait ainsi la place du cosmonaute émirati (Al-Mansouri ou Al-Neyadi) qui devait effectuer un vol de courte durée (Soyouz MS-12 / ISS / Soyouz MS-10) du 5 au 16 avril 2019.

    3) Quant à Aleksey N. Ovchinin, il n’a pas encore reçu de nouvelle affectation. Apparemment, il ne devrait effectuer son 2e vol orbital (et 3e spatial si l’on prend en compte tous ceux effectués à plus de 80 km / 50 miles) qu’en 2021 vu que tous les équipages sont désignés jusqu’à la fin 2020.

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