Mission Proxima : premier bilan

Près d’un mois après le retour de Thomas Pesquet de sa mission Proxima de 196 jours à bord de la Station Spatiale Internationale, faisons un premier bilan.

Une mission suivie par des milliers de Français

Thomas Pesquet, comme ses collègues de la sélection 2009 de l’ESA, a publié le récit de sa mission au fil des mois à travers plusieurs médias (télévision, réseaux sociaux et journaux).

A l’ère des réseaux sociaux, ce sont plus de 625 000 « followers » sur son compte Twitter et près de 1,5 million d’abonnés à sa page Facebook qui ont pu suivre la mission presque au jour le jour, sans compter les relais à travers des comptes ou pages annexes. Je ne parlerai pas ici des polémiques lues par ailleurs sur cette communication trop présente pour certains, trop lisse pour d’autres.

J’ai pu croiser personnellement des personnes pour qui l’espace n’était pas du tout un sujet d’intérêt, et grâce à Thomas et sa mission, elles ont élargi leurs connaissances sur le sujet, ou bien ont seulement apprécié la beauté des paysages terriens photographiés. Le message pour la protection de notre planète aurait sans doute été plus fort avec davantage d’images des dégâts causés par l’Homme sur notre fragile vaisseau spatial au sein du Système Solaire.

L’espace est revenue sur le devant de la scène pendant un moment. Ce n’est pas ici que je m’en plaindrai.

A lire aussi mon article sur cet « astronaute 2.0 » dans le numéro 40 du magazine Espace & Exploration.

 

Des vocations naissantes parmi les jeunes ?

L’un des objectifs de la mission Proxima était de faire partager la mission avec les jeunes (Proxima pour proximité notamment), pour leur faire découvrir l’espace mais surtout les applications scientifiques. Cela s’est traduit par plusieurs initiatives.

L’une d’elles, récurrente, a été la mise en contact ARISS (Amateur Radio on ISS) entre la Station et des élèves sur Terre. Les jeunes Français d’une quinzaine d’établissements ont pu poser leurs questions grâce aux radioamateurs de toute la France et même de Guyane tout le long de la mission.

Pour en savoir plus, allez sur son site www.ariss-f.org et  toutes les vidéos ou reportages sur les contacts en France.

Thomas Pesquet lors d’un contact radioamateur ARISS (source ARISS France via NASA TV)

L’initiative AstroPi est quant à elle dédiée à faire découvrir aux jeunes la programmation informatique.

[Article à venir la semaine prochaine sur le sujet par Allan, l’un des ses plus fervents promoteurs en France]

Laure Harel et son AstroPi utilisé avec ses élèves du collège Albert Camus à La Norville (91) (photo personnelle)

Egalement, des expériences menées à la fois dans l’ISS par Thomas et par des élèves avec Exo-ISS.

Plus de 50 000 jeunes ont été impliqués dans des expériences éducatives qui montrent l’effet de l’impesanteur sur la germination de graines, la croissance de cristaux ou bien la réaction catalytique.

Ces expériences et ces partages auront sans doute permis à certains élèves d’appréhender les sciences d’une autre manière, moins scolaire. Certains vont peut-être se diriger désormais vers des filières scientifiques et qui sait, un(e) futur(e) astronaute français sera peut-être parmi eux ?

Des expériences réussies

Mais il ne faudrait pas oublier que dans l’ISS, la majeure partie du temps d’un astronaute est dédiée à la maintenance de la Station ou aux expériences. La mission Proxima comprenait 60 expériences à mener : 20 expériences ESA/CNES, 4 expériences de l’Agence spatiale canadienne (ASC), 6 expériences de l’agence spatiale japonaise (JAXA) et 30 expériences de la NASA.

Focus sur les expériences françaises

Voici les informations communiquées par le CNES sur les résultats des expériences développées au Cadmos (Centre d’Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales) de Toulouse :

MATISS

Matiss est une expérience qui vise à tester de nouvelles surfaces innovantes sur lesquelles les bactéries ne peuvent ni adhérer ni proliférer. Quatre supports contenant chacun 5 surfaces intelligentes et une surface témoin ont été installés en début de mission à divers endroits de la station définis en amont par l’équipe au sol.

Des porte-échantillons ont été chargés à bord de la capsule Soyouz au retour de Thomas. Ils seront ensuite analysés sur Terre par les scientifiques de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Pour la suite, de nouvelles surfaces ont été présentées à l’ESA et devraient être testées dans l’ISS prochainement.

AQUAPAD

Aquapad est une expérience pour tester si l’eau à bord de la Station est potable [lire Derrière Aquapad de Proxima, une équipe d’experts].

Thomas Pesquet réalise l’expérience Aquapad le 14/03/2017 (photo personnelle)

4 sessions de tests ont été réalisées alors que seulement 3 étaient planifiées au départ de la mission. L’expérience continue à bord, notamment avec Peggy Whitson.

L’expertise acquise par le CNES avec Aquapad a débouché sur un accord de coopération CNES-NASA qui est en cours de finalisation, notamment pour le support-vie à bord de l’ISS, c’est-à-dire de l’ensemble des systèmes mis en place pour optimiser la vie dans l’ISS.

EVERYWEAR

Everywear est un assistant personnel de l’astronaute qui prend la forme d’une simple application sur tablette développée par le Medes, l’institut de médecine spatiale. Son principal atout repose sur sa capacité à agréger les données. C’est donc un assistant complet et adaptable qui offre de multiples possibilités. Thomas s’est particulièrement impliqué et a largement participé au développement de l’application et à ses améliorations en amont et pendant son vol.

Thomas Pesquet a complété un ensemble de sessions expérimentales avec Everywear : 2 séances de vélo avec smartshirt, 2 mesure du pouls avec tonomètre, suivi du sommeil et suivi nutritionnel, 7 questionnaires skinsuits, 9 Aquapads analysés.

Thomas portait souvent sa tablette accrochée à sa jambe, ce qui lui a permis d’accéder à Everywear en toute circonstance. Exemple :

ECHO

Echo est un échographe nouvelle génération pour l’ISS mis en service en avril 2017. Afin de mesurer les changements cardiaques et fonctionnels liés à la micropesanteur, les astronautes se font des échographies en suivant les consignes d’un médecin à distance, mais le système est peu performant. Le CADMOS a donc proposé un échographe téléopéré dont la sonde est dirigée depuis le sol. Pour cette expérience, l’astronaute a utilisé deux échographes commandés chacun par un micro-ordinateur, l’un dans la station, l’autre au sol. Thomas Pesquet a maintenu la sonde motorisée sur son corps et Philippe Arbeille, professeur de médecine au CHU de Tours, a dirigé le mouvement de la tête en manipulant une sonde factice, jusqu’à obtenir de bonnes images depuis la salle de contrôle. Il a aussi modifié les réglages de l’échographe. Cette technologie sera utilisée pendant 5 ans dans la station pour l’expérience Vascular Echo de l’Agence spatiale canadienne. Elle le sera aussi sur Terre dans les régions isolées. [mon article sur ECHO à retrouver dans le magazine Espace & Exploration n°39]

FLUIDICS

Fluidics est une expérience développée conjointement par le CNES et Airbus Defence and Space. C’est une expérience de mécanique des fluides au montage complexe qui implique mécanique, électronique et logiciels. La charge utile a été optimisée et les trois sphères de Fluidics permettent de mener deux expériences : l’une sur le comportement des carburants dans les réservoirs des satellites (deux sphères) et l’autre sur les mouvements à la surface des océans.

Grâce à la méticulosité et à l’habileté de Thomas Pesquet, la totalité du programme scientifique prévu a été réalisée et l’astronaute a même pu achever quelques expériences complémentaires. Depuis la salle de contrôle, l’assemblage de Fluidics avait quelque chose d’irréel grâce à la micropesanteur qui a facilité la manipulation de l’équipement. Désormais, Fluidics est opérationnelle dans l’espace et continue de recueillir des données.

PERSPECTIVES

Perspectives consiste en un casque de réalité virtuelle qui permet de mener des expériences en neurosciences. L’expérience associée au CNES est GRASP et Perspectives sert également de support à l’expérience GRIP de l’ESA. GRASP cherche à analyser l’adaptation du cerveau à la micropesanteur, en particulier sur la perception et l’orientation. Sa mise en service a été un succès et l’équipe a pu améliorer le protocole à la marge, en attendant le premier sujet. Très impliqué dès la phase d’entraînement préalable au vol, Thomas Pesquet a su mener à bien cette expérience complexe.

GRASP a donc démarré à bord de l’ISS avec plusieurs sujets à venir et la plateforme Perspectives a suscité des demandes des partenaires internationaux de la Station Spatiale. Les multiples possibilités qu’elle offre lui promettent des années d’opérations à venir.

Proxima, c’est pas fini !

La mission Proxima ne s’est pas terminée avec le retour sur Terre de Thomas Pesquet. En effet, la plupart des expériences à bord de l’ISS se déroulent sur plusieurs mois ou années, avec les différentes Expeditions d’astronautes.

Thomas Pesquet continue encore plusieurs mois à être le cobaye d’un certain nombre de recherches.

Bon courage à lui en attendant des vacances bien méritées.

3 réflexions sur “Mission Proxima : premier bilan

  1. NB : et, bien entendu, les deux EVA des 13 janvier et 24 mars 2017 avec Robert Shane Kimbrough.

    Thomas Pesquet fut le 122e astronaute ou cosmonaute à avoir effectué au moins une EVA à partir de l’ISS, Jack D. Fischer étant le 123e.

    Il fut, par ordre chronologique, le 549e homme de l’espace (et le 10e Français), vols orbitaux seuls.

    Avec 196 jours 17 h 50 mn 25 s dans l’espace, Thomas Pesquet occupe actuellement pour ce qui est de la durée la 85e place parmi les 550 astronautes, cosmonautes et taïkonautes ayant effectué des vols orbitaux.

    Il est par ailleurs le 8e « autre » (après Thomas Reiter, Koichi Wakata, Jean-Pierre Haigneré, Robert Thirsk, André Kuipers, Samantha Cristoforetti et Frank De Winne) et le 2e Français (après Jean-Pierre Haigneré).

    Il sera dépassé prochainement – si tout va bien – par Paolo Nespoli dont ce sera le 3e vol spatial.

  2. suite

    Pour ce qui est des EVA, sur les 550 hommes (dont 60 femmes) de l’espace (vols orbitaux seuls), 215 (dont 12 femmes : Svetlana Savitskaya et 11 Américaines) en ont effectuées et sont donc des « spacewalkers », le 215e étant Jack D. Fischer (136e US).

    Il y a parmi eux 62 Russes ou autres ex-soviétiques, 136 Américains et 17 « autres » (dont 4 Français, 3 Japonais, 3 Allemands et 2 Canadiens).

    Thomas Pesquet fut le 214e « spacewalker » et, par la même occasion, le 17e « autre » (ni Russe ou autre ex-soviétique ni Américain) et le 4e Français (après Jean-Loup Chrétien – qui fut le 1er « autre » -, Jean-Pierre Haigneré et Philippe Perrin).

    Quant à la mission Soyuz MS-03 / ISS 50-51 (Oleg Novitskiy et Thomas Pesquet – sans compter Peggy Whitson qui devrait revenir sur Terre le 3 septembre), ce fut par ordre chronologique la 306e mission spatiale habitée et la 138e « russe ou autre ex-soviétique et, pour ce qui est de la durée, la 16e à l’heure actuelle, le record étant toujours détenu – et pour longtemps – par la mission Soyuz TM-18 / Mir 15-16-17 / Soyuz TM-20 effectuée par Valeriy V. Pol’yakov en 1994-95 (437 jours 17 h 58 mn 17 s).

    Ce record n’est pas près d’être battu car aucune mission d’une telle durée n’est envisagée pour l’instant.

  3. Salut Isabelle,

    Je viens de tomber sur ton blog (grâce à twitter) et j’adore ! Bravo pour tout le travail fourni, c’est énorme !

    Concernant l’article j’ai appris beaucoup de choses, je ne m’étais pas trop renseigné sur les expériences menées à bord. Merci pour le partage de connaissances ! 🙂

    Je met ton site internet dans mes favoris en tout cas ! 😉

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