Actualités spatiales du 3 au 9 juin : départ de cargos de l’ISS et Long March 11 depuis la mer

Cette semaine, des départs de cargos de l’ISS et un seul lancement, mais non des moindres car il s’agit d’une première pour la Chine avec un lancement depuis une plateforme en mer.

Et plein de brèves !

Retour sur Terre pour le cargo Dragon CRS-17

Lundi 3 juin, le cargo Dragon CRS-17 a quitté la Station Spatiale Internationale avec près de 1900 kg de cargaison à son bord, après 30 jours de mission. Il était arrivé le 6 mai.

Le bras robotique Canadarm2 a retiré le cargo Dragon de son port d’amarrage du module Harmony et les contrôleurs au sol à Houston ont ordonné au bras de libérer le cargo de ravitaillement à 16h01 UTC.

The SpaceX Dragon cargo craft released from the Canadarm2

Le cargo Dragon CRS-17 vient d’être libéré par le bras robotique du Canadarm2 (crédit NASA)

La désorbitation du cargo a été réalisée environ 5 heures après. La capsule pressurisée, dotée d’un bouclier thermique de protection, s’est ensuite détachée du « coffre » arrière et à l’aide de parachutes, a terminé sa descente dans l’océan Pacifique à environ 325 km au sud-ouest de Long Beach, en Californie à 21h48 UTC.

Le cargo a été ensuite récupéré par un bateau de SpaceX et ramené au port de Los Angeles. Il s’agissait de son 2e vol. Il a bien « cramé » lors de la rentrée atmosphérique :

Le Dragon CRS-17 photographié au port de Los Angeles par Pauline Acalin lors de son retour sur la terre ferme
Le Dragon CRS-17 photographié au port de Los Angeles par Pauline Acalin lors de son retour sur la terre ferme

Le retour d’un cargo Dragon de l’ISS est toujours un grand moment pour l’équipage. En effet, c’est actuellement le seul cargo actuellement qui permet de ramener au sol le fruit de nombreuses expériences à bord, biologie humaine ou sur des animaux comme des souris, qui pourront être analysées par des scientifiques.

The six-member Expedition 59 crew gathers for a portrait

Portrait de l’Expedition 59 devant le sas menant au cargo Dragon CRS-17 avant son départ de l’ISS. De gauche à droite, Christina Koch de la NASA, David Saint-Jacques de l’Agence spatiale canadienne, le commandant de l’ISS Oleg Kononenko et l’ingénieur de vol Alexey Ovchinin de Roscosmos, et les astronautes de la NASA Anne McClain et Nick Hague (crédit NASA)

Il y a aussi le retour sur Terre de graines de tomates de l’expérience canadienne Tomatosphère régulièrement sur orbite depuis 2001.

 

ISS : départ du Progress MS-10

Le 4 juin, le cargo Progress MS-10 s’est désamarré de la Station Spatiale Internationale. Il était arrivé le 16 novembre 2018.

Le cargo est rentré de façon contrôlée dans l’atmosphère terrestre et s’est désintégré au-dessus de l’océan Pacifique.

Photo du départ du cargo Progress MS-10 le 04/06/2019 par le cosmonaute Oleg Kononenko (crédit Roscosmos)

 

La Chine réussit son premier tir orbital depuis la mer

Le 5 juin, la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation), a réussi son pari de lancer une Long March 11 depuis une immense barge en Mer de Chine. A bord, 7 satellites dont celui d’observation Jilin-1. Article dédié :

La Chine réussit son premier tir orbital depuis la mer

Décollage de la Long March 11 depuis la Mer Jaune, au large de la province de Shandong (crédit CASC)

 

En bref

Nouvelle sélection de cosmonautes russes

Le 3 juin, Roscosmos et le centre de formation des cosmonautes Yuri Gagarin ont annoncé une nouvelle campagne de sélection de cosmonautes.

L’objectif est de « sélectionner les meilleurs spécialistes qui vont travailler pour assurer la mise en œuvre du programme spatial de la Fédération de Russie« . Cette sélection est ouverte à tout citoyen russe. Plusieurs étapes vont permettre de sélectionner les candidats : vérification des exigences en matière d’éducation et d’aptitude professionnelle, des examens médicaux, des évaluations psychologiques et des tests de condition physique. A l’issue des sélections, entre 4 et 6 personnes commenceront leur entraînement. Si vous êtes russe ou connaîssez des personnes répondant aux critères, plus d’informations sur le site du centre de formation des cosmonautes.

Affiche de l’appel à candidatures pour les nouveaux cosmonautes (crédit Roscosmos)

 

La NASA dévoile son plan de commercialisation de l’ISS

C’est une grande première, l’agence spatiale américaine prépare l’après-2024, l’année où l’avenir de la station n’est pas encore écrit. L’avenir le plus probable de la station est commercial et la NASA en a donné vendredi 7 juin un avant-goût avec cette phase de test qui devrait commencer dès l’année prochaine.

La station spatiale internationale (crédit NASA/ROSCOSMOS)

Dès l’année prochaine la station accueillera des astronautes privés pour des missions longues d’un mois maximum. Ce n’est pas la première fois que la station accueillera des privés, ROSCOSMOS avait déjà loué sept séjours à des touristes spatiaux. Mais cette fois-ci, ce n’est pas forcément pour faire du tourisme que la station ouvre ses portes. Pour des missions commerciales, l’ISS mettra à disposition 5% de ses ressources annuelles. Autrement dit, 90 heures de temps d’équipage (temps de travail d’astronaute) et 175 kg de fret.

Ca ne sera toutefois pas gratuit ! La NASA, sans doute avec l’accord des partenaires de la station, a fixé les tarifs suivants :

  •  11 250 $ / jour : accès aux ressources vitales et aux toilettes,
  •  22 500 $ / jour : ravitaillement (nourriture, eau, air, médecine, équipement d’exercice physique, etc),
  •  105 $ / CTBE / jour d’arrimage : ça correspond aux frais d’utilisation d’un cargo quand il est arrimé à la station. Un CTBE (Cargo Transfert Bag Equivalent) correspondant à 0.053 mètre cube, cela revient à 1981 $ / mètre cube,
  •  42 $ / kWh : puissance électrique,
  •  50 $ / GB : transfert de données entre la station et le sol,
  •  3000 $ / kilo : envoi vers la station,
  •  3000 $ / kilo : renvoi comme déchet de la station (cargo Cygnus),
  •  6000 $ / kilo : renvoi sur Terre (cargo Dragon).

En plus de tout ça, il faudra aussi compter les frais de lancements cargos et équipages, qui voleront forcément en cargos et navettes américains (Dragon, Cygnus, Crew Dragon, Starliner).

 

Un essai à venir pour sortir de l’impasse pour HP3

Depuis le 28 février, l’instrument HP3 de la mission Insight est à l’arrêt : la « taupe » (ou Mole) est bloquée et n’a pas pu s’enfoncer au-delà de 30 cm dans le sol martien [(re)lire La sonde HP3 a rencontré des obstacles sur son chemin vers les entrailles de Mars].

Après l’analyse de toutes les données enregistrées par l’instrument mais aussi le sismomètre SEIS et diverses simulations, le Jet Propulsion Laboratory de la NASA, en charge des opérations, et le DLR, l’agence spatiale allemande maître d’oeuvre de HP3, ont annoncé qu’un plan de secours va être tenté fin juin : déplacer la structure porteuse de HP3 à l’aide du bras robotique d’Insight afin de moins contraindre la Mole et peut-être enfin poursuivre son enfoncement dans le sol martien.

Yamal-601 connaît-il des problèmes de propulsion ?

Dans un communiqué de presse le 7 juin, Thales Alenia Space et Gazprom Space Systems ont annoncé que le satellite de télécommunication Yamal-601 lancé le 30 mai a eu des problèmes lors de la première manœuvre pour passer le satellite d’une orbite de transfert géostationnaire à une orbite géostationnaire (3 à 4 manœuvres du gros moteur d’apogée, environ 400 N de poussée sont généralement nécessaires pour un satellite à propulsion chimique classique). L’étage supérieur Briz-M du lanceur Proton a correctement mis sur orbite le satellite, mais il a fallu activer le système de propulsion à faible poussée pour effectuer cette première manoeuvre (plusieurs tuyères en général de 10N de poussée). Le 1er juin, la manoeuvre utilisant le moteur principal à bord de Yamal-601 avait été interrompue en raison de la déviation du satellite par rapport à la position attendue. Suite à la manœuvre interrompue, le satellite est entré dans un mode sécurisé (orientation des panneaux solaires et usage réduit des systèmes à bord). Pour réduire les risques, les spécialistes de Thales Alenia Space, constructeur du satellite, ont alors proposé d’utiliser le mode d’insertion orbitale de secours qui utilise le système de propulsion à faible poussée.  » La première manœuvre a duré 2 heures et tous les paramètres du satellite sont nominaux. Le programme de vol prévoit plusieurs répétitions de telles manœuvres. L’heure d’arrivée prévue dans la position requise sur l’orbite géostationnaire (49° E) est prévue pour la fin juin 2019. La durée de vie contractuelle du service en orbite ne sera pas affectée (15 ans) « .

 

Chang’e 4 : fin du jour 6

Le lander chinois et son rover Yutu-2 se sont mis en mode veille le 9 juin à 15h40 UTC et le 10 juin à 14h00 UTC respectivement. Le rover a parcouru 22.33 m pendant le jour 6, totalisant une distance parcourue à 212.99 m dans le cratère Von Kàrmàn. La distance parcourue lors de ce dernier jour est supérieure à celles des deux jours précédents (15.9m et 11.76m) mais reste encore faible.

En annonçant la fin du jour 6, la CLEP (China’s Lunar and deep space Exploration Program) a diffusé deux nouvelles images. La branche planétologie de la CNSA est plutôt avare en images. Ici, on voit à nouveau les traces de Yutu-2 sur le sol du cratère Von Kàrmàn (crédit CLEP)

Le rover a envoyé 1.6541 GB de données (237 fichiers) pendant le jour 6.

La CLEP a indiqué que le rover est toujours en bonne santé et que les instruments scientifiques à bord travaillent nominalement. Rien ne garantit toutefois que ces deux dernières images datent du jour 6 (crédit CLEP)

 

Virgin Orbit veut s’installer à Guam, au Japon et en Grande-Bretagne

La société du Newspace américain se déploie partout dans le monde. Son avantage, unique en son genre, c’est que son pas de tir est une simple piste pour Boeing 747. En effet, avec son lanceur en dernière phase de développement, LauncherOne, Virgin Orbit n’a pas besoin d’un pas de tir classique, coûteux autant à construire qu’à entretenir. LauncherOne sera à chaque fois largué d’un Boeing 747 nommé Cosmic Girl avant de mettre en marche son moteur. Ce concept existe déjà depuis longtemps (X-15, Pegasus) mais pour pouvoir accéder à un maximum d’orbites, Virgin Orbit souhaite pouvoir décoller de partout. C’est pourquoi Virgin est en train de passer des contrats avec différentes nations. Autre raison avancée par Virgin : être plus proche de ses clients pour limiter les frais de transports.

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Cosmic Girl, le Boeing 747 réaménagé avec LauncherOne sous son aile. (crédit Virgin Orbit)

En plus de l’astroport du désert du Mojave, de la base d’Edwards, Virgin Orbit s’installera à Guam. La semaine dernière, Virgin Orbit a annoncé son désir de s’installer au Japon, sur l’invitation de la compagnie aérienne All Nippon Airways. Autre endroit visé : le futur astroport de Cornwall, en Angleterre. Pour le Japon et Cornwall, Virgin devra attendre l’avis des gouvernements.

 

Le Canada sur le point de valider le projet de son premier astroport

C’est le projet de la compagnie Maritime Launch Services de construire un astroport de Nova Scotia dans le comté de Guysborough (Nouvelle Ecosse) qui a été validé le 4 juin par le ministère de l’environnement canadien. Désormais MLS attend d’avoir le bail du terrain pour l’étudier et commencer la construction. MLS compte y faire décoller des fusées ukrainienne Cyclone 4M développées par Yuzhmash.

Plan du futur astroport Nova Scotia d’après une brochure de MLS

 

87 millions de dollars investis pour rénover le pas de tir Gagarine

Le 6 juin, le Russian Direct Investment Fund (RDIF), fonds d’investissement sous le contrôle de l’état russe, en partenariat avec ROSCOSMOS et GK Launch Services, l’opérateur des lancements Soyouz russes, a annoncé un investissement de 87 millions de dollars pour rénover et réaménager le Site 1 (alias Gagarin’s Start, le pas de tir Gagarine) sur le Cosmodrome de Baïkonour, loué au Kazakhstan, afin qu’il puisse accueillir les lancements de Soyouz 2. Il ne reste que deux tirs prévus avant de ne lancer que des Soyouz 2.

 

Article écrit à 4 mains et presque 20 doigts avec Isabelle.

1 commentaire sur “Actualités spatiales du 3 au 9 juin : départ de cargos de l’ISS et Long March 11 depuis la mer”

  1. Je suppose qu’ils devraient voler (tout comme leurs collègues du groupe de 2018) à bord du Federatsiya… s’il ne connaît pas trop de problèmes.

    NB : pour mémoire, 8 candidats cosmonautes ont été sélectionnés en 2018. Je connais les noms de 33 autres candidats russes de ce groupe de 2018 (et pour 3 autres uniquement leurs prénoms, soit un total de 44). Parmi ces 44, il y avait 12 femmes (parmi lesquelles Aleksandra M. Tyurina, la fille de Mikhail Tyurin, déjà candidate en 2012) mais aucune ne fut sélectionnée. Il semble que le « n° 9 » aurait été Andrei I. Sdatchikov. (source : astronaut.ru). On verra bien en temps voulu s’il fait partie du groupe de 2020 avec quelques-uns de ceux dont je connais les noms.

    Au fait, on attend toujours la constitution du nouveau groupe chinois qui avait été annoncée pour 2018 ainsi que celles du nouveau groupe japonais et du groupe indien, puisque 3 Indiens (dont une femme) devraient aller dans l’espace début 2022 (et non pas fin 2021 comme initialement prévu).

    NB : pour mémoire, une durée de vol spatial de 30 jours, ça correspond à peu près à celle de la mission Skylab-2, 1ère mission habitée du programme Skylab, effectuée par Conrad, Kerwin et Weitz, du 25 mai au 22 juin 1973. D’une durée de 28 jours, elle constituait alors le record de durée il y a 46 ans, le précédent record étant détenu par le malheureux équipage de Soyouz-11 / Saliout-1 (de Soyuz-11 / Salyut-1 en anglais) depuis la fin juin 1971.

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