La Chine réussit son premier tir orbital depuis la mer

Mercredi 5 juin à 12h06 heure locale (06h06 heure de Paris), une fusée Long March a décollé d’une barge dans la Mer Jaune avec à bord 7 satellites. Selon la CASC, le vol a été un succès. C’est une première en Chine.

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La Long March a allumé son moteur après avoir été éjectée de la barge (crédit CASC)

 

On est en avril 1967 quand a eu lieu le tout premier tir depuis une plateforme maritime. C’était une fusée Scout B de Vought Aircraft Industries (Etats-Unis) tirée depuis la plateforme italienne San Marco au large du Kenya. En tout, 9 smallsats auront été mis en orbite depuis cette plateforme. Depuis, le dernier tir maritime datait de mai 2014, quand la société Californienne SeaLaunch tira pour la dernière fois une Zenit-3SL depuis sa plateforme mobile Odyssey dans le Pacifique près de l’Ile Christmas au Kiribati, portant le satellite de communication Eutelsat-3B.

Le gouvernement de Pékin, et sa société étatique CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) en charge de la plupart des lancements Long March, attendaient depuis longtemps ce tir et sa réussite. Depuis des années, la Chine est sous le feu des projecteurs concernant la sécurité autour de ses lancements. L’émergence de Weibo (le Twitter chinois) a largement contribué à mettre la question au grand jour : à chaque lancement, on voit désormais de nouvelles images de morceaux de Long March tomber ou tombés dans des zones habitées non-loin du pas de tir. En plus du reproche des Occidentaux, et des pays voisins dont certaines zones peuvent elles aussi voir tomber des morceaux d’étages, le débat de la sécurité des riverains grossit en interne.

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La LM 11 en vol (crédit CASC)

Pourquoi a-t-on tant de débris tombant du ciel en Chine ? Trois des quatre bases de lancements sont situées loin des côtes. Ces trois bases furent construites pendant la guerre froide. Deux d’entre elles furent construites dans les montagnes, pour limiter les dégâts en cas de bombardement américain. Encore aujourd’hui les officiels renvoient les accusations aux Etats-Unis. Le nouveau centre de lancement, le Wenchang Space Center, est censé faire la relève à terme. Au bord de l’eau, la question de la sécurité ne se pose pas. Mais suffira-t-il pour couvrir tous les lancements chinois ? Pour soulager la question, la CASC compte sur la flexibilité de la Long March 11, et sur sa capacité à être « tirée de n’importe où ».

Tirer en mer est sans risque pour les riverains, mais plus compliqué à faire car il faut la structure. La CASC a démarché une société chinoise privée, dont on ignore le nom pour « raisons contractuelles », pour le développement et l’utilisation de la plateforme maritime. Cette plateforme est juste gigantesque : 80 m x 110 m.

La taille de la barge décoiffe ! (crédit CASC/Weibo)

La Long March 11 est la seule fusée de la gamme Chang Zheng à fonctionner avec un moteur solide. Dérivée d’un missile balistique, la LM 11 est très souple et rapide en procédure de lancement. A l’aide d’une plateforme mobile, elle peut décoller de partout y compris d’une barge en pleine mer. La procédure de lancement est très rapide : moins de 24 heures de préparations d’après son constructeur, la CALT (China Academy of Launch Vehicle Technology, branche de la CASC).

La LM 11 verticale sur la barge avant le lancement (crédit CASC/Weibo)

Haute de 20.8 m, d’un diamètre de 2 mètres, la LM 11 compte quatre étages. Le lanceur est capable de mettre 700 kg de charge utile en orbite basse, 350 kg en orbite héliosynchrone. C’est un peu la fusée Vega chinoise et la CASC compte beaucoup sur elle pour atteindre des clients hors marché chinois. La fusée n’a connu aucun échec pour l’instant. Depuis son premier vol en 2015, la LM 11 a fait 7 lancements et placé 25 satellites en orbite (aujourd’hui inclus).

Arrivée de la LM 11 sur la barge (crédit CASC/Weibo)

Comme pour un tir de missile balistique, la LM 11 a d’abord été éjectée de plusieurs dizaines de mètres de son tube avant d’allumer son moteur principal. Puis la fusée est partie vers le Sud-Est, en confirmant les différentes séparations d’étages. Finalement la CASC et la télévision chinoise ont annoncé le succès.

MàJ : Un satellite d’observation chinois Jilin-1 a immortalisé le lancement depuis son orbite, sa décoiffe.

A bord du lanceur se trouvaient 7 passagers, les derniers confirmés aujourd’hui :

  • Jilin-1 Gao Fen 03A, passager principal, satellite d’observation développé par la Chang Guang Satellite Technology Co. qui viendra s’ajouter à la constellation Jilin-1 déjà présente.
  • Bufeng-1A et Bufeng-1B, deux smallsats de la CAST (China Academy of Space Technology, branche de la CASC, principal fournisseur de satellites de Chine) qui étudieront la vitesse des vents.
  • Zhongdian Wangtong 1A et 1B, deux smallsats du China Electronic Technology Group pour tester la communication inter-satellite en bande K.
  • Xiaoxiang-1 04, cubesat 6U d’observation de SpaceTY, d’une résolution spatiale de 5 m.
  • Tianqi 3, smallsat de Guodian Gaokeji (Pékin), équipé d’une caméra et d’une charge utile IoT.

MàJ : Jilin-1 Gao Fen 03A, quelques heures après le lancements avait déjà pris en photo l’aéroport de Los Angeles.

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(crédit Chang Guang Satellite Technology)
On vérifiait la charge utile dans ce bâtiment en conteneurs sur la barge avant le lancement (crédit CASC/Weibo)

Le tir de ce matin était un test important pour la LM 11. Il s’est très bien passé. La CASC prévoit plusieurs autres tirs LM 11 cette année (une dizaine selon des sources). Li Tongyu, chef de projet Long March 11 à la CALT, a indiqué que d’autres tirs LM 11 maritimes seront prévus pour vérifier la capacité de la LM 11 à mettre des satellites sur plusieurs orbites différentes (aucune date donnée).

Levage de la LM 11 à la verticale sur la barge (crédit CAS/Weibo)

La CASC espère aussi tirer des lanceurs liquides, tirer depuis la mer donne une occasion de disposer d’un pas de tir proche de l’équateur et de livrer des satellites dans des orbites à faible inclinaison. La CASC espère obtenir des accords avec des nations d’Asie du Sud-Est pour tirer aussi bas. De son côté, la CALT prévoit la construction d’un port dédié.

Le lancement a été médiatisé en Chine et sponsorisé par le fabriquant de SUV chinois Wey. Le lancement a d’ailleurs été baptisé « CZ-11 WEY ». Le fabriquant d’automobile en a profité pour faire de la pub (crédit WEY/CASC/Weibo)
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