MDRS 185 : Noël sur Mars (2e partie)

Thibault et Arno, 2 étudiants français de l’école Polytechnique de Paris-Saclay vivent deux semaines d’isolement dans la station de simulation martienne MDRS (Mars Desert Research Station) de la Mars Society. Ils y testent notamment une combinaison martienne qu’ils ont développée dans leur école, la X-1 [A lire la partie 1].

Voici la seconde partie de leur aventure :

Sol 5, retour du soleil

La dernière fois que je vous ai écrit, c’était jour de neige et je m’apprêtais à tenter une tarte aux pommes avec des aliments déshydratés. Pour qui est de la tarte, ça a plutôt bien marché. Pour ce qui est de la météo, ça a également plutôt bien marché car comme dit le dicton : « après la pluie, le beau temps ! »
Pour notre Sol 5, en effet, le désert a très vite su troqué son manteau de neige au profit d’une belle robe rouge. Il faut croire que cette teinte blanchâtre ne lui plaisait pas… Du coup, c’est sous un ciel bleu et un soleil éclatant que nous avons fait la deuxième série de tests de X-1, avec Arno et David.

la combinaison martienne X-1 en tests à MDRS (photo via Thibault)

Au menu, comme vous pourrez le voir sur les très jolies photos qu’Arno arrive à prendre malgré ses gros gants, des prélèvements en tous genres : roches, cailloux, sédiments, boues… à la main, à la pelle, au marteau, à la pince… debout, penché, un genou à terre… La combi se comportait bien, même un peu mieux qu’espéré, ce qui était une bonne chose. Nous nous sommes également aperçus qu’elle rentrait tout pile sur le siège passager d’un rover électrique biplace, ce qui laissait espérer des explorations motorisées (et donc éloignées de la base) pour la suite de la mission.
L’après-midi, nous avons fait un recyclage de premiers secours avec John : massage cardiaque et défibrillateur sur Phil, sympathique mannequin d’entraînement à qui nous avons cassé des côtes bien comme il faut. En fin de journée, j’ai profité d’une heure de temps libre pour fouiller le Hab à la recherche de quoi fabriquer un semblant de sapin de Noël (Mars ou pas Mars, il y a des priorités).

L’équpage de MDRS 185 et le mannequin pour les entraînements médicaux (photo via Thibault)

Enfin, en ce 22 décembre de l’an de grâce 2017, nous avons célébré l’anniversaire de notre dernière douche, qui remontait déjà à une semaine… ce qui ne nous empêchait pas d’être restés frais comme un magasin de parfum. Dans la pratique, nous avons environ 30 gallons d’eau à disposition par jour, soit 6 gallons (environ 20L) par personne. Cette consommation inclus l’eau de boisson, celle pour la vaisselle, celle pour les toilettes, celle pour l’hygiène de base (brossage des dents, lavage des mains…) et celle pour arroser les (très nombreuses) plantes de la serre. Entre les tomates, les haricots et autres concombres, on parle de plus 150 pieds ! Bref, malgré la présence d’une douche dans le Hab, impossible de l’utiliser. Nos réserves d’eau sont trop limitées… Du coup, nous faisons comme les astronautes de l’ISS : nous nous lavons avec des lingettes pour bébé. Pas le plus écologique mais d’une remarquable efficacité ! Nous en avons amenées suffisamment pour ouvrir une crèche donc nous sommes tranquilles de ce côté-là.
A la fin de ce cinquième Sol, tout allait donc bien, très bien, terriblement bien. Beaucoup trop bien en fait. Voici trois jours que X-1 enchaînait les succès et que le générateur se faisait doux comme un agneau. Mais ce cher vieux Murphy s’est rappelé que nous étions toujours dans le désert et il est venu mettre le bazar dans nos plans de bataille…

Sol 6, les défaillances

Ça a commencé au matin du Sol 6. Je jouais aux échecs avec David quand le générateur nous a lâchés, sans raison apparente. En fait, il venait de vider intégralement la batterie toute neuve que nous lui avions installée à peine trois jours plus tôt. Redémarrage avec une batterie de voiture, calage, re-redémarrage et recalage. Impossible de le faire tourner plus de 40 minutes d’affilée faute de courant en entrée, comme lorsque nous étions arrivés . Nous avions bon espoir que l’ancienne batterie soit simplement morte de vieillesse mais la véritable cause de nos problèmes était désormais entendue : pour une raison inconnue le système électrique ne rechargeait plus la batterie. Nous avons donc débranché tout ce que nous pouvions. Sauf solution miracle, nous ne pourrions plus compter que sur nos panneaux solaires pour les derniers jours de la mission.
Du côté de X-1, c’est le matin que les choses se sont gâtées. On ne le voit pas de l’extérieur mais pour la porter, il y a dedans un harnais, un peu comme sur un sac à dos de randonnée. Ce harnais est amovible pour pouvoir accéder à l’arrière de la combinaison, qui contient toute l’électronique, et il est retenu par quatre targettes solides. Enfin en théorie, car ce matin-là, l’une d’entre elles a sauté pendant une marche sur des pentes rocailleuses, conduisant à un retour anticipé au Hab…

La combinaison martienne X-1 en tests à MDRS (photo via Thibault)

Malgré les difficultés, l’optimisme était toujours au rendez-vous. Jusqu’à maintenant, nous avions toujours réussi à aller de l’avant, quels que soient les problèmes que nous rencontrions et il n’y avait pas de raison que cela change.
Et quoi de mieux qu’un miracle de Noël pour relancer vos affaires ? C’est au Sol 7 que la solution est finalement arrivée, sous la forme d’un vieux chargeur pour batteries de voiture (un peu victime des outrages du temps) que nous a amené Shannon, la responsable de la base MDRS. Nous avions cette idée depuis plusieurs jours : redonner en entrée du générateur une partie de l’énergie produite, ce qui vu les courants électrique en jeu nécessitait un redresseur adapté. Et nous l’avions désormais ! Depuis, le générateur fonctionne parfaitement. Un vrai cadeau de Noël !

Noël sur Mars, ou presque

Ceci tombait bien puisque notre Sol 8 correspondait précisément au 25 décembre terrestre. Mais avant de vous raconter comment nous l’avons célébré, il me faut faire une petite disgression, si vous le voulez bien.
Etre en simulation martienne, c’est avant tout un état d’esprit. Le Hab n’est pas totalement hermétique, nous sommes parfois brièvement à l’air libre (par exemple en allant du Hab à la serre) et nos combis ne sont pas étanches. Dès lors, nous agitons-nous en vain ? Non, car ce qui compte plus que tout en simulation, c’est de rentrer dans son personnage, comme dans un jeu de rôle. Et le résultat est là : on est très vite dedans, d’autant plus que nous n’avons pas accès aux réseaux sociaux et presque pas d’Internet. On commence ainsi à se demander si tel scénario de sortie sera approuvé par le contrôle de mission et on apprend à gérer la vie à 5 dans le Hab. Sur ce point, justement, nous ne nous connaissions pour la plupart pas autrement que par Skype avant le début de la mission. S’enfermer avec des amis, c’est parfois difficile alors avec des étrangers et sans possibilité de prendre l’air, ça l’est encore plus. Je ne vais pas vous mentir : il y a eu parfois de petites tensions depuis notre arrivée. Mais grâce à des exercices réguliers de team-building et par la motivation de chacun, nous avons toujours réussi à les dépasser et c’est sans doute là la partie la plus intéressante (et la plus belle) de toute l’expérience.
Tout ça pour dire qu’en ce Sol 8, nous avons mis la simulation en parenthèses pour quelques heures, ce qui n’était pas contradictoire puisque c’était un acte conscient. Pas de sortie en dehors du Hab ni d’expériences (ce qui ne nous a pas empêchés de faire quand même quelques études de sciences sociales). Nous nous sommes levés à 8h (folie !) et nous avons passé la matinée à préparer le Hab pour un grand repas de Noël avec Shannon (la gérante de MDRS) et sa fille Aurora. David a brillament géré la cuisson d’une pièce de boeuf de 6kg, qui a ensuite été rejointe par des patates douces mexicaines, des pommes au four et des petits cakes au fromage. Pour le dessert, Arno et moi-même avons sorti les chocolats, pâtes de fruits, bonbons et autres biscuits que nous avions amenés de France pour l’occasion.
Le soir, après le départ de nos invitées, nous sommes repassés de suite en mode simulation et nous avons fait le travail administratif du jour (nous devons faire un certain nombre de rapports quotidiens). Puis, vu ce que nous avions dévoré le midi, nous avons sauté le dîner au profit d’un film.

Vue depuis le Hab pour MDRS 185 (photo Thibault)

Sol 9, les problèmes continuent

Ce qui m’amène au Sol 9, qui sera le dernier de ce post. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne s’est pas vraiment déroulé comme prévu… Ce devait être la dernière sortie d’essais de X-1, à quelques sols de la fin de la mission. Après les précédents tests de mobilité et de ramassage d’échantillons, il ne nous restait plus qu’à valider le GPS et la commande de drone de la combi et nous avions fini notre programme d’essais à MDRS. Sauf que ça a échoué. Doublement : nous n’avons pas réussi à avoir un fix GPS et la commande de drone a cessé de fonctionner quelques secondes après le décollage… Du coup, faute d’activité, nous avons été contraints de revenir au Hab après seulement 20 minutes dehors. Que s’est-il passé ? Pour le GPS, c’est encore incertain mais nous travaillons dessus. Pour la commande de drone, c’était un soucis avec la batterie, que nous avons a priori réglé. Pas question d’abandonner pour autant. Nous retournerons bientôt sur le terrain pour les essayer, avec succès cette fois-ci !

Arno et Thibault dans la combinaison X-1 lors de MDRS 185 (photo via Thibault)

En attendant, nous avons de quoi nous occuper. Entre les repas, le ménage, les systèmes d’énergie et l’entretien du Hab, il y a de quoi faire, sans oublier nos études de sciences sociales et de dynamique de groupe que nous continuons à mener. Etre (presque) sur Mars, au milieu de l’immensité du désert et de ses paysages magnifiques, c’est une aventure humaine et scientifique unique et nous comptons bien en profiter jusqu’à la dernière minute.
A bientôt pour le récit des derniers sols de la mission,
Thibault
A noter : Un article complet sur la combinaison martienne X-1 dans le numéro 43 à paraître du magazine Espace et Exploration

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