Rêves d'Espace

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Actualités spatiales

Première conférence de presse de Sophie Adenot après son retour d’un séjour record à l’ISS

Voici une retransmission partielle* de la conférence de presse donnée par l’astronaute française Sophie Adenot au Centre d’entraînement des astronautes européens de l’ESA, à Cologne, le 13 ocotbre 2026, à l’occasion du retour de la mission Crew-12 depuis la Station Spatiale Internationale [* retranscription aidée de l’IA].

Daniel Neuenschwander, directeur de l’exploration humaine et robotique de l’ESA, a ouvert la conférence en évoquant la joie de recevoir Sophie Adenot après son séjour dans l’espace. Il a souligné trois éléments : Sophie Adenot a réalisé la plus longue durée de séjour d’un astronaute de l’ESA dans l’espace, avec 237 jours ; elle est la première astronaute de l’ESA à avoir effectué trois sorties extravéhiculaires lors de sa première mission depuis 20 ans ; et elle est la première astronaute de la classe 2022 de l’ESA à avoir volé dans l’espace.

Les chiffres de la mission

Sophie Adenot a passé 237 jours dans l’espace, dont 235 à bord de la Station Spatiale Internationale, correspondant à environ 157 millions de kilomètres parcourus autour de la Terre.

Elle a également réalisé plus de 430 heures de science, dont plus de la moitié pour l’ESA. Daniel Neuenschwander a remercié les partenaires de la mission, le gouvernement français et le CNES pour leur coopération, ainsi que les États membres de l’ESA qui participent au programme.

Il a aussi tenu à rappeler que la mission a mobilisé des milliers de personnes dans le monde : scientifiques, industriels ayant préparé les expériences, équipes opérationnelles et organisations partenaires. Il a notamment cité la coopération avec la NASA et les partenaires de la Station spatiale internationale, avant de remercier sa propre équipe.

Sophie Adenot : « Je me sens très bien »

Sophie Adenot a déclaré se sentir très bien. Elle a dit être heureuse de retrouver les journalistes en personne, après les conférences de presse organisées depuis la Station spatiale, où elle les voyait sans pouvoir être physiquement avec eux.

First post-flight rehabilitation session
L’une des premières photos de sa récupération le 11/10/2026 (crédit ESA)

Les premières mesures réalisées la veille de la conférence ont été décrites comme « absolument époustouflantes ». Sophie Adenot a indiqué qu’il n’y avait non seulement pas de perte de densité osseuse ni de masse musculaire, mais aussi, dans certaines régions du corps, une augmentation de la densité osseuse et de la masse musculaire. Ces résultats devaient être confirmés dans les jours suivants.

Elle attribue ces résultats à une méthodologie rigoureuse associant nutrition, sommeil de qualité, routine stable et entraînement intensif. Elle réalisait chaque matin, à heure fixe, un entraînement correspondant à 150 à 200% des consignes de ses équipes médicales, tout en écoutant son corps pour éviter les blessures.

Elle a souligné que, à 44 ans, les attentes habituelles auraient été une perte naturelle de densité osseuse et de masse musculaire, même sur Terre. Elle a dit espérer que ces travaux pourront apporter de l’espoir pour des maladies touchant les personnes sur Terre, comme l’ostéoporose, la perte de masse musculaire liée au vieillissement ou certaines maladies dégénératives. Elle a toutefois rappelé qu’il fallait attendre la suite des analyses.

La rentrée atmosphérique

Interrogée sur ses sensations pendant la rentrée atmosphérique, Sophie Adenot a décrit une expérience très impressionnante. Malgré sa préparation mentale et les questions posées à des personnes l’ayant déjà vécue, elle a expliqué que le vivre constitue une autre épreuve.

La séquence commence par la désorbitation. Sanglée dans la capsule, elle a senti les moteurs du Dragon être alimentés pour diminuer l’apogée de l’orbite et initier la rentrée atmosphérique. La capsule s’est ensuite retournée pour présenter le bouclier thermique.

Infographie expliquant la phase de retour sur Terre en Crew Dragon (crédit ESA)

Des flashes de lumière orange sont alors apparus à travers les fenêtres. La capsule est entrée dans une phase de plasma ionisant, entraînant une coupure des communications avec le sol. Sophie Adenot a indiqué que l’équipage savait quand les communications reviendraient, mais qu’il est resté seul dans la capsule pendant six à sept minutes.

Pendant la rentrée, Sophie Adenot a ressenti une accélération croissante jusqu’à 4,6 G, après huit mois passés en quasi-apesanteur. Elle a comparé cette sensation à celle d’un éléphant assis sur le haut du corps.

Elle a expliqué que respirer devenait difficile : lorsqu’elle inspirait à fond, elle avait l’impression de pouvoir se casser les côtes. Elle a mobilisé son expérience de yoga et de respiration pour se concentrer uniquement sur l’inspiration et l’oxygénation. À ce moment-là, elle n’avait pas de capacité disponible pour penser à autre chose.

Les fenêtres ont commencé à s’occulter au fur et à mesure de la rentrée, à cause de la carbonisation. Elle ne voyait plus l’horizon ni ce qu’elle voyait habituellement à l’extérieur.

L’ouverture de l’extracteur de parachute a constitué un premier choc. Sophie Adenot a comparé cette sensation à celle de l’ouverture d’un parachute en parachutisme sur Terre : un choc, mais qui reste possible à encaisser.

La difficulté est venue ensuite, lorsque la trajectoire est devenue non prédictible sous les parachutes. Le système vestibulaire étant perturbé après avoir subi environ 4,5 G pendant huit minutes, la capsule a commencé à ballotter.

NASA’s SpaceX Crew-12 Splashdown (NHQ202610080012)
Ouverture des parachutes pilotes lors du retour sur Terre le 8/10/2026 (crédit NASA/Keegan Barber)

L’amerrissage dans les vagues a ajouté une difficulté supplémentaire. Sans repère visuel, car l’horizon n’était plus visible, la capsule a été secouée par des vagues nombreuses. Le soleil rasant, présent tôt le matin, passait à travers la fenêtre carbonisée et fournissait des références visuelles pendant que la capsule bougeait.

NASA’s SpaceX Crew-12 Splashdown (NHQ202610080015)
Amerrrissage du Crew Dragon le 8/10/2026 (crédit NASA/Keegan Barber)

Sophie Adenot a décrit cette phase comme très intense sur le plan sensoriel, avec le système vestibulaire et le système visuel particulièrement sollicités. Après la récupération, le bateau a également beaucoup bougé en raison des vagues. Elle s’est sentie mieux une fois transférée dans l’hélicoptère H225, un appareil qu’elle connaissait bien, lorsque celui-ci s’est mis en stationnaire.

NASA’s SpaceX Crew-12 Splashdown (NHQ202610080030)
Sophie Adenot est transportée à bord d’un hélicoptère à bord du vaisseau de récupération SHANNON de SpaceX pour voler vers Long Beach, en Californie, avec l’astronaute de la NASA Jessica Meir et Jack Hathaway, et le cosmonaute de Roscosmos Andrey Fedyaev peu de temps après leur amerrissage dans l’océan Pacifique au large de Los Angeles, en Californie, le jeudi 8 octobre 2026 (crédit NASA/Keegan Barber)

Trois sorties dans l’espace

Lors de ses trois sorties, Sophie Adenot n’a pas ressenti le vertige auquel elle s’était préparée. La première sortie a été marquée par des difficultés techniques liées à l’installation d’une antenne, notamment des boulons récalcitrants.

La deuxième sortie a été particulièrement exigeante : l’équipage a rencontré l’ensemble des cas non conformes anticipés par les équipes au sol. Sophie Adenot a dû emprunter un trajet manuel non réalisé depuis 2009 et utiliser son plan C après l’échec des deux premiers. Lors de la troisième sortie, elle est allée au point le plus avancé de la Station pour réparer un rétroréflecteur utilisé lors de l’amarrage de Crew-13.

Elle a décrit des moments d’émerveillement lorsqu’elle s’est retrouvée face à la Terre, sans la Station dans son champ de vision, avant de revenir rapidement à ses tâches.

EVA-98: Installing the spare SGANT antenna
Photo prise lors de l’EVA du 25/08/2026 (crédit ESA/NASA)

Le partage avec le public et l’expérience humaine

À une question de Stéphane Sébille, pour Souvenir d’Espace, sur l’intérêt suscité par ses photos et vidéos, Sophie Adenot a expliqué qu’elle voulait simplement partager sa joie d’être dans l’espace et de travailler avec des équipes fantastiques sur des thèmes qui lui plaisent.

Passionnée d’exploration spatiale depuis toute petite, elle a dit avoir toujours demandé à ses équipes de partager dans l’authenticité : les moments difficiles comme les moments de joie, les phases de préparation intense comme les moments plus ludiques en équipage.

Comme elle était loin pendant la mission, elle n’a pas eu la même perception que le public de la façon dont ses contenus ont été reçus. Elle découvrira cela au fur et à mesure de sa tournée post-vol. Elle a dit ne pas se réveiller en se disant qu’elle est inspirante, mais simplement partager ce qu’elle vit parce qu’elle est passionnée par ce qu’elle fait.

Elle a ajouté être touchée par les photos de classes enthousiasmées après avoir réalisé une expérience scientifique, ou par les jeunes ayant participé à des événements organisés par l’ESA ou le CNES. Petite, elle se nourrissait elle-même de ce type d’événements inspirants ; elle voit aujourd’hui dans ces réactions un retour des choses.

Sophie Adenot a décrit l’ISS comme un foyer, un laboratoire et un symbole de coopération internationale. Elle a évoqué la famille créée avec les équipages des Expéditions 74 et 75 et de Crew-12, ainsi que l’importance du message de paix porté par la Station.

First change of command ceremony
L’Expedition 75

Elle a reconnu une pointe de nostalgie en quittant l’ISS, notamment en passant au-dessus de la Bretagne, mais considère ce départ comme un au revoir et non comme un adieu définitif. Pour elle, la mission εpsilon constitue une étape de vie avec un « avant » et un « après », après ses missions de recherche et sauvetage en Afghanistan.

Son objectif est désormais de trier, transmettre et partager ce qu’elle a vécu, afin de rendre accessible une expérience aussi rare et singulière.

La science médicale en priorité

À une question en anglais de Marie-Asole Maguillone, d’Astrospace, sur l’expérience qui a le plus changé sa vision de la science spatiale, Sophie Adenot a répondu qu’il était difficile d’en choisir une seule, tant le champ des activités est vaste : science fondamentale, recherche médicale et démonstrations technologiques.

Elle a dit aimer particulièrement mettre en avant la recherche médicale, car elle a des impacts directs. Pendant la mission, des expériences ont été menées pour la recherche contre le cancer, et elle espère qu’elles donneront de bons résultats et pourront aider au traitement de patients sur Terre.

Elle a également mentionné les nombreuses maladies chroniques étudiées dans l’espace, pour lesquelles les mécanismes et les traitements peuvent être mieux compris avant d’être appliqués sur Terre. Grande fan d’exploration spatiale, elle a ajouté que tester de nouveaux équipements pour les futures missions la rend également heureuse.

GreenBone
Légende de cette photo par Sophie Adenot : « Jour 126, orbite 1954 – L’os est un tissu vivant : pour rester solide, il a besoin d’être soumis à la gravité qui s’exerce lorsque nous sommes debout, bougeons ou faisons de l’exercice. Sans cette stimulation, il s’affaiblit rapidement – c’est l’une des raisons pour lesquelles les astronautes font du sport pendant environ deux heures par jour. Mais ce n’est pas seulement un enjeu pour l’exploration spatiale : sur Terre aussi, le vieillissement, certaines maladies ou les blessures peuvent réduire ces sollicitations, fragilisant les os et rendant leur réparation plus difficile. À bord de la Station spatiale internationale, l’expérience commerciale GreenBone Ortho, soutenue par les programmes BASS et BSGN de l’ESA, transforme ce défi en opportunité. GreenBone Ortho teste b.Bone™ avec des cellules osseuses humaines en micropesanteur, où la perte osseuse est beaucoup plus rapide. Ce biomatériau est porteur de résultats prometteurs sur Terre chez des patients non atteints d’ostéoporose, et la Station permet d’évaluer ses performances dans un environnement qui reproduit certains aspects clés de l’ostéoporose, avant une phase d’essais cliniques ciblés. C’est un exemple parlant de ce que la recherche spatiale apporte : un moyen unique d’aller plus vite et d’ouvrir la voie à de meilleurs thérapies pour les patients sur Terre. Vive la science !« 

Mars : « On n’est pas prêts aujourd’hui »

Interrogée sur la faisabilité humaine d’un séjour de deux ans dans l’espace, notamment pour une mission vers Mars, Sophie Adenot a raconté avoir dit, dans les 24 premières heures suivant l’amerrissage, alors qu’elle était encore sur le bateau : « renvoyez-moi dans l’espace », car elle était malade en mer.

Elle a ensuite déclaré : « on n’est pas prêts pour aller sur Mars ». Selon elle, des ruptures technologiques sont nécessaires. Plus de 50% des astronautes présentent des symptômes à l’atterrissage, avec une forte variabilité d’une personne à l’autre et d’une mission à l’autre.

Elle a expliqué qu’un astronaute peut revenir de sa première mission avec de nombreux symptômes et de sa deuxième sans symptôme, ou inversement. Dans le cadre d’un voyage vers Mars de plus de six mois, suivi d’un atterrissage, elle estime qu’il serait compliqué si la moitié des astronautes se retrouvaient avec des incapacités physiologiques, des difficultés à gérer leur scaphandre et un besoin d’assistance.

Sophie Adenot a indiqué que des technologies permettant d’accélérer le trajet pourraient changer la donne. Elle a également évoqué la gravité artificielle, par exemple grâce à un véhicule spatial en rotation, qui exposerait les astronautes à une forme de gravité pendant le voyage.

Avec de telles avancées, une mission vers Mars pourrait, selon elle, devenir envisageable. Mais elle a insisté sur le fait qu’il reste encore plusieurs étapes clés à franchir.

La famille pendant la mission

Interrogée par Olivier Gaslin, de Mon Quotidien, sur la façon dont son fils avait vécu la mission, Sophie Adenot a expliqué qu’à bord de la Station Spatiale Internationale, il est possible de rester très connecté avec les familles.

Elle a précisé que tous les membres de l’équipage Crew-12 ont des enfants et sont donc parents. Ils partageaient cette expérience entre eux. Grâce aux capacités de visioconférence, elle s’est sentie très connectée à sa famille tout au long de la mission, dans les moments intenses comme dans les moments plus légers ou joyeux.

Elle a dit être très fière de la manière dont sa famille a géré cette distance, et de son fils en particulier. Les retrouvailles ont été intenses, mais dès le lendemain de la mission, elle avait l’impression qu’ils ne s’étaient jamais quittés. Elle a souligné qu’il est possible de rester connecté même en étant loin, avant de se reconnecter à 100% au retour.

Crew Quarters
« Jour 047, orbite 0744 – Petit coup d’œil sur ma chambre à 400 km d’altitude… Il y a en tout 8 cabines individuelles à bord de la Station: 5 dans le segment américain (USOS), 4 sont dans le Nœud 2, et un 5e, CASA, est installé depuis 2021 dans le plafond* de Columbus + 3 dans le segment russe (RSOS). L’espace intérieur est super cosy ; mon sac de couchage sur mesure est accroché sur l’un des murs, mes affaires personnelles sur les autres faces – de la trousse de toilette au pyjama ! Dans cet immense volume partagé qu’est la Station, c’est un vrai confort que d’avoir un coin à soi où se reposer au calme ! Je m’y suis tout de suite sentie à l’aise, cela me rappelle les nuits sous la tente en rando ! 🙏 Merci à mes amis d’Airbus Helicopters pour le cadeau de bienvenue, c’était une belle surprise! * Nous utilisons toutes les faces d’une pièce, mais par convention la Station a bien un plancher et un plafond ! Pour se repérer, on utilise forward (avant), aft (arrière), overhead (plafond), deck (pont), starboard (tribord) et port (bâbord) ». Credit: ESA/NASA – S. Adenot

Une récupération en cours

Les premières 24 heures après le retour ont été difficiles. Sophie Adenot a notamment décrit une intolérance orthostatique liée à la diminution d’environ deux litres du volume sanguin en microgravité, nécessitant des perfusions de liquide salé. Elle a également ressenti les effets du mal de mer après l’amerrissage et dû réadapter son système vestibulaire à la gravité.

Environ sept jours après son retour, elle devait passer des tests d’équilibre et sensorimoteurs pour évaluer notamment sa capacité à conduire et à faire du vélo. Elle a précisé que sa récupération se déroulait plus rapidement que la normale.

La phase post-vol dure généralement six mois, voire jusqu’à un an après la mission. Une première phase de trois semaines de prise de mesures est prévue en Europe, suivie de trois semaines aux États-Unis. Ces campagnes combinent les besoins des expériences scientifiques et le suivi médical personnel destiné à vérifier son état de santé.


La vidéo complète :


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