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Astronomie

Le télescope spatial Hubble fête ses 36 ans et révèle l’évolution de nébuleuses sur plus de 25 ans

Le télescope spatial Hubble a été lancé le 24 avril 1990, il y a 36 ans.

Image incroyable du télescope spatial Hubble prise par un satellite de l’entreprise Maxar à 61,8 km de distance le 23/04/2026.

À l’occasion de chaque anniversaire, le consortium NASA/ESA publie une image spéciale. Cette année, c’est la nébuleuse Trifide (M20) située à environ 5 000 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Sagittaire.

La nébuleuse Trifide par le HST en 2026 (crédit NASA, ESA, STScI. Traitement d’image : J. DePasquale (STScI)).

Cette région de formation d’étoiles se présente sous la forme d’une “tête” et d’un “corps” ondulant d’un nuage de gaz et de poussière de couleur rouille qui ressemble à une limace de mer qui semble glisser à travers le cosmos. La “corne” fait partie de Herbig-Haro 399, un jet de plasma périodiquement éjecté au fil des siècles par une jeune protoétoile.

Ce n’est pas la première fois que le Hubble Space Telescope (HST) regarde cette région. Le télescope a observé le Trifide en 1997 et 29 ans plus tard, il peut nous montrer les changements dans la nébuleuse à l’échelle du temps humain.

Les changements observés permettent aux chercheurs de mesurer les vitesses des flux sortants et de déterminer la quantité d’énergie que la protoétoile injecte dans ces régions. Les mesures fourniront des informations sur la manière dont les étoiles nouvellement formées interagissent avec leur environnement.

Vingt-cinq ans d’expansion sous l’œil de Hubble

À l’occasion de cet anniversaire, je reviens vers une autre publication récente faite grâce aux images du HST à 25 ans d’intervalle.

L’expansion de la Nébuleuse du Crabe entre 2 clichés du HST en 2000 et 2024 (crédit : NASA, ESA, STScI, William Blair (JHU) ; Vidéo : Joseph DePasquale (STScI)).

Le télescope spatial Hubble a de nouveau observé la nébuleuse du Crabe, vestige de la supernova SN 1054 dans la constellation du Taureau, pour comparer son état actuel avec des clichés pris il y a 25 ans. Cette étude permet de mesurer avec une précision inédite la dynamique de cet objet situé à 6 500 années-lumière de la Terre.

Le reste de la supernova SN 1054 a été découvert au milieu du XVIIIe siècle et, dans les années 1950, Edwin Hubble faisait partie des nombreux astronomes qui ont noté l’étroite corrélation entre les enregistrements astronomiques chinois d’une supernova et la position de la nébuleuse du Crabe.

Contrairement à la plupart des rémanents de supernova dont l’expansion est dictée par l’onde de choc initiale, l’expansion de la nébuleuse est due à un pulsar au cœur du Crabe, une étoile à neutrons en rotation rapide. Cette expansion est alimentée en continu par le champ magnétique intense du pulsar central, qui génère un rayonnement synchrotron chauffant et repoussant les filaments de gaz vers l’extérieur à une vitesse d’environ 5,5 millions de km/h.

Le télescope spatial Hubble de la NASA/ESA a photographié les détails complexes de la nébuleuse du Crabe avec sa caméra grand champ n°3 en 2024 (caméra WFC3 installée en 2009). Les couleurs de l’image retracent la détection par Hubble des gaz d’oxygène et de soufre dans la nébuleuse à différentes densités et énergies. Les zones bleues sont les plus chaudes et les plus faibles en densité. Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de vert sur l’image, montrant de l’oxygène neutre dense, il y a beaucoup de jaune, qui apparaît là où le vert et le rouge du soufre énergisé sont proches l’un de l’autre et tout aussi brillants. La brume blanche dans la région centrale est un rayonnement synchrotron, produit par l’interaction entre le champ magnétique du pulsar central et la matière nébuleuse du Crabe. Cette émission chauffe les filaments environnants, les faisant briller (crédit NASA, ESA, STScI, W. Blair (JHU). Traitement d’images : J. DePasquale (STScI)).

Cette nouvelle image haute résolution prise en 2024 révèle des détails sur la structure tridimensionnelle du rémanent. En observant les variations de couleurs et les zones d’ombre projetées sur le « brouillard » de rayonnement synchrotron, les astronomes arrivent à mieux localiser la position des filaments gazeux, notamment les plus brillants qui semblent être situés en arrière-plan.

Cette image nouvellement traitée provient de données initialement capturées par le télescope spatial Hubble de la NASA/ESA en 1999 et 2000. La technologie de traitement d’image mise à jour permet de comparer au mieux cette image d’archives avec des données plus récentes, y compris celles capturées par Hubble lui-même (crédit : NASA, ESA, STScI, W. Blair (JHU). Traitement d’images : J. DePasquale (STScI)).

Cette image illustre les structures filamentaires complexes de la nébuleuse du Crabe, dont l’évolution est activement suivie par le télescope Hubble.

Une 36e année d’opération prolifique

Au cours de sa 36e année d’opérations, le télescope Hubble a permis des découvertes allant d’une relique de la formation précoce des galaxies, à une galaxie si faible qu’il est presque invisible, à des anomalies cosmiques inconnues trouvées avec l’aide de l’IA. Des chercheurs ont repéré des astéroïdes entrant en collision dans un autre système stellaire pour la première fois et il a photographié une comète en train de se briser.

La comète K1, dont le nom complet est la comète C/2025 K1 (ATLAS), venait de faire son approche la plus proche du Soleil et se dirigeait hors du Système Solaire. Bien qu’elle ait été intacte quelques jours auparavant, K1 s’est fragmenté en au moins 4 morceaux sous le regard du télescope spatial Hubble de la NASA/ESA. Les chances que cela se produise pendant que Hubble observait la comète sont extraordinairement minuscules (crédit NASA, ESA, D. Bodewits (Auburn). Image processing: J. DePasquale (STScI))

La prédiction selon laquelle notre galaxie, la Voie Lactée, entrerait en collision avec celle d’Andromède dans un futur lointain a été remise en question par une nouvelle étude, en utilisant les données de Hubble et du télescope Gaia de l’ESA. Hubble a également suivi la comète interstellaire 3I/ATLAS qui est apparu de manière inattendue dans le Système Solaire en 2025.

Cette image époustouflante du télescope spatial Hubble de la NASA/ESA révèle une interaction spectaculaire de la lumière et de l’ombre dans la nébuleuse de l’Œuf, sculptée par de la poussière d’étoiles fraîchement éjectée. Située à environ 1 000 années-lumière dans la constellation du Cygne, la nébuleuse de l’Œuf présente une étoile centrale obscurcie par un dense nuage de poussière (crédit : ESA/Hubble & NASA, B. Balick (University of Washington))

La 36e année d’exploitation de Hubble a également apporté de nouvelles vues impressionnantes du cosmos. Parmi celles-ci, la région de formation d’étoiles N11 dans le Grand Nuage de Magellan, les poussières d’étoiles qui composent le Nébuleuse de l’œuf, le Nébuleuse de l’Œil de Chat en collaboration avec la mission Euclid de l’ESA. Hubble a également montré la combustion lente du cœur de M82, les galaxies spirales tourbillonnantes UGC 11397 et Arp 4, anneaux de poussière autour de la galaxie NGC 7722, les étoiles scintillantes de l’amas globulaire NGC 1786, et l’immense amas de galaxies Abell 209.

Le télescope a effectué plus de 1,7 million d’observations à ce jour. Près de 29 000 astronomes ont publié des articles scientifiques évalués par des pairs utilisant les données Hubble collectées au cours des 36 années de vie du télescope, ce qui a donné lieu à plus de 23 000 publications, dont près de 1 100 rien qu’en 2025. Depuis 2022, les chercheurs combinent régulièrement les observations de Hubble avec celles du télescope spatial James Webb pour pousser plus loin les opportunités de découverte.

Bien qu’il ait largement dépassé sa durée de vie initiale prévue, qui était de quinze ans, il est en sursis en raison de la diminution progressive de son orbite sous l’effet de l’atmosphère résiduelle et de la défaillance de certains de ses sous-systèmes comme ses gyroscopes. La NASA estime qu’il existe une probabilité supérieure à 70% que le télescope continue de fonctionner au moins jusqu’en 2035. De quoi nous offrir encore de belles images et de belles découvertes !

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