60 ans de Spoutnik : témoignage

Michel est l’un de mes plus fidèles lecteurs et a vécu ce qu’on appelait à l’époque les débuts de la conquête spatiale. Je lui ai demandé de nous faire partager ses impressions du lancement il y a 60 ans du premier satellite artificiel autour de la Terre : Spoutnik

Le logo de Roscosmos pour les 60 ans du lancement de Spoutnik. Le satellite a volé 92 jours sur une orbite elliptique à une altitude de 947 km à l’apogée, à un périgée de 288 km. Il a effectué 1440 révolutions autour de la Terre.

« Lorsque Spoutnik – pas encore Spoutnik-1 – fut lancé, ce vendredi 4 octobre 1957, je venais d’avoir 9 ans. Je n’étais pas du tout étonné. Ce qui m’étonnait davantage, ainsi que mes parents, c’est qu’il n’ait pas été lancé plus tôt ou bien que le premier satellite ne soit pas américain.

Spoutnik-1 le premier satellite artificiel lancé le 4 octobre 1957. Une sphère de 58 cm de diamètre pour 83,6 kg, équipée de 4 antennes fonctionnant sur batterie (credit Roscosmos)

Nous avons vécu ce moment dans un mélange d’admiration et de crainte.

Nous étions alors en pleine « guerre froide ». A la suite de l’invasion de la Hongrie en novembre 56, nous vivions dans la peur d’une invasion soviétique et d’une éventuelle 3e guerre mondiale qui aurait été sans doute atomique.

Et il y a un lien évident entre la conquête spatiale et la guerre nucléaire. La raison d’être des fusées, c’est la guerre. Les Allemands ont développé leurs premières fusées sous la République de Weimar, voire plus tôt car le Traité de Versailles n’en parlait pas. La plupart des fusées d’après-guerre (Aerobee, Redstone, R-1 russe, Véronique, Saturn-1, -1B, – V, Ariane…) ont pour origine la V-2 allemande, ex-A-4.

Nous avions eu de l’étonnement aussi que les USA que l’on croyait les « maîtres du monde » n’aient pas réussi cet exploit les premiers. Mais, à vrai dire, ils étaient bien moins en retard qu’ils n’ont voulu nous le faire croire. C’était peut-être voulu, qui sait ? S’il n’y avait pas eu le prétendu « gap » des Américains, il n’y aurait jamais eu la déclaration du président Kennedy les engageant dans la course à la Lune.

J’étais déjà à l’époque très intéressé par tous les sujets que l’on qualifierait de nos jours de géopolitiques alors que je n’avais que 9 ans. D’ailleurs, mes camarades de classe et ceux de mon frère aîné ne s’y sont pas trompés vu qu’ils nous surnommaient à l’époque respectivement « Bébé lune » (mon frère)… et moi « Spoutnik », ce de la fin 57 à la fin 61.

Déjà en ce temps-là je notais sur des cahiers tous les lancements de satellites et autres événements liés à la conquête spatiale que je découpais dans les journaux. Et je n’ai pratiquement jamais cessé de le faire, sauf que maintenant c’est sur ordinateur.  Je n’ai toutefois pas fait du tout carrière dans ce domaine d’activités mais à l’Equipement (encore que, il y avait tout de même quelques liens, en cherchant bien, vu que l’on utilisait parfois les données satellitaires, types Landsat ou Spot) car j’étais trop nul en Maths…

En tout cas, avec le recul de l’Histoire (avec un grand H), on peut se dire que c’était une époque formidable. Tous les 4 ans, il se passait quelque chose là-haut dans le Ciel : 1957 Spoutnik, 1961 Gagarine, 1965 Leonov, 1969 Armstrong… et Aldrin que l’on aurait bien tort d’oublier, 1973 Skylab, 1977 Enterprise, 1981 Columbia… Et depuis, plus rien ou presque. »

Pour compléter quelques vidéos sur cet anniversaire (en anglais) et celle de Roscosmos (en russe):

Un article de Roscosmos en russe : Semaine de l’espace. 60 ans de l’ère cosmique de l’Humanité

2 réflexions sur “60 ans de Spoutnik : témoignage

  1. A noter que M. S. (Mikhail Sergeyevich) Ryazanskiy (5 avril 1909 – 7 août 1987) dont il est question dans cet article n’est autre que le grand-père (paternel) de Sergey Nikolayevich Ryazanskiy qui tourne actuellement au-dessus de nous avec ses cinq compagnons de voyage (sputniki)…

  2. suite

    Une chanson ou plutôt une musique d’actualité (bien que datant de 1962), ce serait bien sûr « The Spotnicks Theme » des Spotnicks, groupe suédois qui connut son heure de gloire dans les années 1961-65.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *