Station Spatiale Internationale : la fuite réparée temporairement


Avec retard, je vous donne des nouvelles de la fuite de pression de la Station Spatiale Internationale, avec les informations disponibles.

Rappel : depuis septembre 2019, une lente dépressurisation au sein de la Station Spatiale Internationale est détectée par les contrôleurs de vol sur Terre. Ces derniers mois, la fuite semblait s’accélérer, jusqu’à 1,4 kilogramme d’air par jour. Mais les agences spatiales russe, Roscosmos, et américaine, la NASA, se voulaient rassurantes et ne remettaient pas en cause la viabilité de l’ISS.

L’astronaute Chris Cassidy en train de faire des mesures de détection de fuite sur un hublot de l’ISS (crédit NASA)

Plusieurs investigations ont été nécessaires pour trouver la localisation de la petite fuite. Ces recherches ont nécessité notamment le confinement de l’équipage pendant plusieurs jours dans un volume restreint de modules russes [voir article ISS : isolement des 3 astronautes pour la recherche d’une fuite].

[de gauche à droite] Chris Cassidy, Ivan Vagner et Anatoly Ivanishin dans le module Zvezda (crédit Ivan Vagner/Roscosmos)

Le 29 septembre, Roscosmos et la NASA annoncent que la localisation de la fuite d’air a été trouvée dans le module Zvezda. Le 30 septembre, Roscosmos précise que la fuite se trouve au niveau du compartiment PK (Promezhutochnaya Kamera) du module Zvezda, le module pressurisé arrière.

Illustration d’artiste du module Zvezda en orbite seul, avec annotations des différents compartiments (rendu via Russianspaceweb)

La fuite localisée avec un sachet de thé !

Après avoir tenté de localiser le lieu d’où vient la perte de pression avec des moyens électroniques, mais sans succès, il a fallu recourir à des moyens plus originaux.

Dans un premier temps, les cosmonautes Ivan Vagner et Anatoly Ivanishin ont fait flotter des bouts de papier, espérant qu’ils seraient « aspirés » vers le trou avec un courant d’air. Mais les morceaux de papier se sont collés aux panneaux du module à cause de l’électricité statique. Il n’y a pas eu non plus de résultats satisfaisants avec des balles en mousse selon Pavel Vinogradov, ancien cosmonaute et désormais directeur adjoint du Centre de vol et d’espace de la société RKK Energia, constructeur du module Zvezda.

Finalement la localisation de la fuite a été effectuée avec un moyen pour le moins original : un sachet de thé. Mais pas avec un sachet de thé comme on connaît sur Terre. En effet, en raison de la micro-gravité les astronautes ne peuvent pas boire du thé en tasse. Ils utilisent des sacs plastiques scellés dans lesquels l’eau bouillante est insérée par un tube via le goulot du sac. Ensuite ils boivent avec une paille insérée dans ce goulot.

Exemple d’un sachet de thé spatial (via kp.ru)

Les cosmonautes ont coupé un sac plastique de thé et laissé les feuilles de thé flotter pour identifier la source de la fuite. Les feuilles de thé étant organiques, elles n’ont pas été soumises à l’électricité statique. Par le mouvement de ces petites feuilles, ils ont pu découvrir le flux d’air dirigé vers l’extérieur. Les caméras de l’ISS auraient enregistré les mouvements des feuilles mais les images n’ont pas été rendues publiques.

Une réparation temporaire

Le 19 octobre, Roscosmos a annoncé que la fuite avait été réparée de façon temporaire avec les moyens disponibles à bord.

La petite fissure a été recouverte d’un morceau de mousse polyuréthane de 5 mm de diamètre et du ruban adhésif. Le but de la mousse de polyuréthane est de créer une bulle afin de ne pas boucher la fissure pour des observations ultérieures.

Les ingénieurs de Roscosmos travaillent actuellement avec le nouvel équipage de la Station pour sceller définitivement le lieu de fuite présumé.

D’autres pannes traitées en parallèle

Alors que l’on va bientôt fêter les 20 ans de présence permanente dans la Station Spatiale, les signes de faiblesse de la structure et des équipements pourraient devenir préoccupants et sont à surveiller par les Centres de Contrôle américains et russes.

Dernières défaillances en date : les toilettes et le système d’alimentation en oxygène Elektron-VM sont tombés en panne dans la section russe de l’ISS dans la nuit du 20 octobre. Heureusement ces 2 systèmes sont redondés côté américain de la Station.

Les cosmonautes russes Andrey Borisenko (à gauche), commandant de l’expédition 28, Alexander Samokutyaev (au centre) et Sergei Volkov, avec des générateurs d’oxygène Elektron russes dans le module de service Zvezda de la Station spatiale Internationale (crédit NASA)

Le système ruse Elektron-VM peut générer de 25 à 160 litres d’oxygène par heure et de 50 à 320 litres d’hydrogène par heure par électrolyse de l’eau. En avril 2010, il avait fallu plusieurs jours à l’équipage de l’ISS pour réparer le système défectueux.

Sources : Roscosmos, Ria Novosti, blog NASA

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2 Comments

  1. Merci. Vos informations sont vraiment géniales, et nos médias, toujours moroses, feraient bien de les relayer mieux et plus souvent. Osiris-Rex fut un événement exceptionnel ; le collateur est-il rangé dans l’habitacle ? J’attends Orion, ce 11 novembre. Et Starliner …
    Bravo à vous.

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