Vega le retour, avec un nouveau service : SSMS

Le lanceur léger européen Vega a enfin fait son retour le 3 septembre, plus d’un an après l’explosion en vol de Vega VV15 en juillet 2019.

Le décollage a enfin eu lieu à 1h51 UTC, après 11 reports de tir (si mon compte est exact) pour cause de Covid-19 et de météo défavorable.

Lancement Vega VV16 le 03/09/2020 (crédit Arianespace/ESA/CNES/ CSG)

Vega est un lanceur de quatre étages de 30 m de haut conçu pour lancer entre 300 kg et 1,5 tonne de charge utile selon l’orbite et l’altitude.

Le lanceur Vega (crédit Arianespace)

53 (+12) satellites placés avec succès sur orbite

53 + 12 satellites étaient à bord de cette mission VV16 : 7 satellites pesant entre 15 et 138 kg + 46 nanosatellites ou cubesats de 300 g à 11 kg + 12 cubesats embarqués dans un gros satellite de 150 kg.

Le distributeur Small Spacecraft Mission Service (SSMS) avec tous les satellites est monté sur l’adaptateur de charge utile de la fusée Vega à Kourou le 5 juin 2020 (crédit ESA/CNES/Arianespace/Optique Video du CSG – JM Guillon)

Les plus gros satellites :

  • ION SCV LUCAS (150 kg)
ION CubeSat Carrier (crédit D-Orbit)

ION Satellite Carrier est un démonstrateur technologique autonome de déploiement de cubesats. Il transporte un lot de 12 CubeSats de Planet Labs. Il va les déployer individuellement sur des créneaux orbitaux précis en un mois environ.

  • Un satellite pour SPACEFLIGHT INC. (NOM CONFIDENTIEL) (138 kg)

Ce petit satellite de télécommunications expérimental construit par Maxar comprend un système de télécommunications et un module contenant une plateforme satellitaire.

  • ESAIL (112 kg)
Test de déploiement d’un des 2 panneaux solaires de ESAIL (crédit ESA)

ESAIL est le premier microsatellite commercial développé dans le cadre du programme SAT-AIS de l’ESA pour assurer le suivi des navires. ESAIL fait partie des Projets de partenariat de l’ESA, avec ExactEarth, opérateur de la mission et LuxSpace Sarl maître d’œuvre du projet. La mission ESAIL vise à renforcer les services spatiaux de nouvelle génération à destination du secteur maritime.

  • NEMO-HD, premier microsatellite de la Slovénie (65 kg)
Le satellite NEMO-HD en cours d’assemblage (crédit Space.Si)

NEMO-HD, construit par l’Institut d’études aérospatiales de l’Université de Toronto Laboratoire de vol spatial, étudiera un nouveau concept d’observation de la Terre qui combine la diffusion vidéo interactive en temps réel et l’imagerie multispectrale. Il servira principalement à surveiller des villes intelligentes et des bassins fluviaux en se concentrant sur les forêts, les zones agricoles, les épisodes de sécheresse, les inondations et les plantes invasives. Une fois que NEMO-HD aura atteint son orbite, le Centre d’excellence slovène pour les sciences et les technologies de l’espace (SPACESI) disposera d’un système de télédétection très innovant pour un coût réduit.

  • UPMSAT-2 (45kg)

UPMSat-2 est un projet de microsatellite éducatif, scientifique et de démonstration technologique en orbite mené par l’institut de recherche de l’Université polytechnique de Madrid (IRD/UPM). Il doit permettre aux étudiants d’acquérir les compétences nécessaires pour concevoir, analyser, fabriquer, intégrer, tester et exploiter une telle plateforme. Le micro-satellite comprend deux charges utiles : DÉMONSTRATION EN ORBITE et RECHERCHE-ÉDUCATION. Le service de lancement est financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Horizon 2020 IOD/IOV.

  • ÑuSat-6  (43,5 kg)

ÑuSat-6  est un satellite commercial argentin pour Satellogic comprenant un imageur à haute résolution dans le spectre visible et le proche infrarouge.

  • GHGSAT-C1 (15,4 kg)

GHGSat-C1, ou IRIS est le premier de 2 microsatellites commerciaux du projet de constellation actuellement fabriqué pour l’entreprise montréalaise GHGSat Inc., qui étudiera les émissions de gaz à effet de serre de sources terrestres. Pour détecter et mesurer des émissions localisées, comme les sources d’émissions fugitives et les cheminées, le satellite sera équipé d’un capteur permettant de localiser avec précision une cible au sol et pivotera sur son orbite pour la maintenir un certain temps dans son champ de détection. Chaque satellite GHGSat fournira des mesures périodiques très précises des émissions  de milliers de sites de ce type.

26 cubesats 3 U, 12 cubesats ¼ U, 6 cubesats 6 U et 1 cubesats 2 U.

Liste des cubesats à bord de Vega VV16 (crédit Arianespace)

Un cubesat français du Centre Spatial Universitaire de Grenoble est à bord : AMICal Sat

Les satellites ont été placés avec succès sur une orbite héliosynchrone à environ 500 km d’altitude.

Un nouveau service de lancement de petits satellites

Le vol Vega VV16 était une mission de démonstration du nouveau système de lancement de petits satellites d’Arianespace.

Avec la réussite de 11 lancements à ce jour pour l’américain Rocket Lab et son lanceur Electron, les déploiements multi-satellites des lanceurs PLSV indien (record de 104 satellites en un seul lancement) ou Dnepr russe, et d’autres acteurs privés émergeants, il était temps que l’Europe spatiale développe un système de lancements abordable et rapide pour les petits satellites : le Small Spacecraft Mission Service, ou SSMS.

En effet, depuis quelques années, les lancements de petits satellites (ou smallsats) de masse inférieure à 600kg n’ont pas cessé de progresser et les perspectives sont à la hausse. Selon les projections du marché, 200 à 300 nanosatellites devraient être lancés chaque année au cours de la prochaine décennie, sachant que la plupart (plus de 80 %) feront partie de projets de constellations (source press kit Arianespace).

Nombre de cubesats lancés entre 2020 et 2017 et perspectives (crédit © 2019 Thyrso Villela et al.)

Au 19 avril 2020, 1317 nanosats (satellites jusqu’à 10 kg) ont été lancés pour 66 pays différents, 1210 CubeSats dont 2 interplanétaires.

Nombre de nanosatellites lancés par an et estimation pour les années à venir (crédit nanosats.eu)
Illustration des nanosats lancés par pays au 19/04/2020 (crédit nanosats.eu)

Arianespace, acteur majeur du spatial se devait de répondre aux besoins institutionnels et commerciaux de ce marché des nano et microsatellites.

Les lanceurs Ariane 5, Vega et Soyouz-ST ont déjà envoyé des nanosats sur orbite mais en tant que passagers secondaires (ou piggyback), et donc avec des places limitées et donc des longues attentes de lancement. Vega avec SSMS sera dédiée à l’envoi de nanosats et, en maximisant le nombre de satellites sur chaque lancement, cela réduira le coût par client.

Les différents logos des entreprises embarquées dans la mission SSMS de l’ESA (crédit ESA)

SSMS a été développé avec l’ESA et le fabricant du lanceur Vega, Avio. Le « dispenseur » SSMS est fabriqué par la société tchèque, SAB Aerospace.

Des cubesats de ce vol Vega VV16 ont même été pour la première fois installé sur cette interface lanceur en Europe, chez SAB Aerospace

Le SSMS avant son départ pour Kourou (crédit SAB Aerospace)

Ce déployeur de petits satellites utilise efficacement chaque espace disponible grâce à une approche de conception modulaire. La section inférieure est hexagonale et peut contenir six nanosatellites ou jusqu’à une douzaine de déployeurs CubeSat. La section supérieure est utilisée pour les microsatellites, les minisatellites et les petits satellites. La section inférieure peut également être utilisée indépendamment, couplée à un satellite plus grand remplaçant la section supérieure. Une colonne centrale, une tour ou un hexagone, une plate-forme de support, des tiges réglables et des séparateurs complètent le système :

Représentation de la conception modulaire du SSMS (crédit ESA)

Pour ce vol VV16, une configuration appelée Flexi-3, pesant seulement 330 kg (hors masses satellites), a été utilisée.

Intégration du pont principal (PLAT module) et du module HEX du SSMS au bâtiment S5 du Centre Spatial Guyanais le 12 mars 2020 (crédit ESA – M. Pedoussaut)

Pour conclure, je vous recommande la vidéo d’Hugo et Maxime Lisoir sur les 40 ans d’Arianespace et donc de ses lanceurs dont Vega :

Source principale : site ESA

Photo de couverture : vue d’artiste de l’étage supérieur Zefiro-9 de Vega, l’AVUM et le distributeur SSMS avec sa charge utile de satellites (crédit ESA – J. Huart)

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1 Comment

  1. suite

    A noter que le Dnepr est un lanceur ukrainien, pas russe, même s’il est largement utilisé par le grand frère russe… et même si la Russie a bien l’intention d’annexer tout ou partie de l’Ukraine, notamment la région de Dnipropetrovsk, tout en nous faisant croire le contraire.

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