Le futur des vols habités russes

Voici un article un peu différent de ce que j’ai l’habitude de publier. Mes articles portent plutôt d’habitude sur l’actualité spatiale et donc des faits, et non sur des perspectives. Tout ce qui suit ne se réalisera donc peut-être pas ou partiellement, et peut-être pas aux dates indiquées, et n’est valable que dans le contexte cité.

Le directeur de l’agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozin, a donné une interview début février, qui permet de voir le futur plus ou moins proche des vols habités russes.

Tout d’abord il s’est réjoui de l’absence d’échecs en vol des lanceurs russes en 2019, contrairement aux autres « pays » spatiaux, Etats-Unis, Chine et Europe [à voir dans Les lancements orbitaux en 2019].

Voici les différents projets russes en matière de vols habités à début 2020, selon ma compréhension (je ne parle pas Russe) et des différentes informations récoltées par ailleurs :

ISS et vols habités en orbite basse

Le MLM (Mnogozelewoi Laboratorny Modul – Multipurpose Laboratory Module) Nauka qui doit compléter la Station Spatiale Internationale devrait décoller fin 2020 ou début 2021.

Rogozin a écarté dans l’interview tout arrêt du programme malgré des retards qui n’en finissent pas.

En effet, la construction du module a commencé en 1995. Il doit accueillir à la fois des systèmes de service pour le segment russe de l’ISS et des charges utiles scientifiques, ainsi qu’un bras manipulateur ERA fourni par l’ESA. MLM est capable de produire de l’oxygène pour six personnes, de régénérer l’eau à partir de l’urine. Il doit fournir une deuxième toilette et une cabine privée pour un troisième membre d’équipage.

Son lancement était prévu initialement pour 2009. Mais le lancement du MLM a été retardé à plusieurs reprises. En 2013, suite à la découverte d’une fuite dans le système de propulsion, les réparations ont retardé le décollage à 2015, puis à la mi-2017. D’autres problèmes techniques et financiers l’ont encore retardé. Une contamination du système de propulsion a été découverte ensuite et, en mars 2019, il a été décidé de remplacer les réservoirs contaminés du système de propulsion par de nouveaux. 

Le module russe MLM Nauka en construction finale (crédit Roscosmos)

Rogozin a déclaré qu’ « il est peu probable que le MLM soit lancé en novembre. S’il arrive à Baïkonour en mars, au moins 7 mois seront nécessaires pour les tests électriques. Je pense que le lancement aura lieu fin 2020 ou début 2021. » Le corps de Nauka a déjà 19 ans, beaucoup de ses éléments ont été vérifiés et remplacés si nécessaire.

Dernièrement, Alexei Varochko, directeur général du Centre Khrunichev, a déclaré que le module Nauka sera transféré à Baïkonour le 19 mars. 

La prochaine étape avant l’envoi au cosmodrome est le test en chambre sous pression, qui débutera le 20 février.

 

Les femmes dans le corps des astronautes

« Nous attendons vraiment avec impatience le recrutement des filles dans le corps des cosmonautes et nous nous réjouissons de leur intérêt pour cette profession. Ils n’ont pas du tout besoin d’être des super-héros, ils doivent juste être de très bons spécialistes dans les domaines nécessaires pour travailler dans l’espace – médecins, pilotes, ingénieurs, biologistes, astronomes. À l’avenir, ils deviendront des astronautes – spécialistes de l’équipement embarqué des engins spatiaux et des stations orbitales, ainsi que des fonctions nécessaires au maintien des fonctions vitales des équipages spatiaux.« 

Rogozin a précisé que les exigences pour devenir cosmonaute devaient être revues car désormais les vaisseaux étant plus modernes et automatisés, il n’est peut être plus nécessaire de sélectionner des « surhommes ». 

Au sujet de la seule femme présente actuellement dans le corps des cosmonautes actifs, Anna Kikina, Dmitry Rogozin a précisé qu’elle va voler mais ne sait pas dire quand, sachant que les équipages sont déjà figés pour 2020-2021.
Anna Kikina avec son certificat de cosmonaute d’essai le 17 décembre 2014 (photo : Service de presse de Roscosmos)

Partenariats et vols sur des vaisseaux américains

Des discussions seraient en cours pour des missions de cosmonautes sur les vaisseaux Crew Dragon de SpaceX et Starliner de Boeing. « Mais nous n’autoriserons ces vols que lorsque nous serons convaincus de la fiabilité et de la sécurité absolues de la technologie américaine. « 

Pour les astronautes européens, Rogozin a précisé que jusqu’à maintenant leurs sièges sur Soyouz étaient pris sur le quota de ceux de la NASA, mais que des discussions étaient en cours pour des accords directs entre l’ESA et Roscosmos.

Un astronaute hongrois est prévu de voler sur Soyouz dans les années à venir suite à un accord bilatéral Russie/Hongrie. Il s’agirait d’une réelle mission sur l’ISS et non en tant que « touriste ».

D’autres partenariats – Turquie ? Egypte ? – pourraient avoir lieu. 

 

Prochaine étape : la Lune ?

Dmitri Rogozin a annoncé avoir reçu une proposition de la NASA pour la participation de la Fédération de Russie au projet de la Station en orbite lunaire, la LOPG (Lunar Orbital Platform-Gateway). 

Le directeur de l’agence russe confirme qu’il y a un programme lunaire russe ambitieux : l’atterrissage d’un cosmonaute à la surface du satellite naturel de la Terre.

Mais pour lui, une station intermédiaire est nécessaire, comme elle l’est pour les Américains, les Européens ou tout autre partenaire. 

Toutefois il a bien précisé que créer une station strictement russe en orbite lunaire dans le cadre des restrictions actuelles sur le financement des programmes spatiaux serait très difficile. Une coopération internationale est envisageable avec la condition d’avoir un module de travail russe qui servirait aussi de lieux de vie (« couchette »). En clair, Rogozin ne souhaite pas juste une participation en tant que visiteur mais bien en tant que constructeur de cette LOPG.

Ces modules lunaires s’appuieraient sur la base de l’expérience acquise lors de la construction de la station Mir et de l’ISS.

 

Le futur vaisseau Oryol

Le nouveau vaisseau spatial russe Oryol (aigle en russe, précédemment appelé Federatsia) qui doit remplacer à terme les vaisseaux Soyouz est en cours de développement depuis de nombreuses années. Il est prévu d’utiliser ce nouveau vaisseau à la fois pour les orbites terrestres basses mais aussi pour des missions vers la Lune.

Selon Rogozin, certains éléments sont déjà en cours de fabrication comme l’avionique et l’ordinateur de bord. 

Le vaisseau aura un tout nouveau système d’évacuation de lancement intelligent à deux étages, différent du système actuel sur Soyouz. Selon Rogozin, ce système offrira plus de possibilités de manœuvre au vaisseau et permettra un sauvetage plus contrôlé. Ce système, disposant davantage d’énergie pourra permettre en 2e temps, d’amener le vaisseau sur une orbite sûre par ses propres moteurs.

Une maquette du vaisseau Oryol (ex- Federatsia) présentée au salon MACK-2015 (crédit Roscosmos)

 

Si tout se passe comme prévu, Oryol commencerait des vols d’essai habités vers la Station spatiale internationale à partir de 2025. Un survol de la Lune est prévu en 2029, tandis qu’une mission comprenant un atterrissage sur la Lune est attendue d’ici 2030 .

Il faut entre temps que le lanceur lourd Angara 5 soit prêt de son côté.

A suivre !

Le vaisseau Federatsia présenté en 2016 : 

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