Premier vol (suborbital) pour le lanceur russe Soyouz-5 de nouvelle génération
Le lanceur Soyouz-5 de nouvelle génération vient de réaliser son premier vol. Même s’il était suborbital, ce vol permet à la Russie de remplacer d’anciens lanceurs. C’est aussi le premier lancement d’un nouveau lanceur russe depuis 2014 avec Angara A5.
Soyouz-5 a décollé à 18h00 UTC le jeudi 30 avril depuis le Cosmodrome de Baïkonour.
Le lanceur embarquait une masse inerte comme charge utile. Le premier étage a fonctionné nominalement selon l’agence spatiale russe Roscosmos pendant 2 minutes et 59 secondes, avant de se séparer et de s’écraser dans la région de Sverdlovsk en Russie. Cinq secondes plus tard, la coiffe a été larguée à T+185 secondes. Le second étage a fonctionné pendant environ 6,5 minutes et juste en deçà de la vitesse orbitale. L’étage a ensuite entamé une longue descente et une rentrée dans l’atmosphère terrestre au-dessus de l’Océan Pacifique, avec la charge utile toujours attachée, après environ 9 000 km parcourus.
Le lanceur était arrivé à Baïkonour en novembre 2025 pour un vol prévu initialement en décembre 2025 puis en mars. Le roulage du lanceur sur le pas de tir aura lieu finalement le 31 mars.
13 ans de développement
Soyouz-5 est un lanceur de moyenne portance développé par RKTs Progress, une filiale de Roscosmos, conçu pour remplacer les lanceurs Zenit ukrainiens et remplacer partiellement les variantes légères du lanceur Proton qui n’ont pas vu le jour. Soyouz-5 avait un temps été envisagé pour servir de booster potentiel pour de futurs systèmes de lancement super-lourds, voire une version habitée.

Lancé en 2013 dans le cadre du projet russo-kazakh Baiterek pour la modernisation de l’infrastructure du site 45 (anciennement dédié aux Zenit ukrainiennes), le programme a connu des retards dus à des tests et à la géopolitique. Au début du projet, Roscosmos espérait que le lanceur serait à faible coût et compléterait la famille de fusées Angara pour les besoins nationaux et rendrait également la Russie à nouveau compétitive sur le marché international des lancements. En 2016, est né le concept surnommé Sunkar [faucon en kazakh], avec l’idée d’agrandir le diamètre de la fusée Zenit de 3,9 à 4,1 mètres.
Soyouz-5 est initialement configuré comme un lanceur à 2 étages. Le premier étage, mesurant 37,14 m de hauteur, est propulsé par un seul moteur RD-171MV (kérosène RG-1/Naphtyl et oxygène liquide), une évolution du RD-171M utilisé sur les fusées Zenit. Avec une poussée de 806 tonnes, il est le moteur le plus puissant jamais construit à ce jour.

Moteur-fusée à ergols liquides à cycle fermé. Masse 10,5 tonnes. Poussée dans le vide : 806 tonnes. Puissance de la turbopompe 246 000 ch [~150 voitures de F1].
L’utilisation du carburant RP-1/LOX représente une évolution vers des carburants plus acceptables sur le plan environnemental par rapport aux propulseurs hypergoliques de Proton, conformément aux exigences fixées par le Kazakhstan pour les opérations à Baïkonour.
Le deuxième étage a une longueur de 7,77 m et le même diamètre de 4,1 m, avec une masse sèche de 5,9 tonnes et une charge propulsive de 59 tonnes de RG-1/LOX. Il est propulsé par le moteur RD-0124MS, offrant une efficacité améliorée par rapport aux conceptions précédentes.
La coiffe est de 4,11 m de diamètre et il serait prévu une coiffe de 5,2 m de diamètre.
Le Soyouz-5 utilise de nouvelles techniques de soudage et de fabrication (réservoirs à parois communes, chose rare dans les fusées russes), de nouveaux matériaux composites et une nouvelle avionique numérique qui en font une fusée très différente du Zenit.
Le lanceur a une masse totale de lancement d’environ 484 tonnes. Depuis Baïkonour, Soyouz-5 devrait fournir jusqu’à 17 tonnes sur une orbite basse, améliorant considérablement la capacité d’environ 12 tonnes de Zenit.
Pour les missions géostationnaires, Soyouz-5 peut être équipé du troisième étage Fregat-SB (repris de Zenit) ou une version améliorée Fregat-SBU. Avec cette configuration, Soyouz-5 devrait fournir environ 4,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire (GTO) et 2,3 tonnes en orbite géostationnaire (GEO), améliorant ainsi les performances de Zenit-3SLB.
Soyouz-5 utilise les capacités de lancement du lanceur Zenit à Baïkonour, le Site 45, qui ne sont plus utilisées depuis le dernier lancement Zenit en décembre 2017. Les infrastructures ont été modernisées pour Soyouz-5.
Malgré la guerre en Ukraine, le spatial russe reste très actif et arrive à amener des nouveautés. Il reste à Soyouz-5 à concrétiser avec un premier vol orbital puis d’autres, et à trouver sa place entre la Soyouz 2.1b et l’Angara.
Pour compléter : l’histoire du lanceur Zenit chez Kosmonavtika
Image de couverture : décollage Soyouz-5 le 30/04/2026 (crédit Roscosmos).

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NB : la région (l’oblast en russe) de Sverdlovsk a pour capitale Iekaterinbourg (Yekaterinburg), qui s’appelait également Sverdlovsk à l’époque soviétique… (1924-1991) du nom (Iakov M. Sverdlov) du chef des assassins de la famille impériale à Iekaterinbourg le 17 juillet 1918.
Pour mémoire, la Zenit devait avoir également une version destinée à des vols habités dans le cadre du programme de mini-navette spatiale russe (alors soviétique) qui servit un moment de modèle au programme européen Hermes. Cette mini-navette spatiale, baptisée Kosmolyot ou Uragan, devait peser entre 11 et 13 tonnes.