Photo du jour : la Terre depuis Mars

Exceptionnellement, la caméra VMC du satellite européen Mars Express en orbite autour de la planète rouge depuis 2003 a été tournée le 3 juillet dernier vers la Terre.

Image de la Terre depuis l'orbite de Mars par la caméra VMC de Mars Express le 03/07/2016 (Credit: ESA/Mars Express/VMC)

Image de la Terre depuis l’orbite de Mars par la caméra VMC de Mars Express le 03/07/2016 (Credit: ESA/Mars Express/VMC)

La caméra utilisée est la « webcam » de Mars Express (ou Mex) de son vrai nom, VMC (Visual Monitoring Camera). Initialement, cette caméra basse résolution n’était prévue que pour visualiser le bon détachement de l’atterrisseur Beagle 2 du satellite. Après sa mission, elle avait été éteinte. Mais depuis 2007, elle prend des clichés qui font le bonheur des astronomes amateurs, d’où son surnom de webcam. Pour voir ses clichés, rendez vous sur Flickr.

Image de la séparation de l’atterrisseur Beagle 2 par la caméra VMC de Mars Express le 25/12/2003 (credits ESA)

Image de la séparation de l’atterrisseur Beagle 2 par la caméra VMC de Mars Express le 25/12/2003 (credits ESA)

Comme l’explique l’ESA, l’imagerie de la Terre depuis un satellite en orbite martienne en utilisant une caméra sans optique spécialisée n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Déjà il faut trouver le bon moment. Les 2 planètes ne tournant pas à la même vitesse autour du Soleil, il ne faut pas que la Terre soit trop éloignée de Mars, ni que la partie de la Terre éclairée par le Soleil ne soit pas visible depuis la planète rouge, ni que le Soleil gêne trop la prise de vue (voir schéma ci-dessous)

Angles entre Mars, la Terre et le Soleil pour déterminer le meilleur moment de prise de vue (Credit ESA)

Angles entre Mars, la Terre et le Soleil pour déterminer le meilleur moment de prise de vue (Credit ESA)

Ensuite, la caméra étant fixe sur le satellite, c’est tout le satellite entier qu’il a fallu pointer vers la Terre. Comme ce n’est pas le fonctionnement nominal du satellite, il a fallu planifier et vérifier les commandes qui ont été envoyées finalement au contrôle d’attitude du satellite.

« A pale blue dot »

Même si l’image n’est pas de très bonne qualité, cela permet de relativiser la dimension humaine dans le système solaire, voire de l’Univers.

Comme le disait l’astronome Carl Sagan, la Terre est un petit point bleu pâle (a pale blue dot) :

« Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité – dans toute cette immensité – il n’y a aucun signe qu’une aide viendra d’ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c’est sur Terre que nous prenons position.

On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.»

— Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

Image de la Terre depuis l'orbite de Mars par la caméra VMC de Mars Express le 03/07/2016 (Credit: ESA/Mars Express/VMC)

Image de la Terre depuis l’orbite de Mars par la caméra VMC de Mars Express le 03/07/2016 (Credit: ESA/Mars Express/VMC)

Source principale de l’article : Earth seen from Mars: We are here

Une réflexion sur “Photo du jour : la Terre depuis Mars

  1. Pour mémoire, « Blue Dot » était le nom de code de la mission effectuée par Alexander Gerst, Soyuz TMA-13M / ISS 40-41, du 28 mai au 10 novembre 2014, en compagnie de Maksim V. Surayev (2e vol, remplaçant Fyodor N. Yurchikhin) et Gregory R. Wiseman (1er vol).

    Par la suite, Yurchikhin remplacera à son tour Surayev pour la mission Soyuz TMA-09M / ISS 36-37. Ce fut son 4e vol ; mission effectuée avec Luca S. Parmitano (1er vol) et Karen L. Nyberg (2e vol).

    Alexander Gerst effectuera prochainement (tout est relatif) un 2e vol, Soyuz MS-09 (n° 739) / ISS 56-57, de la fin mai à la fin novembre 2018, en compagnie d’Aleksandr M. Samokutyayev (3e vol) et Jeanette J. Epps (1er vol, 61e femme).

    Il sera le premier astronaute du groupe ESA-3 (formé le 20 mai 2009) à effectuer un 2e vol spatial.

    A l’origine, ce devait être Luca Parmitano lors de la mission Soyuz MS-07 / ISS 54-55, prévue pour la fin 2017 – début 2018, mais il a été remplacé par Norishige Kanai (qui volera avec Sergei N. Ryazanskiy et Randolph J. Bresnik). Kanai a remplacé Parmitano avant même la nomination de Bresnik. Ce sera le 12e Japonais à aller dans l’espace.

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