Sommet de l’Espace à Paris : des investissements, un premier astronaute grec et une Europe qui veut changer d’échelle
Les 9 et 10 septembre 2026, le tout premier Sommet international sur l’espace, voulu par Emmanuel Macron et co-présidé par la France et l’Allemagne s’est tenu au Grand Palays à Paris. Une édition marquée par des annonces mais aussi par des chaises vides côté américain. Retour sur ce rendez-vous qui dit beaucoup de l’ambition et des fragilités de l’Europe spatiale.
Un sommet hors norme au Grand Palais
Annoncé par Emmanuel Macron en octobre 2025 lors de la présentation de la stratégie spatiale nationale, ce premier Sommet international sur l’espace avait pour objectif de réunir autour de la même table, états, agences, industriels et starts-up d’un secteur évalué à plus de 500 milliards de dollars.
Sur les 120 délégations attendues, environ 90 états ont répondu présent, dont une soixantaine au niveau des chefs d’État, de gouvernement ou de ministres, accompagnés de près de 1 100 entreprises, selon l’Élysée.
La France s’engage à hauteur de 20 milliards d’euros dans le spatial, garantis jusqu’en 2030. Un pacte budgétaire qui vient compléter les différents programmes existants comme France 2030, la loi de programmation pour la recherche et la loi de programmation militaire.
La France va aussi investir 40 millions d’euros via le CNES, sur des programmes d’observation de la Terre, pour lesquels « la France a une expertise reconnue ».
La première journée du sommet s’était clôturée sur 51 contrats et accords représentant environ 20 milliards d’euros dont environ 5 milliards de contrats et d’investissements directs, auxquels s’ajoute surtout la concession de la constellation IRIS², évaluée à 15,7 milliards d’euros et annoncée par la Commission européenne.
IRIS², la pièce maîtresse du sommet
C’est donc le volet télécoms sécurisées qui pèse le plus lourd. La concession d’IRIS², la constellation européenne de connectivité sécurisée, a été attribuée au consortium SpaceRise, qui réunit Eutelsat (France), SES (Luxembourg) et Hispasat (Espagne).
La mécanique industrielle est déjà en marche : SES avait confié fin août à l’allemand OHB un contrat de près d’un milliard d’euros pour 18 plateformes de satellites en orbite moyenne. Eutelsat, qui pilote le segment en orbite basse (330 satellites, dont 264 duals Mil-Ka/Ku), a parallèlement contractualisé à Airbus Defence and Space la fabrication de 229 satellites OneWeb supplémentaires, portant la commande globale à 669 satellites pour renouveler la constellation jusqu’en 2034 (source La Tribune).
La « préférence européenne » : un discours politique assumé
Au-delà des montants, Emmanuel Macron a appelé l’Europe spatiale à « changer d’échelle », en posant un principe clair : la préférence européenne. Concrètement, il s’agit de réserver le marché institutionnel européen aux acteurs européens, de flécher la commande publique vers les entreprises du continent, d’en finir avec les règles trop rigides de retour géographique, tout en organisant la compétition « pour permettre au meilleur de gagner » (Élysée).
Le Président français a aussi demandé à la Commission Européenne un mécanisme d’agrégation des lancements institutionnels, avec un prix institutionnel européen, pour sécuriser les volumes et augmenter la cadence d’Ariane 6. Il souhaite une alliance européenne du direct-to-device visant une connexion comparable à la 5G partout d’ici dix ans, ainsi qu’une place de marché des capacités spatiales duales ouverte à l’OTAN.
Les pays européens consacrent historiquement 0,07 % de leur PIB aux programmes spatiaux, contre 0,24 % aux États-Unis (Euronews). La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a résumé l’enjeu sans détour : « Avoir l’accès et pouvoir réagir dans l’espace sera le facteur déterminant de notre sécurité et de notre indépendance » (CNES).
Trois déclarations ont par ailleurs été adoptées en clôture : sécurité et soutenabilité de l’espace (avec un appel à mieux coordonner le trafic spatial), statut de Copernicus comme « bien commun mondial », et ouverture des données scientifiques spatiales (Élysée).
Amazon Leo renouvelle sa confiance à Ariane 6
Dans les contrats industriels, l’annonce vedette vient du géant américain Amazon Leo, le réseau satellitaire en orbite basse d’Amazon et principal client commercial d’Ariane 6 : une commande de 6 lancements supplémentaires, chiffrée en plusieurs centaines de millions d’euros par la presse financière. Au total, ce seront 24 missions qui sont confiées à Arianespace d’ici 2031, avec de nouveaux vols à partir de 2029 (Reuters).
Parmi plusieurs autres annonces, citons :
- Loft Orbital a annoncé un contrat d’un milliard de dollars avec l’émiratie Marlan Space pour 50 satellites à intelligence artificielle embarquée.
- The Exploration Company a bouclé une levée de fonds de 450 millions de dollars.
- Airbus Space et Unseenlabs ont été sélectionnés par le Minstère des Armées pour la fourniture du système d’intelligence spatiale CASSIOPÉE.
- Eutelsat choisit Arianespace pour 2 lancements destinés à soutenir la constellation OneWeb
- Arianespace et ICEYE signent un protocole d’accord pour de futurs lancements à bord d’Ariane 6 [Jusqu’ici le Finlandais a lancé ses satellites sur Falcon 9].
- MaiaSpace annonce la signature d’un contrat multi-lancement avec iQPS (Japon)
- SpaceDreams et l’agence spatiale kényane vont mener une étude de faisabilité pour établir un spatioport à ambition commerciale au Kenya.
- U-Space et Tenchijn (Japon) officialisent un partenariat pour le déploiement d’un système spatial d’observation de la Terre en infrarouge
- Safran Space a signé plusieurs contrats avec Dhruva Space (Inde) pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral dans le domaine spatial (< 5 M€)
- Dassault associé à l’allemand OHB construira le Vortex S, version intermédiaire d’environ 8 mètres capable d’emporter près de 2 tonnes de charge utile, dont le premier vol est visé en 2031.
PAM-6 : Thomas Pesquet aux commandes, la Grèce entre dans l’histoire
Aux côtés du Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, Emmanuel Macron a confirmé la mission PAM-6 : la sixième mission d’astronautes privés vers la Station Spatiale Internationale, opérée par l’entreprise américaine Vast en partenariat avec la NASA, prévue à l’été 2027 pour une quinzaine de jours [lire Thomas Pesquet et Arnaud Prost vont participer à des missions privées dans l’espace avec Vast].
On connaissait le commandant de la mission depuis début juin : Thomas Pesquet. Deux autres Européens vont le rejoindre :
- Aleš Svoboda, astronaute de réserve de l’ESA originaire de République tchèque sera le pilote de la mission
- Adrianos Golemis, médecin travaillant pour l’ESA, sera le spécialiste de mission et deviendra le tout premier astronaute grec de l’histoire, l’ESA ayant signé un accord avec Vast au nom de la Grèce ;
Autres temps forts du volet habité : la présence de l’Italien Luca Parmitano, sélectionné par la NASA pour la mission Artemis III, et un appel en direct a été organisé avec Sophie Adenot, actuellement à bord de l’ISS pour sa mission Epsilon, qui a évoqué ses trois sorties extravéhiculaires récentes.
L’ESA a signé de son côté un contrat de service avec The Exploration Company pour une première mission de démonstration de la capsule Nyx vers l’ISS et deux missions de fret supplémentaires vers l’ISS, ou une future station spatiale commerciale.
Emmanuel Macron a déclaré «…Dans 10 ans, je veux voir la 1ere capsule habitée décoller depuis Kourou…» . ArianeGroup a même indiqué qu’Ariane 6 pourrait être adaptée aux vols habités (France 24). Le rêve d’un Européen « parti en Européen, dans un véhicule européen », pour reprendre la formule de Thomas Pesquet, se rapproche-t-il enfin ?
Venturi Space a dévoilé un nouveau concept de rover lunaire : Alta Luna. Compact (300kg), très maniable, pour assister un astronaute aux abords des bases lunaires. L’astromobile pourra également assurer des missions de manutention et de transport de charges.
Des absents
Début septembre, quatre entreprises américaines ont annulé leur participation : SpaceX, Blue Origin, Stoke Space et Starcloud (Le Monde). Selon Reuters et Politico, l’administration Trump a directement poussé les entreprises américaines à boycotter l’événement, un responsable de la Maison Blanche jugeant que leur présence « pourrait être perçue comme un soutien tacite aux positions politiques de l’UE ». Plusieurs annonces conjointes transatlantiques prévues ont été annulées dans la foulée (Reuters).
Le boycott n’était pourtant pas total : Amazon était bien présent, contrat avec Arianespace à l’appui. Mais la question du partage des fréquences, qui devait être au cœur des discussions, n’a pas pu être véritablement abordée sans SpaceX et Blue Origin.
Thomas Pesquet a reconnu que « le spatial subit les soubresauts de la vie géopolitique », tout en voyant dans le désengagement américain « peut-être l’occasion de reprendre la copie ». Côté européen, d’autres absences ont fait parler : le chancelier allemand Friedrich Merz, dont le pays co-présidait pourtant le sommet , a décliné pour des engagements intérieurs, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Reuters, Euronews). Et les divergences franco-allemandes affleurent : Berlin reste plus ouvert aux lanceurs américains de SpaceX, quand Paris défend la préférence européenne.
Ce qu’il faut retenir
Le premier Sommet international sur l’espace aura prouvé que l’Europe spatiale sait encore produire des chiffres impressionnants : plus de 20 milliards d’euros d’engagements, une cinquantaine de contrats, des jalons pour le vol habité européen. Mais il aura aussi exposé ses fragilités : un budget qui reste cinq fois inférieur à celui des États-Unis, des divergences internes, et une géopolitique capable de vider un sommet.
La feuille de route est posée : préférence européenne, agrégation de la demande institutionnelle, cadence accrue d’Ariane 6, vols habités depuis Kourou d’ici dix ans ?
Prochain rendez-vous décisif : le cadre financier pluriannuel de l’Union européenne, où devra se concrétiser le budget spatial « à la hauteur des ambitions » réclamé par Paris.
À suivre de très près.
Pour compléter : https://cnes.fr/actualites/sommet-international-lespace-communaute-spatiale-mondiale-reunie-paris
Article rédigé en partie à l’aide de l’IA à partir d’articles de presse, n’étant pas personnellement présente à ce sommet.

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