Mission Epsilon : Les expériences « made in France » de Sophie Adenot à bord de l’ISS
Le 14 février 2026, Sophie Adenot, astronaute française de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), a rejoint la Station Spatiale Internationale. Pendant plusieurs mois, elle participera à plus de 200 expériences scientifiques, dont 10 expériences françaises développées et pilotées par le CADMOS (Centre d’Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales) à Toulouse.
🩺 Santé et physiologie : Préparer les missions habitées de demain
EchoFinder : L’échographie en autonomie grâce à l’IA et la réalité augmentée
- Objectif : Réaliser des échographies en haute définition sans guidage terrestre, grâce à l’intelligence artificielle et la réalité augmentée.
- Enjeu : Pour les futures missions vers la Lune ou Mars, les délais de communication ne permettront pas un pilotage en temps réel depuis la Terre. EchoFinder pourrait aussi trouver des applications terrestres (zones isolées, sous-marins, déserts médicaux).
- Fonctionnement : Deux astronautes sont nécessaires : un « sujet » et un « opérateur ».
- Partenaires : CHU Caen, MEDES.
Sophie Adenot a déjà commencé à tester cette expérience à bord de l’ISS [lire ].
PhysioTool : Un suivi médical complet en micropesanteur
- Objectif : Mesurer en temps réel des paramètres physiologiques (tension artérielle, fréquence cardiaque, température, saturation en oxygène, sommeil, etc.) via des capteurs synchronisés et en ambulatoire (que les astronautes puissent porter tout en effectuant leurs tâches).
- Enjeux : Améliorer, grâce à des mesures sur 24 heures, la compréhension des réactions du système cardiovasculaire en micropesanteur. Développer des outils pour le suivi médical des astronautes lors de missions de longue durée.
- Partenaires : Université et CHU d’Angers, Université de Lorraine, MEDES, Artinis, Somnomedics.

Echo-Bones : Étudier la santé osseuse dans l’espace
En micropesanteur, les astronautes subissent une perte de densité osseuse accélérée, similaire à celle observée dans des pathologies terrestres comme l’ostéoporose. Pour mieux comprendre ce phénomène et développer des contre-mesures, l’expérience Echo-Bones utilise une technique innovante d’échographie osseuse.
- Objectif : Évaluer la qualité structurelle des os et mesurer le flux sanguin à l’intérieur des os, deux indicateurs clés de la santé squelettique.
- Innovation : Echo-Bones repose sur une méthode non invasive qui combine imagerie ultrasonore et analyse du flux sanguin. Contrairement aux techniques traditionnelles (comme la densitométrie osseuse), cette approche permet un suivi en temps réel et sans radiation, idéal pour un usage prolongé dans l’espace.
- Protocole : Sophie Adenot effectuera des mesures avant et après son vol pour comparer l’évolution de son squelette. Ces données seront croisées avec celles d’autres astronautes pour affiner les modèles de perte osseuse en micropesanteur.
- Applications terrestres :
- Amélioration des diagnostics pour les patients atteints d’ostéoporose ou d’autres maladies osseuses.
- Développement de traitements plus ciblés pour limiter la déminéralisation.
- Optimisation des protocoles de rééducation pour les astronautes de retour sur Terre.
- Partenaires : CHU Angers, Université de Delft, Inserm.
⚙️ Technologie et préparation du futur
MultISS : Lutter contre les biocontaminations dans l’ISS
- Objectif : Analyser en temps réel et prévenir les contaminations biologiques sur les surfaces de la Station grâce à une imagerie multispectrale et par fluorescence.
- Fonctionnement :
- MultISS utilise un système d’imagerie avancée capable de détecter la présence de micro-organismes sur différentes surfaces (parois, équipements, etc.).
- L’instrument fournit des résultats immédiats, permettant une réaction rapide en cas de contamination.
- Sophie Adenot installera des boîtiers MultISS à plusieurs endroits stratégiques dans la Station.
- Enjeu : Éviter la prolifération de micro-organismes pathogènes ou la bio-corrosion, qui pourraient endommager les équipements critiques ou menacer la santé des astronautes.
- Partenaires : Lumetis (société toulousaine spécialisée en imagerie optique), COMAT.
Les résultats de MultISS pourraient inspirer des solutions pour les hôpitaux (prévention des infections nosocomiales) ou les transports en commun sur Terre.


MatISS-4 : Des surfaces innovantes contre les microbes
- Objectif : Tester des matériaux capables de repousser ou tuer les micro-organismes, ou de former un biofilm protecteur.
- Fonctionnement : MatISS-4 est un dispositif passif sous la forme d’un boîtier miniaturisé (pour la 4e génération), dans lequel se trouvent des lamelles de verre, visibles à travers un capot en polymère incassable. Les matériaux sont exposés à l’environnement de l’ISS, et leur efficacité est évaluée après plusieurs mois. Plusieurs types de surfaces sont testés, sélectionnées pour leurs propriétés antibactériennes, antifongiques ou antiadhésives. Les analyses sont faites en laboratoires au retour des boîtiers sur Terre parun cargo Dragon.
- Enjeu : Limiter la propagation des bactéries et champignons dans des environnements confinés comme l’ISS.
- Partenaires : ENS Lyon, COMAT.
MatISS-1 (1e génération) avait déjà été testé par Thomas Pesquet lors de sa mission Proxima en 2017 et qui avait fourni des données de référence sur le comportement des matériaux testés en micropesanteur.

Cette étude pourrait permettre le développement de revêtements antibactériens pour les hôpitaux, les écoles ou les lieux publics.
EuroSuit : Une combinaison intra-véhiculaire française
- Objectif : Tester un prototype de combinaison conçu pour protéger les astronautes en cas de dépressurisation accidentelle lors des phases critiques (lancement, atterrissage).
- Enjeu : Renforcer l’autonomie européenne dans le domaine des vols habités.
- Partenaires : Spartan, Decathlon, CNES, MEDES.

Un article détaillé est à venir.
🌱 Expérience éducative : ChlorISS, pour inspirer les jeunes
ChlorISS : Faire germer des graines dans l’espace
- Objectif : Comparer la croissance de graines d’Arabette des dames et de Mizuna en micropesanteur dans l’ISS et sur Terre.
- Enjeu : Étudier l’influence de la gravité et de la lumière sur la germination, tout en sensibilisant les jeunes aux sciences et au spatial.
- Fonctionnement : Sophie Adenot utilisera une boîte spécifique contenant 12 boîtes de Pétri. Le premier jour, elle injectera de l’eau à l’aide d’une seringue pour irriguer les graines par capillarité, comme une éponge absorbant un liquide. Durant les cinq premiers jours, la lumière ne proviendra que d’un seul côté de la boîte. Sophie Adenot prendra ensuite des photos et modifiera l’orientation de l’éclairage pour les cinq jours restants afin d’observer comment les plantes réorientent leur croissance.
- Public cible : 4 500 établissements scolaires (du primaire au lycée) participeront à l’expérience en parallèle. Ils ont reçu en avril des boîtes similaires à celle de l’ISS pour réaliser le même protocole scientifique que Sophie Adenot.
- Partenaires : Sorbonne Université, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

🔄 Expériences existantes et pérennes
Lumina : Mesurer les radiations dans l’ISS
- Objectif : Utiliser un dosimètre à fibre optique pour mesurer les radiations ionisantes à bord de la Station.
- Enjeu : Protéger les astronautes et le matériel lors des missions vers la Lune ou Mars.
- Partenaires : Laboratoire Hubert Curien (CNRS), iXblue, CERN.
Lumina a été installée lors de la mission Alpha de Thomas Pesquet en 2021 et est toujours active.

FoodProcessor : Un robot culinaire pour l’espace
- Objectif : Tester un robot capable de préparer des plats en micropesanteur, pour améliorer la qualité nutritionnelle des repas lors des missions longues.
- Enjeu : Les technologies actuelles ne garantissent pas une conservation suffisante pour des missions de 5 ans (durée estimée pour un voyage vers Mars).
- Partenaires : MEDES, Inneolab.
Andreas Mogensen avait testé une mousse au chocolat avec une première version du robot en 2023.

EveryWear : Un assistant médical connecté
- Objectif : Collecter des données médicales et scientifiques via une application mobile et des capteurs connectés.
- Fonctionnalités : Suivi nutritionnel, questionnaires de physiologie, échanges sécurisés avec les équipes médicales au sol.
Déployée par Thomas Pesquet en 2017, l’expérience est toujours utilisée aujourd’hui par l’ensemble des astronautes [lire Une contribution française est présente dans la mission Artemis II : EveryWear, l’assistant médical de l’astronaute].

Les recherches menées dans l’ISS ne profitent pas seulement à l’exploration spatiale. Elles ont des applications concrètes sur Terre pour l’amélioration des diagnostics médicaux, le développement de matériaux antibactériens, des améliorations technologiques ou la sensibilisation des jeunes aux sciences via des projets comme ChlorISS.
Source principale : site CNES et visite presse en novembre 2025 du CADMOS

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