L’actualité spatiale de la semaine du 7 mai : Long March et Gaofen 5, Falcon 9 et Bangabandhu

Une semaine marquée surtout par le lancement de la nouveau version de la Falcon 9 de SpaceX.

Et encore un lancement chinois

Mardi 8 mai à 18h28 UTC, la Chine a lancé un satellite civil d’observation de la Terre, Gaofen 5, à bord d’une Long March 4C depuis le centre de lancement de Taiyuan.

Lancement Long March 4C / Gaofen 5 le 08/05/2018 (credit Xinhua/Jin Liwang)

Le lanceur à trois étages a placé Gaofen 5 en orbite héliosynchrone à environ 680 kilomètres d’altitude.

Gaofen 5, qui signifie haute définition en chinois, fait partie de la constellation CHEOS pour China High-resolution Earth Observation System, de satellites chinois d’observation de la Terre construits pour des applications civiles, similaire au programme Sentinel européen, ou Landsat américain. Fin mars, la Chine avait lancé trois petits satellites Gaofen-1. Gaofen-6 devrait être lancé plus tard en 2018.

Avec une mission prévue pendant huit ans, Gaofen 5 est l’un des satellites d’observation de la Terre les plus polyvalents du pays avec 6 instruments dont un instrument d’imagerie hyperspectrale conçu pour détecter les variations de la couverture terrestre et de la clarté de l’eau, ainsi que des charges utiles qui suivront la pollution de l’air, les gaz à effet de serre dans l’atmosphère et d’autres paramètres environnementaux.

Le satellite d’observation de la Terre Gaofen-5 pendant des tests de son panneau solaire (credit SAST)

Les missions comme Gaofen 5 réduisent la dépendance de la Chine vis-à-vis des données étrangères.

Il s’agissait du 14ème lancement spatial chinois de l’année, soit une moyenne d’environ une mission tous les neuf jours à partir de trois sites de lancement.

Mise en service de la Falcon 9 Block 5

Un lancement important pour SpaceX cette semaine : la mise en service de la version « Block 5 » de sa Falcon 9. La 54e mission d’une Falcon 9 a débuté toutefois après un report de tir dans la dernière minute le 10 mai suite à un arrêt automatique du système au sol.

Le vendredi 11 mai, la Falcon 9 a décollé à 20h14 UTC depuis le pas de tir 39A du Kennedy Space Center en Floride.

Bangabandhu Satellite-1 Mission

Décollage Falcon 9 / Bangabandhu-1 le 11/05/2018 (credit SpaceX)

Atterrissage du premier étage réussi

Un peu moins de 9 minutes après le décollage, le premier étage effectuait un atterrissage sans problèmes apparents sur la barge Of Course I Still Love You à environ 630 km des côtes de Floride.

C’est le 25e atterrissage réussi pour les premiers étages de Falcon 9 (y compris les 2 boosters latéraux de la Falcon Heavy), avec 14 sur une barge en mer et 11 sur la terre ferme.

Le premier satellite de télécommunications pour le Bangladesh

Le satellite Bangabandhu-1 a été mis sur orbite de transfert géostationnaire 34 minutes après le décollage. Il est le premier satellite de communications du Bangladesh. Il porte le nom du père fondateur du Bangladesh, Sheikh Mujibur Rahman, surnommé Bangabandhu, qui veut dire l’ami du Bengale.

Le satellite Bangabandhu-1 en intégration chez Thales Alenia Space (credit TAS)

Le satellite de 3,5 tonnes a été construit en France à Cannes par Thales Alenia Space pour la Bangladesh Telecommunication Regulatory Commission (BTRC). Il est destiné à réduire la fracture numérique en fournissant des services de télédiffusion et de communications sur les zones rurales, incluant de la télévision directe à travers le pays et sur les régions environnantes. Le système fournit de la capacité en bande Ku sur le Bangladesh et les eaux territoriales du Golfe du Bengale, l’Inde, le Népal, le Bhutan, le Sri Lanka, les Philippines et l’Indonésie. Il fournit également de la capacité en bande C sur toute la région. TAS a également fourni deux segments sol (primaire et secondaire) pour la configuration et le contrôle de la mission (source : communiqué de TAS).

Une version réutilisable jusqu’à 10 fois et compatible vols habités

Cette ultime version du lanceur de SpaceX comprend des mises à niveau pour répondre aux exigences de l’envoi d’équipages de la NASA vers l’ISS et aux critères du département de la Défense des États-Unis. En effet, SpaceX est l’un des sélectionnés par la NASA dans le cadre du Commercial Crew Program, pour la fourniture d’un vaisseau d’acheminement des astronautes américains vers la Station Spatiale, dont le premier vol habité est attendu l’année prochaine. Pour cela, la fusée a été modifiée au niveau structurel au niveau de la zone des 9 moteurs du premier étage avec un aluminium plus résistant avec désormais des parties boulonnées et non plus soudées.

La première Falcon 9 Block 5 au moment du roulage sur le pas de tir au Kennedy Space Center en mai 2018, sans le satellite sous coiffe (Credit: Elon Musk/Instagram)

Il y a aussi des modifications apportées au revêtement extérieur de la fusée, visant à mieux protéger le premier étage contre les températures extrêmes lors de la rentrée atmosphérique. « Nous avons également beaucoup de nouvelles technologies de protection thermique », a déclaré Musk. « Si vous regardez, esthétiquement, il y a l’interstage noir, c’est la structure qui relie les étages supérieur et inférieur, ainsi que les jambes d’atterrissage, utilisent tous un nouveau matériau de protection thermique développé chez SpaceX, qui est hautement réutilisable et ne nécessite pas de peinture. C’est hydrophobe. Il ne piège pas l’eau. Cela a été assez difficile à faire. »

Selon Elon Musk, la Block 5 est conçue pour effectuer 10 vols sans maintenance, et jusqu’à 100 réutilisations avec une « maintenance planifiée modérée » ; les versions précédentes n’étaient conçues que pour deux ou trois vols (ils n’ont jamais fait plus de 2 lancements). Il a même annoncé qu’ils essaieraient en 2019 de faire revoler un même étage dans les 24 heures.

Des changements au niveau des 4 jambes d’atterrissage ont été aussi effectués : le mécanisme de verrouillage qui maintient les jambes déployées pendant la descente finale a été supprimé. Le train d’atterrissage a maintenant un système de verrouillage interne. Musk a déclaré qu’ « ouvrir et fermer le train d’atterrissage est maintenant très facile à faire, alors qu’auparavant, il fallait quelques heures pour le refermer. Cela peut maintenant être fait avec un actionneur. « 

Les modifications de la fusée sur la version Block 5 se situent aussi au niveau d’une légère augmentation de la performance : + 8% de poussée au niveau de la mer des neuf moteurs Merlin du premier étage, et +5% pour le moteur unique Merlin du second étage. Cette version est toutefois deux fois plus puissante que la Falcon 9 qui a lancé le premier cargo Dragon de réapprovisionnement pour l’ISS en 2010.

SpaceX a également amélioré l’avionique de la fusée et désormais le ravitaillement en carburant du lanceur commence dans les 35 dernières minutes avant le lancement.

Toutes ces modifications visent à avoir un lanceur très fiable, réutilisable de multiples fois afin de faire encore baisser les coûts de lancement.

Bangabandhu Satellite-1 Mission

Cône de condensation au niveau de la coiffe lors du décollage Falcon 9 / Bangabandhu-1 le 11/05/2018 (credit SpaceX)

En bref

3 cubesats lancés depuis l’ISS

Le 11 mai, 3 cubesats ont été lancés depuis le module japonais Kibo de la Station Spatiale Internationale :

  • 1KUNS-PF, cusesat 1U fabriqué par l’Université de Nairobi au Kenya, est le premier nano-satellite le satellite d’Afrique subsaharienne déployé dans l’espace dans le cadre du programme KiboCUBE. Ce programme de coopération entre l’UNOOSA et la JAXA offre l’opportunité à des nations spatiales émergentes et en développement des États membres des Nations Unies de déployer des cubesats depuis le module Kibo.
  • Irazu un cubesat 1U développé par l’Institut de Technologie du Costa Rica
  • Ubakusat, un cubesat 3U, développé par l’Université Technique d’Istanbul

Ces 3 cubesats avaient amené à l’ISS par le cargo Dragon CRS-14 le 4 avril dernier.

En savoir plus : 3 cubesats lancés à partir de l’ISS le 11 mai 2018 sur le site de l’AMSAT

La NASA annonce un hélicoptère sur Mars

Le 11 mai, la NASA a annoncé que son prochain rover martien, Mars 2020, sera accompagné d’un petit hélicoptère d’un peu moins de 2 kilos, pour démontrer la viabilité et le potentiel des véhicules plus lourds que l’air sur la planète rouge. Ses 2 hélices tourneront à 3 000 tours par minutes, soit environ 10 fois la vitesse de celles d’hélicoptères sur Terre. La difficulté d’un tel projet vient du fait que l’atmosphère de Mars ne représente qu’un pour cent de celle de la Terre. Le record d’altitude d’un hélicoptère volant sur Terre est à environ 40 000 pieds, pour voler au niveau de la surface martienne, cela représente en fait 100 000 pieds sur Terre. A suivre !

Réhausse de l’ISS

Samedi 12 mai, la correction planifiée de l’orbite de l’ISS a été effectuée à 22h07 UTC. Le moteur du cargo Progress-MS-08, amarré à la Station spatiale internationale, a été activé pendant 172 secondes. Comme toujours, l’objectif de cet ajustement de l’orbite de la Station a été réalisé pour obtenir des conditions balistiques favorables pour l’atterrissage du Soyouz MS-07 MS prévu le 3 Juin prochain et l’arrivée du Soyouz MS-09 le 6 Juin.

Le récap de la semaine en vidéo

Une réflexion sur “L’actualité spatiale de la semaine du 7 mai : Long March et Gaofen 5, Falcon 9 et Bangabandhu

  1. Pour Bangabandhu-1, il existe deux stations de réception.

    La station principale se situe à Gazipur, qui compte plus d’un million d’habitants et est de ce fait l’une des principales banlieues de Dhaka, au centre du Bangladesh. C’est là que se trouve l’université de technologie de cette nouvelle puissance spatiale en devenir, en quelque sorte l’équivalent de Bangalore pour son voisin (et rival) indien ou de Tsukuba pour le Japon.

    La station secondaire se situe à Rangamati, au sud-est du pays ; c’est la capitale des Chittagong Hills Tracts.

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