BEAM, le passager du prochain cargo Dragon pour l’ISS

Le prochain cargo commercial Dragon, fabriqué par SpaceX doit décoller ce 8 avril pour l’ISS, à bord d’une fusée Falcon 9 depuis Cap Canaveral en Floride. 

A son bord, 3136 kg de fret dont un passager léger mais volumineux à terme : BEAM.

[pour les autres équipements embarqués, lire SpaceX CRS-8 Mission overview]

Installation de l'habitat extensible de Bigelow Aerospace, BEAM, dans la soute du cargo Dragon SpX8 (credit SpaceX)

Installation de l’habitat extensible de Bigelow Aerospace, BEAM, dans la soute du cargo Dragon SpX8 (credit SpaceX)

BEAM ou l’habitat gonflable spatial du futur ?

BEAM pour Bigelow Expandable Activity Module est construit par la société Bigelow Aerospace. Il s’agit d’un module d’habitat gonflable en orbite.

Vue d'artiste de BEAM attaché et gonflé sur l'ISS (credit Bigelow)

Vue d’artiste de BEAM attaché et gonflé sur l’ISS (credit Bigelow)

Le BEAM, qui pèse environ 1360 kg, sera amené à bord de l’ISS dans la partie non pressurisée du cargo Dragon SPX8. C’est le bras robotique Canadarm2 qui installera le module sur le port arrière du noeud Tranquility. Une fois transféré avec succès, les astronautes de l’ISS activeront la séquence de déploiement, et le module se gonflera pour mesurer au final environ 4 mètres de longueur sur 3 mètres de diamètre.

En vidéo, une explication du montage de BEAM sur l’ISS et la vision de l’application future de ces habitats gonflables :

L’intérêt de ce module se résume en 2 mots : poids et coût. Ce module gonflable offre l’avantage d’une grande quantité de volume en orbite pour une masse et un volume réduit au lancement dont un coût de lancement moindre qu’un module classique.

Il est prévu que BEAM reste 2 ans attaché à l’ISS. Son objectif : tester et démontrer la faisabilité et la fiabilité de la technologie de l’habitat spatial gonflable, notamment face aux débris spatiaux et autres micro-météorites. Au bout de deux ans, le BEAM sera largué et brûlera dans l’atmosphère terrestre.

Le module sera la plupart du temps isolé du reste de la Station. Régulièrement,  un membre de l’équipage de l’ISS va entrer dans le module et tester ses performances. Il mesurera les niveaux de rayonnement dans le module en comparaison avec les niveaux de rayonnement dans les autres modules de la Station, traditionnellement en aluminium.

Représentation de l'intérieur du module BEAM (credit Bigelow)

Représentation de l’intérieur du module BEAM (credit Bigelow)

Mise à jour : Après l’arrivée sans problème du cargo à l’ISS [lire Six vaisseaux à l’ISS avec l’arrivée du Dragon CRS-8], le retrait du BEAM de la soute du Dragon est prévu le 16 avril à partir de 6h15 UTC. Puis l’installation finale sur le module de l’ISS est prévue pour durer 4 heures. Une couverture vidéo de NASA TV est prévue à partir de 11h30 heure de Paris.

Une technologie ancienne revisitée

Bigelow Aerospace est une start-up fondée en 1998 par Robert Bigelow, qui se spécialise dans les modules expansibles spatiaux, essentiellement des ballons.  Elle a été autorisée à utiliser la licence de la technologie du projet Transhab de la NASA qui a été annulé en 2000.

Cette technologie se base sur la plus vieille technologie de vol du monde : le ballon.

Echo 1, le premier satellite de communications du monde capable de relayer des signaux aux autres points sur la Terre (credit NASA)

Echo 1, le premier satellite de communications du monde capable de relayer des signaux aux autres points sur la Terre (credit NASA)

Le 12 août 1960, la première communication par satellite a été réalisée par Echo 1. Le « satelloon », ou premier satellite gonflable, d’un poids d’environ 60 kg, monté à 1609 km d’altitude, a été capable de relayer des signaux, en direct et dans les 2 sens, dont un message du président américain Eisenhower.

Alors que les « satelloons » qui reflétaient passivement les signaux ont été rapidement abandonnés pour faire place à des satellites qui transmettent activement des signaux, la NASA a poursuivi l’idée de stations spatiales gonflables.

La NASA a ensuite passé des contrats avec Bigelow.

Bigelow a actuellement deux modules autonomes en orbite, Genesis I et Genesis II, lancés en 2006 et 2007, qui permettent à l’entreprise de recueillir des données sur les conditions en orbite basse.

Le module gonflable autonome Genesis I de Bigelow Aerospace (credit Bigelow)

Le module gonflable autonome Genesis I de Bigelow Aerospace (credit Bigelow)

Le matériau principal utilisé s’appelle le Vectran, qui est dit être deux fois plus résistant que le Kevlar. Ce matériau étant flexible, les habitats gonflables devraient mieux assurer la protection contre les radiations et les micro-météorites que le métal. Il absorbe notamment davantage les chocs. Le vectran est utilisé dans les combinaisons spatiales américaines pour les sorties extra-véhiculaires et a été utilisé pour les airbags des missions martiennes Mars Pathfinder, Spirit et Opportunity.

Bigelow, une entreprise visionnaire

Si le module BEAM fonctionne bien sur l’ISS, Bigelow espère lancer une version plus grande au cours des prochaines années : le module d’habitat gonflable BA-330, pour 330 mètres cubes de volume, de 13,7 m de long et de 6,7 m de diamètre. Ces modules pourraient être reliés entre eux pour former un habitat encore plus grand. La société envisage l’utilisation de ces modules ou assemblages de modules pour construire des stations spatiales privées et des hôtels spatiaux en orbite.

Le module d'habitat gonflable BA 330 de Bigelow Aerospace (credit Bigelow)

Le module d’habitat gonflable BA 330 de Bigelow Aerospace (credit Bigelow)

La NASA n’exclut pas d’utiliser ces modules pour des stations spatiales lunaires et martiennes, voire des habitats de colonisation.

Deux modules BA-330 en orbite lunaire (credit Bigelow)

Deux modules BA-330 en orbite lunaire (credit Bigelow)

On peut voir dans cette vidéo promotionnelle de Bigelow Aerospace différents modules et différentes configurations de modules reliés entre eux. On peut également y voir les images du déploiement de Genesis I, la date de lancement de Beam initialement prévu en 2015 mais suite à l’échec de la Falcon 9 et la perte du Dragon SpX7 , son lancement a été retardé en 2016, et le projet BA 330 : 

En complément : une nouvelle tentative d’atterrissage du premier étage de Falcon 9

Une tentative d’atterrissage retour du lanceur sur une barge au large des côtes de Floride est également prévu par SpaceX après le lancement du cargo Dragon.

Alors que l’entreprise a réussi le retour au sol du premier étage de son lanceur orbital en décembre dernier [SpaceX : l’atterrissage vertical du premier étage de la Falcon 9 a réussi], elle n’a toujours pas réussi à le faire atterrir sur mer malgré plusieurs tentatives.

Celle-ci sera-t-elle la bonne ?

Mise à jour : SpaceX a réussi à faire atterrir le premier étage sur sa barge. A lire ici : Space X : l’atterrissage réussi du premier étage de Falcon 9 en mer

BEAM et les autres projets de Bigelow Aerospace en infographie (source Space.com)

BEAM et les autres projets de Bigelow Aerospace en infographie (source Space.com)

Une réflexion sur “BEAM, le passager du prochain cargo Dragon pour l’ISS

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