Disparition de John Young, l’astronaute de toutes les missions

Un autre grand astronaute de légende vient de décéder ce 5 janvier à l’âge de 87 ans : John Young

John Young 1930-2018, astronaute NASA, 6 missions

L’étoffe d’un héros

John Watts Young, né le 24 septembre 1930, fut sélectionné dans le deuxième groupe des astronautes de la NASA en 1962, après un diplôme d’ingénieur, après avoir piloté des avions de combat et été pilote d’essai. Il fut le premier à réaliser 6 vols spatiaux : 2 missions Gemini, 2 missions Apollo et 2 missions de la Navette Spatiale (Shuttle).

Gemini 3 et 10

Le 23 mars 1965, il est copilote avec Gus Grissom (décédé plus tard dans l’accident d’Apollo 1) du vaisseau Gemini 3, la première des 10 missions habitées Gemini (dans l’ordre chronologique, Gemini 3, 4, 5, 7, 6A, 8, 9A, 10, 11 et 12).


John Young et Gus Grissom dans le simulateur de Gemini 3 en 1965 (Credit: NASA/MSFC archives)

En juillet 1966, il commande le Gemini 10 en compagnie de Michael Collins, le futur pilote du module de commande d’Apollo 11, qui effectua alors 2 sorties spatiales. Ils réalisent aussi l’amarrage du vaisseau avec un Gemini Agena Target Docking Vehicle (GATV), un cylindre de 6m de long et presque 5 m de diamètre lancé peu de jours avant pour ce test, et un rendez-vous avec le GATV de Gemini 8.


John Young et Michael Collins durant une séance photo avant leur vol sur Gemini 10 en juillet 1966 (credit NASA)

Apollo 10, la répétition

En mai 1969, il devient le premier homme à orbiter seul autour de la Lune à bord du module de service « Charlie Brown ». Ses coéquipiers, Thomas Stafford et Gene Cernan, sont allés pendant ce temps effectuer une répétition de l’atterrissage lunaire avec le module « Snoopy » jusqu’à 14 kilomètres de la surface du satellite naturel de la Terre, 2 mois avant Apollo 11.


De gauche à droite, l’équipage d’Apollo 10 : Eugene Cernan, John Young et Thomas Stafford, devant la Saturn V et Apollo 10 sur le pas de tir 39B au Kennedy Space Center le 13/05/1969 (credit NASA)

Apollo 16, la Lune

En avril 1972, il a la chance de fouler le sol lunaire en compagnie de Charles Duke dans le cadre d’Apollo 16, la cinquième et avant-dernière mission lunaire, pendant que Thomas « Ken » Mattingly reste dans le module de service. Ils atterrissent à bord du module Orion. Pendant presque 3 jours (71 heures exactement), ils parcourent 26 km sur le sol lunaire grâce au rover, et ramènent sur Terre près de 96 kg de roches.


John Young photographié sur la Lune par Charles Duke lors d’Apollo 16 en avril 1972 (credit NASA)

Premier commandant d’une Navette

12 avril 1981, John Young et Robert Crippen réalisent le premier vol d’une Shuttle, STS-1 avec la navette Columbia. Pendant un peu plus de 2 jours, ils réalisent une série d’essais des différents systèmes avant d’atterrir comme un avion sur la Base Edwards en Californie. Ce premier vol d’essai habité d’un nouveau vaisseau, a contrario des précédents vols américains qui étaient automatiques, est un succès. « C’est la plus grande machine volante du monde, je vous le dis », a déclaré Young, alors que les roues de l’orbiteur stoppaient sous son contrôle.


Le commandant John Young (à gauche) et le pilote Robert Crippen (à droite) lors de l’entraînement dans le cockpit de la navette Columbia avant le premier vol STS-1 le 12/04/1981 (credit NASA)

Une sixième mission en novembre 1983

18 ans après sa première mission sur Gemini 3, John Young commande à nouveau Columbia pour STS-9. Cette mission est la première du module pressurisé européen Spacelab où pendant 10 jours plus de 70 expériences seront réalisées en impesanteur.


L’équipage de STS-9 : le commandant John W. Young, Brewster H. Shaw Jr., Owen K. Garriott, Robert A. R. Parker, Byron K. Lichtenberg et Ulf Merbold, le premier européen dans une mission américaine (Credit: NASA)

John Young a ensuite été affecté à différents postes au sein de la NASA jusqu’à sa retraite en décembre 2004.

Sur les 12 hommes ayant foulé le sol lunaire, il n’en reste désormais plus que 5 vivants.


Les 12 hommes ayant foulé le sol de la Lune durant le programme Apollo. Les survivants au 7/01/2018 : Buzz Aldrin, Alan Bean, Dave Scott, Charles Duke et Jack Schmitt (credit Tezio)

Sa biographie officielle à la NASA

Toutes les photos de la NASA de John Young

3 réflexions sur “Disparition de John Young, l’astronaute de toutes les missions

  1. Hello 🙂 Bel hommage!
    Toutefois il n’y eut qu’un seul amarrage avec Agena sur Gemini 10, pour 2 rendez-vous. Le but était de se rendre tout près du module Agena de Gemini 8 et éventuellement de s’y amarrer mais comme il était passif cela a été abandonné. Collins a pu sortir en EVA et atteindre la fameuse Agena, relié par son filin de sécurité.

  2. NB : Apollo 16 fut, certes, la 5e mission lunaire si l’on ne tient compte que de celles ayant donné lieu à alunissage, Apollo 17 ayant été la 6e et malheureusement dernière. En revanche, il y eut en tout 9 missions lunaires habitées si l’on y rajoute les missions Apollo 8, 10 et 13.

    NB : 12 avril 1961, 12 avril 1981..

    Rappelons aussi que, 4 ans auparavant, la navette OV-101 « Enterprise » avait effectué plusieurs vols atmosphériques en 1977, 13 exactement, dans le cadre du programme ALT (Approach and Landing Tests) :
    – 5 captifs et automatiques (CIF pour captive inactive flight) du 18 février au 2 mars 1977 ;
    – 3 captifs et pilotés (CAF pour captive active flight) les 18 et 26 juin et 26 juillet 1977 (les 1er et 3e par Fred W. Haise et C. Gordon Fullerton, le 2e par Joe H. Engle et Richard H. Truly) ;
    – 5 libres et pilotés (FF pour free flight).

    Ces derniers furent effectués du 12 août au 26 octobre 1977, ALT-FF 1, 3 et 5 (les 12 août, 23 septembre et 26 octobre) par Haise et Fullerton, ALT-FF 2 et 4 (les 13 septembre et 12 octobre) par Engle et Truly.

    Le concept de la navette spatiale US fut également testé lors de vols de plusieurs avions expérimentaux, parmi lesquels le X-24B dont l’un des pilotes fut (en novembre 1975) Francis Richard « Dick » Scobee…

    John W. Young fut le premier homme à avoir effectué 6 vols spatiaux (orbitaux). Ils sont actuellement 9 : 7 Américains (dont 2 en ont même effectué 7) et 2 Russes.

    Il s’agit de John W. Young (1983), F. Story Musgrave (1996, soit 13 ans après), Franklin R. Chang-Diaz et Jerry L. Ross (1998), Curtis L. Brown (1999), James D. Wetherbee (2002), C. Michael Foale (2003), Sergey K. Krikalyov (2005) et Yuriy I. Malenchenko (2015).

  3. suite

    John Young aurait dû faire lui aussi, bien avant Jerry Ross et Franklin Chang-Diaz, un 7e vol spatial. Il avait été en effet désigné comme « commander » de la mission STS-61J (selon le jargon de la NASA à l’époque) prévue pour août 1986 mais annulée – comme tant d’autres (chanson de Françoise Hardy) – suite à la catastrophe de Challenger…

    C’est cette mission qui devait servir au déploiement du télescope spatial « Hubble ».

    Son équipage devait être constitué de John Young, Charles Bolden, Bruce McCandless (eh oui ! ils se sont retrouvés eux aussi dans le paradis blanc…), Steven Hawley et Kathy Sullivan.

    John Young fit également partie des équipages de réserve (back-up crews) des missions Gemini 6A, Apollo 7, 13 et 17.

    S’agissant de son 1er vol spatial, Gemini 3 (1er vol piloté du programme Gemini), l’équipage initial en était composé (par « Deke » Slayton) d’Alan Shepard et Thomas Stafford avec pour « back-up » « Gus » Grissom et Frank Borman… ou bien, selon les sources, comme presque toujours contradictoires, de Shepard et Borman, avec pour doublures Grissom et Stafford, faudrait savoir !, ce fut peut-être le cas à un moment donné.

    Cependant, Al Shepard étant tombé malade (maladie de Ménière), les deux équipages furent remaniés et devinrent Grissom – Young (« prime crew ») et Schirra – Stafford (« back-up crew »), ces deux derniers étant alors affectés à Gemini 6 qui fut redésignée Gemini 6A suite à divers problèmes rencontrés avec une fusée-cible Agena.

    Cette mission fut alors différée et se transforma en un rendez-vous historique avec la Gemini 7 de Frank Borman et Jim Lovell, record de durée à l’époque avec 14 jours environ (il sera battu par Soyuz 9, Nikolayev – Sevast’yanov).

    C’est au cours des années 65-66 que les Américains, grâce au programme Gemini, qui n’était même pas prévu à l’origine !, damèrent le pion aux Soviétiques qui étaient, pour leur part, empêtrés dans deux programmes concurrents, Voskhod et Soyuz.

    Ils devaient faire eux aussi une bonne dizaine de vols pilotés au cours de cette période mais n’en effectuèrent aucun, fort heureusement d’ailleurs car ça aurait été autant d’échecs. Ni le Voshkod ni le Soyuz n’étaient vraiment au point. Le Soyuz ne le sera qu’en 1973 (avec la mission Soyuz 12) et encore !…

    C’est ainsi que les Américains purent effectuer 10 vols pilotés d’affilée (et ce malgré le décès tragique, le 28 février 66 à Saint-Louis, d’Elliot See et Chuck Bassett qui devaient faire Gemini 9) sans que les Soviétiques n’en réussissent un seul (Voskhod-2 ayant précédé de peu Gemini-3).

    Et à l’origine de cette saga des Gemini, « On the Shoulders of Titans », il y avait la Gemini-3 de Grissom et Young (mais aussi la maladie de Shepard, ne l’oublions pas !…).

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