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Smile, une collaboration sino-européenne pour explorer le vent solaire

La mission SMILE, pour Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer, est une mission conjointe entre l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et l’Académie chinoise des sciences (CAS), visant à étudier les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.

Test de déploiement d’un des 2 panneaux solaires de SMILE à l’ESTEC en mai 2025 (crédit ESA–M. Roos)

SMILE succède à la mission Double Star, opérationnelle de 2003 à 2007, une mission chinoise avec une contribution supplémentaire de l’ESA où 2 satellites chinois ont travaillé de concert avec les satellites européens Cluster pour l’étude des interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.

Dès sa sélection en 2015, la mission SMILE a été conçue comme un projet commun entre l’ESA et la Chine. Les deux parties ont collaboré à chaque étape : définition de la mission, appels à propositions conjoints, sélection, étude et mise en œuvre.

La Chine fournit la plateforme spatiale, les tests, les opérations à bord, deux instruments (LIA et MAG) et le support sol partiel, tandis que l’ESA apporte le module de charge utile (SXI, UVI), le lanceur Vega-C, les installations de test et les opérations scientifiques partagées.

Les objectifs scientifiques

SMILE vise à résoudre trois mystères majeurs des interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre : Comment le plasma solaire pénètre-t-il la magnétosphère ? Pourquoi les cuspides sont les portes d’entrée privilégiées et comment les perturbations solaires se propagent-elles de la magnétosphère vers les aurores ionosphériques ? Ces mystères entravent actuellement les prévisions précises de la météo spatiale.

Anatomie de la magnétosphère (crédit ESA)
Vent solaire [solar wind] : « pluie battante » de particules chargées s’écoulant continuellement vers l’extérieur depuis le Soleil jusqu’à plus de 2 millions de km/h. Choc d’arc [Bow shock] : là où le vent solaire est ralenti et dévié autour de la Terre, alors qu’il commence à s’enfoncer dans la magnétosphère terrestre. Gaine magnétique [Magnetosheath] : région limite très chaotique entre l’onde de choc et la magnétopause. Il contient principalement des particules de vent solaire choquées.
Magnétopause : où la pression du vent solaire est équilibrée par la pression du champ magnétique terrestre. À l’intérieur de la magnétopause, le champ magnétique terrestre domine. Il y a beaucoup plus de particules chargées à l’extérieur de la magnétopause qu’à l’intérieur de celle-ci. Cuspides polaires [Polar cusps] : trous dans la magnétosphère aux pôles nord et sud de la Terre, où les particules chargées du vent solaire peuvent pénétrer dans l’atmosphère et créer les aurores.
Aurores boréales : Également appelées aurores boréales (aurora borealis) et aurores australes (aurora australis), ces zones colorées, mobiles et lumineuses du ciel se forment en raison de l’activité solaire. Magnétotail : La partie de la magnétosphère s’étendant ‘derrière’ notre planète loin du Soleil, avec des lignes de champ magnétique tendues comme une queue.
Reconnexion magnétique : se produit lorsque les lignes de champ magnétique sont comprimées les unes contre les autres, pour finalement se pincer et se reconnecter plus près de la Terre (remarque : cela peut également se produire lorsque les lignes de champ magnétique de la Terre rencontrent les lignes de champ magnétique du Soleil du côté de la Terre faisant face au Soleil, et dans de nombreux autres endroits de l’espace, y compris à la surface du Soleil et d’autres étoiles, et autour des trous noirs)

Malgré le bouclier magnétique terrestre, le vent solaire parvient à s’infiltrer via la reconnexion magnétique à la magnétopause : quand le champ magnétique solaire pointe vers le sud et rencontre notre champ terrestre orienté nord, il se « casse » brutalement en formant un X (lignes de reconnexion), libérant une explosion d’énergie qui aspire le plasma solaire dans notre magnétosphère, alimentant les aurores boréales et les tempêtes géomagnétiques.

SMILE cartographiera en continu ces zones de « fuites » de plasma, révélant les mécanismes précis et leur variabilité.

Cette animation montre la séquence d’événements qui donnent lieu à une reconnexion magnétique dans la magnétosphère terrestre et, par la suite, à des aurores brillantes proches des régions polaires de la Terre. La structure de la magnétosphère terrestre est sensible aux variations du vent solaire, le flux de particules chargées électriquement libérées par le Soleil. Lorsque le vent solaire change de manière à inverser l’orientation du champ magnétique interplanétaire, la queue de la magnétosphère est comprimée et une reconnexion magnétique peut s’y produire. Deux flux de plasma avec des champs magnétiques antiparallèles sont poussés ensemble, s’écoulant d’en haut et d’en bas et créant une fine ligne de courant. À mesure que le plasma continue de s’écouler vers cette ligne, les particules sont accélérées et finalement libérées via deux jets symétriques. Cela crée une région de transition en forme de X, avec une région « séparatrice » qui sépare le plasma entrant des sorties de particules hautement énergétiques. Grâce à la reconnexion magnétique, deux puissants flux de plasma hautement énergétique sont lancés à la fois vers la Terre et dans la direction opposée. C’est l’un des mécanismes par lesquels les particules de plasma peuvent infiltrer la couche supérieure de l’atmosphère terrestre, l’ionosphère, produisant des aurores boréales, mais perturbant également les réseaux de télécommunication et les systèmes de navigation (crédit ESA/ATG medialab)

Les cuspides polaires sont des régions où le champ magnétique s’ouvre directement vers le Soleil, mais leur comportement dynamique reste mal compris. Les images en rayons X associées aux mesures UV des aurores boréales devraient permettre de tracer les flux d’énergie solaire en temps réel et comment l’énergie solaire envahit l’atmosphère terrestre supérieure.

Cette image montre les aurores boréales au-dessus du pôle Nord le 12 novembre 2025 capturées par des senseurs d’étoiles du satellite SWARM de l’ESA. Ses caméras sont sensibles aux rayonnements ionisants : lorsqu’une particule énergétique frappe le capteur, elle apparaît sous la forme d’une tache blanche (crédit CSU/CIRA & NOAA).

Le lien causal entre tempêtes solaires et aurores reste flou. En observant simultanément la magnétopause, les cuspides et les aurores sur plus de 40 heures par orbite, les scientifiques espèrent que SMILE établira les causalités directes, transformant les modèles empiriques en physique fondamentale pour de meilleures alertes tempêtes spatiales.

Quatre instruments pour l’observation l’étude des interactions vent solaire / magnétosphère terrestre

D’une masse d’environ 2 300 kg au décollage, SMILE a été construit par Airbus Space pour la partie européenne, avec une plateforme sino-européenne intégrée et testée à l’ESTEC, le centre technique de l’ESA aux Pays-Bas.

SMILE sur le pot vibrant à l’ESTEC pour les tests de vibrations, simulant le lancement, en mai 2025 (crédit ESA & CAS)

SMILE embarque 4 instruments scientifiques, développés conjointement par l’ESA et la CAS :

  • Imageur en rayons X (SXI) : Fourni des images de la magnétopause et des cuspides magnétosphériques, où les particules solaires interagissent avec le champ magnétique terrestre.
  • Imageur ultraviolet (UVI) : Capture les aurores boréales en lumière UV pour étudier les phénomènes ionosphériques liés au vent solaire.
  • Analyseur d’ions légers (LIA) : Mesure in situ la composition et le flux des ions du vent solaire.
  • Magnétomètre (MAG) : Enregistre les variations du champ magnétique terrestre pour détecter les perturbations solaires.

Smile sur une orbite très particulière

Smile a décollé à bord de Vega C ce 19 mai et placé sur une orbite elliptique très inclinée autour de la Terre.

SMILE va fonctionner sur une orbite elliptique inclinée à 73° avec un périgée à 5 000 km (pour les transmissions vers les stations sols de l’ESA en Antarctique et en Chine) et un apogée à 121 000 km, soit un tiers de la distance Terre-Lune. Ce type d’orbite permet à SMILE de passer une grande partie de son temps (environ 80 %, soit 45 heures par orbite, soit l’équivalent de 9 mois de l’année) à haute altitude, permettant à la sonde de collecter des observations continues pendant des périodes plus longues. Cette orbite limite également le temps passé dans les ceintures de Van Allen à haut rayonnement et dans les deux ceintures toroïdales.

L’orbite opérationnelle de SMILE (crédit ESA)

Depuis cette orbite inhabituellement allongée, le satellite sera capable de réaliser des observations continues de régions clés de l’espace proche de la Terre sur une période de plus de 40 heures. Il prendra notamment des images et des films de la magnétopause, la limite où la magnétosphère terrestre rencontre le vent solaire, ainsi que des cuspides polaires et de la région éclairée par les aurores boréales.

Animation de Smile déployé dans l’espace (crédit : ESA/Lightcurve Films).

La durée nominale de la mission est de 3 ans.

Ces données inédites permettront de modéliser en temps réel les réponses de la magnétosphère aux variations solaires, passant d’observations locales à une vue globale. Ainsi, SMILE devrait aider à prévoir les perturbations géomagnétiques avec plus de précision, protégeant les infrastructures critiques contre les éjections de masse coronale.

Source principale : ESA Science et kit de lancement.

Image de couverture : Illustration de SMILE observant la magnétospjhère terrestre et ses interactions avec le vent solaire (crédit ESA)

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