Beagle-2, le survivant

Mars est certes pleine de surprises, mais celle qui fut révélée la semaine dernière par la NASA était pour le moins inattendue.

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Vue d’artiste de Beagle-2 à la surface de Mars. Crédit : Beagle-2 team / Open University

Des clichés pris à bord du Mars Reconnaissance Orbiter américain ont en effet révélé la présence au niveau de l’Isidis Planitia (l’un des plus larges cratère d’impact sur Mars) d’un petit objet, identifié formellement comme étant le lander BEAGLE-2 britannique, porté disparu depuis Décembre 2003.

Emplacement du cratère Isidis Planitia sur Mars.

Emplacement du cratère Isidis Planitia sur Mars.

L’objectif lors de sa conception était d’aller à la recherche de la vie sur Mars, grâce à différents instruments embarqués dans un atterrisseur de moins d’un mètre de diamètre pour environ 70 kilogrammes, ressemblant à un bol creux. Celui-ci devait, une fois posé, déployer ses 4 panneaux solaires comme les pétales d’une fleur et mettre en service ses spectromètres, son chromatographe à phase gazeuse ainsi qu’un petit instrument mobile, surnommé PLUTO (Planetary Undersurface Tool), chargé de récolter de petits échantillons de sol martien.

Prise de vue couleur montrant la localisation de Beagle-2 à la surface de Mars. Crédit : HIRISE/NASA/Leicester

Prise de vue couleur montrant la localisation de Beagle-2 à la surface de Mars.
Crédit : HIRISE/NASA/Leicester

Malheureusement, le 19 Décembre 2003, après une toute dernière image prise par la sonde Mars Express à la suite du largage, plus aucun signe de vie n’a été envoyé par Beagle-2. Deux hypothèses principales ont alors été considérées : problème avec les parachutes ou fuite dans un des coussins gonflables censé amortir le choc à l’atterrissage.

Dernière image connue jusqu'ici de Beagle-2, prise par la sonde Mars Express, après son largage le 19 Décembre 2003. Crédit : ESA

Dernière image connue jusqu’ici de Beagle-2, prise par la sonde Mars Express, après son largage le 19 Décembre 2003.
Crédit : ESA

Bien que Beagle-2 ait été officiellement déclaré perdu le 6 Février 2004, les différentes sondes en orbite autour de Mars ont continué de photographier la zone d’atterrissage supposée du lander européen. Mais ses dimensions très faibles, à la limite de la résolution des caméras embarquées, rendaient sa localisation très difficile. Repérer ses parachutes, d’une surface beaucoup plus importante, aurait pu permettre de réduire le champ d’investigation, mais le matériau utilisé pour leur conception les rendaient quasiment transparents et donc invisibles depuis l’orbite.

Simulation à l'échelle des différentes composantes de Beagle-2 telles qu'observables par la caméra HiRISE. Crédit : Doug Ellison

Simulation à l’échelle des différentes composantes de Beagle-2 telles qu’observables par la caméra HiRISE. Crédit : Doug Ellison

C’est finalement la caméra HiRISE (High Resolution Imaging Science Experiment) du MRO (Mars Reconnaissance Orbiter), dont les images haute résolution ont été d’abord analysées par Michael Croon, un ancien membre de l’équipe Mars Express à l’ESOC (European Space Operations Centre) en Allemagne, qui repéra le premier des indices de la présence de Beagle-2. Ces observations ont finalement été confirmées par les équipes américaines responsables de la caméra, par celles à l’origine de Beagle-2 ainsi que par le JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA.

Animation réalisée à partir de trois clichés pris par la caméra HiRISE à bord du Mars Reconnaissance Orbiter. Crédit : HIRISE/NASA/Leicester

Animation réalisée à partir de trois clichés pris par la caméra HiRISE à bord du Mars Reconnaissance Orbiter. Crédit : HIRISE/NASA/Leicester

Trois clichés ont notamment permis de distinguer un objet qui semble se déplacer légèrement entre les différentes prises de vues. On sait désormais que ce qui apparait comme un mouvement est en fait la réflexion du soleil à la surface des trois panneaux solaires que Beagle-2 a déployé après son atterrissage, qui semble finalement avoir été un succès, puisque le lander s’est posé correctement et à seulement 5 kilomètres du centre de l’ellipse d’incertitude calculée en 2003.

Aucune hypothèse n’est aujourd’hui arrêtée sur les raisons qui ont empêché le lander de communiquer avec la sonde Mars Express par la suite, laissant les équipes sur Terre dans le flou total pendant plus de 10 ans. L’un des principaux instigateurs du projet, Colin Pillinger, s’est malheureusement éteint en Mai 2014 sans jamais avoir su ce qu’il était advenu du Beagle-2.

Colin Pillinger avec une maquette à l'échelle de Beagle-2. Crédit : Beagle-2 team / Open University

Colin Pillinger avec une maquette à l’échelle de Beagle-2.
Crédit : Beagle-2 team / Open University

Malgré ce qui fut considéré comme un échec partiel de la mission Mars Express, celle-ci poursuit une belle carrière de son côté, puisqu’elle a vu fin 2014 sa mission prolongée jusqu’en 2016, alors même qu’elle aurait dû s’achever dès 2006.

Vue d'artiste de la sonde Mars Express. Crédit : ESA/D. Ducros

Vue d’artiste de la sonde Mars Express.
Crédit : ESA/D. Ducros

Anecdote amusante pour finir : les réalisateurs de Transformers ont utilisé l’histoire du supposé crash de Beagle-2 pour réaliser une bande annonce en 2007. Bien que totalement inexacte d’un point de vue scientifique et technologique (Beagle-2 n’était pas du tout un rover, celui présenté dans la bande annonce se rapproche sur ce point de Curiosity), il est intéressant de voir comment cette histoire est entrée dans la culture populaire.

Ne reste plus qu’à mettre à jour la liste des sites d’atterrissages et de crashs martiens car après 12 ans de traque, Beagle-2 est toujours muet, mais on sait désormais qu’il s’est bien posé !

Les sites d'atterrissage sur Mars d'objets terriens, avant la découverte de Beagle-2 en 2015 (source Space.com)

Les sites d’atterrissage sur Mars d’objets terriens, avant la découverte de Beagle-2 en 2015 (source Space.com)

3 réflexions sur “Beagle-2, le survivant

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