L’actualité spatiale de la semaine du 15 août : lancements Quantum et Delta 4, et EVA à l’ISS

Cette semaine, tout le monde n’était pas en vacances, et encore moins les équipes de lancement chinoises et américaines, ni les astronautes à bord de l’ISS.

La Chine va t-elle révolutionner les communications par satellite ?

Lundi 15 août à 17h40, les Chinois ont lancé grâce à une fusée Long March 2D un satellite de télécommunications expérimental : Quantum Experiments at Space Scale (QUESS) (ou expériences quantiques à l’échelle spatiale).

Surnommé Micius, d’après un philosophe et scientifique chinois du 5e siècle avant JC qui aurait conduit les premières observations optiques au monde, ce satellite est basé sur une technologie issue de la physique quantique, une première mondiale. Les photons sont utilisés pour transférer l’information instantanément et de façon totalement sûre, puisqu’un photon ne peut être intercepté, mesuré ou observé sans être altéré. A ce jour les communications quantiques ont seulement été possibles sur des distances de quelques centaines de kilomètres sans relais parce que les fibres optiques et l’atmosphère de la Terre dispersent et absorbent les photons. L’objectif de Micius est de démontrer la faisabilité de la transmission d’un signal optique à travers le vide spatial et à l’aide d’un satellite de relais qui pourrait permettre des communications cryptées à l’échelle mondiale. D’un poids de 600 kg, sa durée de vie est prévue pour 2 ans.

Le satellite QUESS, premier satellite expérimental quantique, en phase d'intégration en juillet 2016 (credit Xinhuanet)

Le satellite QUESS, premier satellite expérimental quantique, en phase d’intégration en juillet 2016 (credit Xinhuanet)

Les premières données ont été reçues le mercredi 17 août par une station sol située à Miyun à la périphérie de Pékin. Les 202 Mo de données étaient de bonne qualité et ont été transférées au Centre national de sciences spatiales chinois d’après la Chinese Academy of Sciences (CAS). QUESS devra aussi envoyer à terme des faisceaux de photons enchevêtrés à deux stations terriennes à 1200 kilomètres de distance, pour tester l’intrication quantique sur une plus grande distance, ainsi que le test de téléportation quantique entre une station terrestre à Ali, au Tibet, et lui-même.

Les scientifiques de plusieurs pays travaillent sur des technologies de communication quantique, mais le lancement réussi de la Chine du premier satellite de communication quantique du monde a montré que le pays est prêt à révolutionner le domaine.

Nouveau lancement gouvernemental américain

Le 19 août à 4h52 UTC, une Delta IV a lancé 2 nouveaux satellites pour l’US Air Force, lors de la mission Air Force Space Command 6, ou AFSPC-6, 

Les satellites GSSAP n°3 et 4 vont rejoindre des orbites quasi-géostationnaires. Le GSSAP, Geosynchronous Space Situational Awareness Program, (programme de sensibilisation situationnelle géosynchrone), est un programme dédié à la surveillance des biens américains en orbite géostationnaire, surtout les satellites militaires. Bien que plusieurs des caractéristiques techniques des satellites GSSAP soient classées, l’Armée de l’Air a déclaré que les satellites ont des charges utiles optiques pour visualiser l’emplacement, l’orbite, la taille et le statut des objets spatiaux. Ces données, disent les officiels, améliorent la capacité de l’armée à détecter rapidement et avertir des collisions imminentes et à caractériser les «perturbations» aux biens actifs en orbite géosynchrone. Ce programme est né avec la possibilité de satellites équipés de bras robotique à altérer ou désactiver les satellites d’un adversaire. Les deux premiers satellites GSSAP ont été lancés en juillet 2014.

Comme pour tous les lancements gouvernementaux, la retransmission a été interrompue lors de la séparation de la coiffe.

Une sortie spatiale américaine à l’ISS

Le 19 août, Kate Rubins et Jeff Williams ont réalisé la 36e sortie spatiale américaine à la Station Spatiale Internationale.

Cette EVA 36 (extra-vehicular activity) était dédiée à  l’installation sur le module Harmony, d’un adaptateur d’amarrage, International Docking Adapter (IDA), pour les futurs vaisseaux américains. Elle venait compléter notamment les EVA 29 et 32 qui avaient préparé le terrain (voir vidéo ci-dessous). Pour rappel, depuis l’arrêt des Navettes spatiales, seuls les vaisseaux russes Soyouz viennent à l’ISS pour le transport des astronautes, mais des vaisseaux commerciaux américains sont prévus pour 2017 (premier vol inhabité) [détails à venir dans un futur article].

L’IDA installé est nommé « IDA 2 », le premier modèle ayant été détruit dans l’échec de la Falcon 9 de l’été dernier. Cet adaptateur est arrivé avec le cargo Dragon CRS-9 en juillet dernier et avait été retiré le 17 août de la soute arrière par le bras robotique Canadarm2 et sa « main » Dextre.

Configuration de la Station Spatiale Internationale au 19 août 2016. Cinq engins spatiaux sont stationnés à l'ISS : deux véhicules d'équipage Soyouz, deux cargos de ravitaillement Progress et un cargo Dragon. Le nouvel adaptateur d'accueil international a été installé au module Harmony (credits NASA)

Configuration de la Station Spatiale Internationale au 19 août 2016. Cinq engins spatiaux sont stationnés à l’ISS : deux véhicules d’équipage Soyouz, deux cargos de ravitaillement Progress et un cargo Dragon. Le nouvel adaptateur d’accueil international a été installé au module Harmony (credits NASA)

Il s’agissait de la quatrième sortie spatiale pour Jeff Williams, et la première pour Kate Rubbins qui devient la douzième femme à faire une EVA.

Avec cette EVA, 124 astronautes et cosmonautes auront passé au total 1210 heures et 46 minutes au cours de 194 sorties spatiales depuis 1998.

Infographie représentant les sorties spatiales à l'ISS depuis 1998, statut après l'EVA 36 d’août 2016 (credits NASA)

Infographie représentant les sorties spatiales à l’ISS depuis 1998, statut après l’EVA 36 d’août 2016 (credits NASA)

L’EVA 36 en résumé en vidéo :

 

2 réflexions sur “L’actualité spatiale de la semaine du 15 août : lancements Quantum et Delta 4, et EVA à l’ISS

  1. Pour mémoire, les 12 femmes qui ont fait à ce jour des EVA (sur les 60 qui sont allées dans l’espace) sont Svetlana Ye. Savitskaya et Kathryn D. Sullivan en 1984, Kathryn C. Thornton en 1993, Linda M. Godwin et Tamara E. Jernigan en 1996, Susan J. Helms en 2001, Peggy A. Whitson en 2002, Heidemarie M. Stefanyshyn-Piper et Sunita L. Williams en 2006, Nicole M. P. Stott en 2009, Tracy E. Caldwell-Dyson en 2010 et Kathleen H. Rubins en 2016 (seule l’année de leur 1ère EVA étant mentionnée).

    Soit une Russe (ex-soviétique) et onze Américaines… (et aucune autre…)

  2. Pingback: ISS : l’Expedition 48 de retour sur Terre | Rêves d'Espace

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