Retour sur Terre en avance pour le Starliner OFT

La capsule Starliner de Boeing du vol test « Orbital Flight test » ou OFT, sans équipage à bord, a atterri ce dimanche 22 décembre, soit 8 jours avant sa date prévue initialement. Une anomalie rencontrée rapidement en orbite lui a fait manquer son rendez-vous avec l’ISS.

Si vous avez raté le dernier article, voici un résumé :

Le décollage du vaisseau américain s’est déroulé tout à fait normalement vendredi 20 décembre à bord d’une fusée Atlas V depuis Cap Canaveral.

A un peu plus de 14 minutes après le décollage, la séparation du Starliner sur une orbite suborbitale a, elle aussi, été tout à fait nominale.

Le vaisseau devait ensuite allumer 4 de ses moteurs pour pouvoir effectuer une insertion sur orbite vers la Station Spatiale Internationale. Mais à cause d’une anomalie logicielle, une horloge interne mal synchronisée, l’allumage des moteurs a été effectué plus longtemps que prévu, entraînant une mauvaise orbite et une consommation élevée de carburant.

On sait désormais que la capsule a commencé son vol avec une erreur de 11 heures dans le réglage du minuteur de sa mission.

Du coup, la NASA et Boeing avaient décidé d’annuler le rendez-vous avec l’ISS. Des manœuvres ont alors été commandées pour permettre la récupération de la capsule ce dimanche.

 

Atterrissage réussi à White Sands pour Calypso

La capsule Starliner a atterri en douceur au White Sands Space Harbour au Nouveau-Mexique à 12h58 UTC.

Surnommé Calypso, fille d’Atlas, et nom du bateau du célèbre explorateur océanographe français Jacques-Yves Cousteau, pour évoquer l’immensité de la mer et de l’espace, le Starliner OFT a effectué sans encombres les différentes étapes le ramenant sur Terre.

Les opérations étaient dirigées depuis le Centre de Mission de Houston de la NASA, qui a pris les opérations en main après la séparation lanceur du vaisseau, aidé par les équipes de Boeing à la fois à Houston et à Cap Canaveral en Floride. La salle utilisée était celle des missions des Navettes Spatiales.

La White Flight Control Room au Mission Control Center du Johnson Space Center à Houston lors des opérations de rentrée du Starliner OFT (crédit NASA)

A 12h23 UTC, la désorbitation du vaisseau avait commencé.

Puis à 12h26 UTC, le Module de Service (Service Module sur le schéma ci-après) s’était détaché de la capsule réutilisable « Crew Module ».

Les différents composants du vaisseau CST-100 Starliner (crédit Boeing)

A 12h53 UTC, le bouclier de protection avant « Forward Heat Shield » avait été éjecté pour permettre le déploiement des parachutes pilotes pour stabiliser la capsule au début de sa séquence d’atterrissage.

A 12h55 UTC, les parachutes principaux avaient été déployés.

Image en infrarouge prise depuis un avion suiveur de la NASA de la capsule Starliner OFT le 22/12/2019 (crédit NASA)

Rapidement la bouclier thermique arrière « Base Heat Shield » a été largué pour permettre le gonflage des 6 ballons airbags.

Boeing CST-100 Starliner Landing (NHQ201912220004)
Sur cette photo, on voit clairement le bouclier de protection arrière être éjecté (crédit NASA/Aubrey Gemignani)

A 12h58 UTC, la NASA confirmait l’atterrissage du Starliner.

Image en infrarouge prise depuis un avion suiveur de la NASA de l’atterrissage de la capsule Starliner OFT le 22/12/2019 (crédit NASA)

Les parachutes ont été largués comme prévu après l’atterrissage.

Boeing CST-100 Starliner Landing (NHQ201912220110)
Les parachutes du Starliner au sol alors que les équipes de récupération s’affairent sur la capsule (crédit NASA/Bill Ingalls)

.

Les équipes de récupération de la NASA et de Boeing ont rapidement rejoint le vaisseau. Une première équipe équipée de protections a vérifié l’absence de fuites d’ergols toxiques.

Une 2e équipe a ensuite installé une tente de protection pour ouvrir le sas, comme ils le feront lors des prochains vols habités. La température était proche de 0°C à White Sands ce dimanche.

Boeing CST-100 Starliner Landing (NHQ201912220108)
Les équipes de récupération sont en train de placer une tente de protection au-dessus du Starliner avant d’ouvrir le sas (crédit NASA/Bill Ingalls)

Les ingénieurs récupèrent rapidement les enregistreurs de données sur le mannequin Rosie et vérifient qu’ « elle » est toujours correctement attachée.

 

La mission aura duré finalement 49 heures et 21 minutes.

La NASA et Boeing se sont fortement félicités pour avoir réussi l’atterrissage d’une capsule américaine habitable pour la première fois de l’histoire spatiale sur le sol américain, et non pas dans l’océan.  La dernière mission habitée à se poser sur la piste historique de White Sands Space Harbour était la navette spatiale Columbia STS-3 en 1982 [ce n’était pas une capsule].

Ce module d’équipage sera renvoyé en Floride pour la récupération, l’analyse et la remise à neuf des données pour les futures missions. En effet, Calypso sera la capsule utilisée lors du premier vol opérationnel de Starliner USCV-2, qui succédera au Crew Flight Test, premier vol habité avec Chris Ferguson, Michael Fincke et Nicole Mann. USCV-2 aura pour équipage déjà confirmé Sunita Williams et Josh Cassada. Deux astronautes issus des agences partenaires devraient compléter l’équipage et on parle déjà de Thomas Pesquet comme l’un d’eux.

 

Des tests sur orbite réalisés malgré tout

Malgré un rendez-vous manqué avec l’ISS, des tests ont été réalisés sur le Starliner en orbite dans l’objectif de collecter un maximum de données en vue des futurs vols avec équipages.

Pour Jim Chilton, vice-président de la division espace et lancement de Boeing, « le vaisseau spatial Starliner aura accompli plus de 80% des objectifs des tests en vol après analyse des données et inspections ».

Le mécanisme d’amarrage a été testé pour vérifier le système mécanique qui reliera les futurs véhicules Starliner à la Station Spatiale.

Ici lors d’un test au sol, on voit les extensions et rétractations du NDS (NASA Docking System) :

Ce système est complexe et doit assurer notamment l’étanchéité entre le vaisseau et l’ISS. Il est également capable de transférer de l’énergie, des communications, des données et de l’air entre l’ISS et les véhicules connectés.

L’interface d’amarrage des nouveaux vaisseaux est basée sur l’International Docking System Standard (IDSS)

 

Les caméras de navigation stellaire du vaisseau ont également été vérifiées en orbite pour la première fois et, selon Boeing, le système de génération d’énergie des panneaux solaires a fonctionné mieux que prévu.

La température et d’autres paramètres à l’intérieur de la cabine pressurisée du Starliner semblent également comme attendus. Si un équipage avait été à bord du vaisseau, il semble qu’il n’ait été à aucun moment en danger.

Mais certaines des manœuvres prévues du Starliner autour de la Station Spatiale, aboutissant à un amarrage autonome, resteront à prouver lors d’un prochain vol.

Pour l’instant, la NASA n’a pas décidé si le prochain vol du Starliner serait avec ou sans équipage, attendant les résultats de l’enquête déjà en cours sur les raisons profondes de l’anomalie en vol de cet Orbital Flight Test.  Mais refaire le vol d’essai sans équipage coûterait probablement des centaines de millions de dollars et retarderait le programme de plusieurs mois, voire plus. Une décision qui ne se prend pas à la légère…

En attendant, l’équipage à bord de l’ISS n’aura pas reçu ses cadeaux de Noël et ne les aura qu’à son retour sur Terre.

Publicités

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.