L’actualité de la semaine du 19 juin : Falcon 9 x2, Soyouz, PSLV et Chrétien 

Voici ma sélection de l’actualité spatiale de la semaine dernière avec retard pour cause d’une fin de semaine chargée par 3 jours au Salon du Bourget (article à venir) :  coup double pour la Falcon 9, un lancement très secret pour Soyouz, la PSLV indienne confirme et pour finir un anniversaire.

Deux lancements pour Falcon 9 en 2 jours !

SpaceX vient de procéder au lancement de 2 fusées identiques à quelques jours d’intervalles. Une première depuis mars 1995 pour les sites de lancement américains, où 2 fusées avaient été lancées successivement à 2 jours d’intervalle depuis Cap Canaveral et Vandenberg : une Atlas 2AS et une Atlas-E. Ce n’est toutefois pas rare pour les lanceurs Soyouz entre Baïkonour, Plesetsk ou Kourou.

Cela a commencé le vendredi 23 juin avec le lancement du satellite BulgariaSat-1 à partir de Cap Canaveral. Le décollage a eu lieu à  19h10 UTC. Le satellite a été placé sur une orbite de transfert géostationnaire.  Il s’agit du premier satellite bulgare de télécommunications, construit par Space Systems/Loral.

BulgariaSat-1 Mission

Lancement Falcon 9 / BulgariaSat-1 le 23/06/2017 (credit SpaceX)

Puis dimanche 25 juin, une Falcon 9 a décollé de la base de Vandenberg à 20h25 UTC.

Iridium-2 Mission

Lancement Falcon 9 / Iridium 2 le 25/06/2017 (credit SpaceX)

Ce sont dix satellites de la constellation Iridium Next qui ont été placés sur une orbite 610 x 625 km x 86.7°.

Vue d’artiste d’un satellite Iridium Next en orbite (credit TAS)

A la suite de la séparation, ces 10 satellites vont rejoindre les 10 précédemment lancés en janvier [lire L’actualité de la semaine du 9 janvier : Kuaizhou-1A, SS-520-4, Falcon 9 et EVA 39]. A terme la constellation Iridium Next offrira une connectivité mondiale grâce à 66 satellites interconnectés et exploités depuis une altitude de 780 km, complétés par neuf satellites de rechange placés en orbite de parking et six satellites additionnels stockés au sol. Ce réseau mondial fournit ainsi une capacité inégalée pour des communications en mouvement (personnes, véhicules, avions, bateaux), fonctionnant sur une couverture mondiale globale intégrant les océans (source : communiqué de Thales Alenia Space, contructeur des satellites Iridium Next).

Et 2 atterrissages réussis !

Alors que les seconds étages des lanceurs Falcon 9 effectuaient leur mission principale de positionnement des satellites sur l’orbite cible, les 2 premiers étages effectuaient un atterrissage retour sur des barges en mer.

Le premier étage du lanceur de BulgariaSat-1 était constitué du « booster 1029.2 « , un étage ayant déjà volé le 14 janvier 2016 avec les 10 premiers satellites iridium-Next. Elon Musk, fondateur et PDG de SpaceX, a tweeté que ce premier étage de la Falcon 9 a enduré les plus fortes contraintes et températures comme jamais lors d’une descente de booster. Il n’est pas prévu que cet étage effectue un troisième lancement.

Atterrissage vers 25 minutes dans la vidéo du lancement : 

Pour le lancement des satellites Iridium-Next, le premier étage était équipé de nouvelles ailettes en titane, qui devraient mieux résister à la rentrée atmosphérique que les ailettes précédemment utilisées en aluminium peint et qui devaient être remplacées pour un nouveau lancement.

Iridium-2 Mission

L’atterrissage a été effectué avec succès sur la barge surnommée « Just Read The Instructions » malgré une météo peu clémente.

Atterrissage vers 22 minutes dans la vidéo du lancement : 

Après la première réutilisation en mars dernier d’un booster, ce sont désormais deux premiers étages qui ont effectué 2 vols et 2 atterrissages réussis pour la Falcon 9. De bons résultats pour le vol de la Falcon Heavy à venir d’ici la fin de l’année qui est constituée de 3 boosters dont SpaceX prévoit la réutilisation à terme.

PSLV confirme

Le lanceur PSLV indien continue d’effectuer des lancements réguliers et avec succès. Il vient d’effectuer son 40e lancement.

Ce vendredi 24 juin, la PSLV-C38 a décollé du Satish Dhawan Space Center (Sriharikota) à 3h59 UTC avec à son bord pas moins de 31 satellites.

Lancement PSLV / Cartosat-2E et 30 nanosatellites le 24/06/2017 (credtis ISRO)

Le satellite principal est le satellite CartoSat-2E, un satellite d’observation de la Terre indien, le troisième satellite de la série lancé en un an. Il était accompagné de 30 nano-satellites provenant de 15 pays différents : Autriche, Belgique, Chili, République Tchèque, Finlande, France, Allemagne, Italie, Japon, Lituanie, Lettonie, Slovaquie, Royaume Uni, Etats-Unis et Inde (détails dans la brochure).

Super vidéo embarquée montrant la séparation des étages du lanceur jusqu’à la séparation de tous les satellites :

Un lancement Soyouz très secret

Vendredi 23 juin à 18h04 UTC, une Soyouz 2-1v a décollé du Cosmodrome de Plesetsk.

Le lancement n’a été annoncé que quelques jours auparavant par le ministère de la Défense russe pour le dégagement des voies aériennes sur la trajectoire de la fusée. Aucune information sur la nature du satellite n’a été dévoilée. Seule indication : il a été placé sur une orbite presque circulaire de 660 sur 676 km avec une inclinaison de 98°. Le satellite a reçu la désignation officielle Kosmos-2519.

Toutefois certains experts pensent que le satellite serait un satellite du programme Nivelir (niveau en russe), dédié aux mesures précises de la géodésie de la Terre (forme de la croûte terrestre) et à son champ gravitationnel. Les données géodésiques sont utiles pour les études scientifiques relatives aux mouvements des plaques tectoniques et les courants océaniques par exemple, mais sont aussi utilisées dans des applications militaires. Une connaissance précise du champ gravitationnel de la Terre et de sa géodésie permet d’ajuster avec précision les trajectoires de missiles balistiques à longue portée (détails dans spaceflight101.com et russianspaceweb.com).

Il y a 35 ans, Jean-Loup Chrétien

Jean-Loup Chrétien devient le 24 juin 1982 le premier astronaute français de l’histoire spatiale.

A l’époque, on dit Spationaute, pour franciser le nom, alors qu’il est sélectionné par l’agence spatiale française, le CNES. Il décolle depuis le Cosmodrome de Baïkonour à bord du Soyouz T-6, avec Vladimir Alexandrovitch Djanibekov et Alexandre Sergeievitch Ivantchenkov pour la mission PVH (Premier Vol Habité). Ils rejoignent Valentin Vitalievitch Lebedev et Anatoli Nicolaïevitch Berezovoï déjà dans la mini-station Saliout 7 et y restent une semaine. Jean-Loup Chrétien y réalise de nombreuses expériences, essentiellement dans le domaine de la physiologie spatiale.

Mission PVH de Jean-Loup Chrétien en 1982, le premier Français dans l’espace (credit CNES)

Jean-Loup effectuera un second vol en 1988, la mission Aragatz, à bord de la station Mir, avec Alexander Volkov et Sergei Krikalev. Il réalise à cette occasion la première sortie spatiale pour un non russe ou un non américain.

En 1997, il réalise une dernière mission à bord de la Navette Spatiale Atlantis qui s’amarra à la station Mir.

Une bonne vidéo qui résume ces missions :

Allez voir la combinaison de Jean-Loup Chrétien et la vraie capsule Soyouz de sa première mission exposées au Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget :

Combinaison Soyouz Jean-Loup Chrétien

Capsule Soyouz Jean-Loup Chrétien

Capsule Soyouz Jean-Loup Chrétien

3 réflexions sur “L’actualité de la semaine du 19 juin : Falcon 9 x2, Soyouz, PSLV et Chrétien 

  1. NB : si l’on ne prend en compte que les vols orbitaux, Jean-Loup Chrétien fut le 108e « homme de l’espace » (sinon, avec les vols suborbitaux effectués à plus de 80 km / 50 miles, il fut le 115e), le 61e cosmonaute et le 10e « autre » (ni Soviétique ni Américain).

    A noter que Vladimir A. Dzhanibekov et Aleksandr S. Ivanchenkov faisaient partie, tout comme Yuriy V. Romanenko et Boris D. Andreyev – mais ce dernier n’est jamais allé dans l’espace – des cosmonautes qui faisaient partie de l’équipage de soutien (support crew) pour la mission ASTP / EPAS en juillet 1975.

    Ce fut le 3e vol de Dzhanibekov (qui en a fait 5) et le 2e d’Ivanchenkov.

    A noter aussi que Dzhanibekov a remplacé Yuriy V. Malyshev (suite à un « clash » avec J.-L. Chrétien)…
    Déjà qu’il y avait une mésentente à bord de Salyut-7 entre Berezovoy et Lebedev qui ne se supportaient plus !…

    Le second vol de Jean-Loup fut Soyuz TM-7 / Mir / Soyuz TM-6 et le 3e STS-86 (Atlantis F-20) / Mir (dans le cadre du programme SMM pour Shuttle Mir Missions). Il deviendra à l’occasion de ce dernier vol le 262e astronaute (vols orbitaux seuls, sinon ce fut le 269e) et le 33e « autre », c.a.d. non Américain.

    ***

    Par ailleurs, à noter que Peggy A. Whitson, alias « Space Ninja », vient de passer ce matin le cap des 600 jours dans l’espace (en 3 vols de longue durée). Elle en est actuellement à 600 jours 7 heures et des poussières.

  2. suite

    Pour revenir à la mission historique ASTP / EPAS de juillet 1975, les équipages étaient les suivants :

    1) ASTP (Apollo, parfois désigné Apollo 18), lancé après Soyuz :
    – « prime crew » (équipage principal) : Thomas P. Stafford – Vance D. Brand (remplaçant John L. Swigert évincé pour raison disciplinaire) – « Deke » Slayton (enfin !…) ;
    – « backup crew » (équipage de réserve) : Alan L. Bean – Ronald E. Evans – Jack R. Lousma ;
    – « support crew » (équipage de soutien) : Karol J. Bobko – Robert L. Crippen – Robert F. Overmyer – Richard H. Truly (tous 4 du groupe 7 de la NASA, ex-astronautes MOL du DoD).

    2) EPAS (Soyuz = Soyuz 19), lancé avant Apollo :
    – « prime crew » (équipage principal) : Aleksei A. Leonov – Valeriy N. Kubasov ;
    – « 1st backup crew » (1er équipage de réserve) : Anatoliy V. Filip’chenko – Nikolai N. Rukavishnikov (qui firent la mission préparatoire Soyuz 16) ;
    – « 2nd backup crew » (2e équipage de réserve) : Yuriy V. Romanenko – Aleksandr S. Ivanchenkov (également 2e équipage de réserve de Soyuz 16) ;
    – « 1st support crew » (1er équipage de soutien) : Vladimir A. Dzhanibekov – Boris D. Andreyev (1er équipage de réserve de Soyuz 16) ;
    – « 2nd support crew » (2e équipage de soutien) : Georgiy S. Shonin – Valeriy V. Illarionov – Anatoliy I. Dedkov – Nikolai N. Fefelov et Leonid I. Popov.

    3) Soyuz 19bis (préparé au cas où…)
    – « prime crew » (équipage principal) : Anatoliy V. Filip’chenko – Nikolai N. Rukavishnikov ;
    – « 1st backup crew » (1er équipage de réserve) : Yuriy V. Romanenko – Aleksandr S. Ivanchenkov ;
    – « 2nd backup crew » (2e équipage de réserve) : Vladimir A. Dzhanibekov – Boris D. Andreyev ;
    – « support crew » (équipage de soutien) : Georgiy S. Shonin – Valeriy V. Illarionov – Anatoliy I. Dedkov – Nikolai N. Fefelov et Leonid I. Popov.

    NB-1 : Boris D. Andreyev, Valeriy V. Illarionov, Anatoliy I. Dedkov et Nikolai N. Fefelov ne sont pas allés dans l’espace. Cela prouve si besoin est que les Soviétiques ont annulé plusieurs missions à cette époque.

    NB-2 : un équipage constitué de Georgiy S. Shonin et Valeriy V. Illarionov avait été constitué dès 1972 (mais pas pour cette mission vu qu’elle n’était pas prévue à l’époque). Il fut aussi question en 1973 de Shatalov et Yeliseyev, une fois de plus !… Cela aurait été leur 4e vol en commun après les Soyuz 4/5, 8 et 10.

    NB-3 : Leonov, Kubasov, Filip’chenko et Rukavishnikov furent affectés au programme EPAS suite à l’abandon du programme lunaire soviétique consécutif à plusieurs échecs de la fusée lunaire N-1 (Nositel-1).

    NB-4 : le Soyuz qui avait été préparé pour Soyuz 19bis fut modifié et réutilisé pour la mission Soyuz 22 effectuée par Valeriy F. Bykovskiy et Vladimir V. Aksyonov en septembre 1976 (équipages de réserve : Malyshev – Strekalov et Popov – Andreyev).

    NB-5 : Illarionov sera « capcom » (« operator sviazi ») pour cette mission. Il avait été annoncé par Albert Ducrocq en 1981 qu’il serait le 100e homme de l’espace mais ce sera finalement Viktor P. Savinykh lors de la mission Soyuz T-4 / Salyut 6 (Vladimir V. Koval’yonok – Viktor P. Savinykh ; « backup crew » : Vyacheslav D. Zudov – Boris D. Andreyev… encore lui ! il n’aura décidément pas eu de chance !…)

    ***

    Pour Soyuz T-6 / Salyut 7, l’équipage de réserve était constitué de Leonid D. Kizim, Vladimir A. Solov’yov et Patrick Baudry. A noter toutefois que Malyshev ne fut pas remplacé par Kizim mais par Dzhanibekov.

    Les autres candidats « spationautes » français (groupe CNES-1 de 1979-80) étaient – entre autres – Jean-Pierre Job, Gérard Juin et Françoise Varnier (présélectionnés), Jean-Jacques Dordain, Anny-Chantal Levasseur-Regourd (déjà tous deux présélectionnés pour Spacelab en 1977), Daniel Tromeur, Marc Amberg, Edwige Bonnevie, Gérard Feldzer, Guy Pignolet, Suzanne Oberlin, etc.

    Par ailleurs, comme on est à la veille du Tour de France, Jean-Loup Chrétien avait participé au Tour de France aérien des jeunes pilotes mais je ne sais plus en quelle année… Merci d’avance pour votre réponse.

  3. suite

    A noter que Jean-Loup Chrétien possède une particularité unique au monde. Il est en effet le seul, parmi tous ceux qui ont eu le privilège d’aller dans l’espace (550 à ce jour, vols orbitaux seuls), à être né en 1938. C’est peut-être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup !… Ils sont par exemple 10 à être nés en 1937 et 7 à être nés en 1939.

    Pour mémoire, la meilleure année est, pour l’instant, 1956 qui a vu la naissance de 25 futurs hommes de l’espace (dont 3 femmes).

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