Les ambitions de l’Agence Spatiale Européenne

Le 18 janvier, la conférence annuelle de début d’année du Directeur de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), Josef Aschbacher, a été l’occasion de présenter les ambitions de l’organisation.

Avec une augmentation de 10% de son budget, elle ne rivalise évidemment pas avec la NASA (budget ESA ~1/3 de celui de la NASA, voir aussi plus bas), mais malgré cela, les ambitions de l’agence sont importantes, notamment dans les domaines de l’observation de la Terre, du transport spatial, de l’exploration spatiale humaine et robotique. Cette dernière partie ayant fait l’objet de plus de la moitié de la présentation.

Voici ma synthèse des points évoqués lors de cette conférence de presse.

3 accélérateurs et 2 moteurs d’inspiration

Le directeur général de l’ESA a mis en avant 3 accélérateurs de l’utilisation du spatial en Europe et 2 sujets d’inspiration.

1) Mettre le spatial au service du développement durable

L’observation de la Terre reste l’un des plus grands piliers de l’ESA avec un quart du budget annuel.

Il faut reconnaître que les satellites Sentinel sont un succès incontestable du programme européen Copernicus auquel l’ESA participe pour le segment spatial.

750 Millions d’euros doivent être trouvés pour renforcer le programme.

L’un des objectifs est de supporter les objectifs de neutralité carbone de l’Europe en 2050.

Josef Aschbacher a également évoqué le problème actuel sur le Sentinel-1B, qui connaît une défaillance de son système d’alimentation électrique et n’est plus en mesure de livrer des données scientifiques depuis le 23 décembre. Sentinel-1C pourrait être lancé plus tôt que prévu si la situation n’est pas rétablie.

2) Répondre rapidement et avec résilience aux crises

L’ESA veut contribuer à une réponse rapide et résiliente aux crises telles que les incendies de forêts et les inondations, en intégrant de plus en plus d’intelligence artificielle dans les images issues de l’observation de la Terre par satellites, en coopération avec les HAPS [plates-formes à haute altitude] et les observations in-situ.

L’Europe doit également se doter d’un réseau de communications sécurisé autonome.

3) Protéger les atouts européens spatiaux

Il faut des moyens de protection des satellites et des astronautes vis-à-vis des débris et des risques de radiation : surveillance des débris spatiaux, ravitaillement en orbite et désorbitation, surveillance de la météo spatiale.

4) Icy moon sample return mission

Pour répondre à la question s’il y a de la « vie » ailleurs, l’ESA projette d’envoyer un satellite sur une lune glacée (par exemple Encelade, lune de Saturne) avec un lander et un système de perçage de la couche de glace, d’y prélever un échantillon et de le ramener sur Terre pour analyse dans l’espoir d’y trouver des traces de vie primitives.

5) Exploration robotique et humaine

La participation de la NASA à l’ISS a été étendue jusqu’à 2030. La contribution de l’ESA jusqu’à cette échéance sera proposée à la conférence ministérielle de la fin 2022. De nombreux projets sont à l’étude pour la participation de l’ESA à l’ère post ISS.

L’ESA coopère aux missions Artemis avec la NASA et envisage de participer au retour sur la Lune avec la Lunar Gateway mais aussi avec des missions robotiques sur le sol lunaire et pourquoi pas aussi des astronautes européens.

L’ESA participe à la mission Mars Sample Return de retour d’échantillons du sol.

Les projets d’exploration spatiale de l’ESA en cours et à venir (crédit ESA)

Josef Aschbacher a longuement parlé de la place de l’Europe dans l’exploration spatiale habitée avec une comparaison aux autres agences et nations spatiales.

L’Europe n’est pas présente dans les missions habitées à la fois pour la fourniture de cargos ou de vaisseaux, ni pour des lanceurs compatibles des missions habitées.

Comparaison des participations américaines, russes et chinoises aux grands projets d’exploration spatiales (crédit ESA)
Les lanceurs pour les missions habitées des autres agences ou nations spatiales existants ou en développement. L’Europe est absente (crédit ESA)

Pour le directeur général de l’ESA, il s’agit essentiellement de décisions politiques, notamment vis-à-vis de l’engagement financier, qui pourra générer des retours scientifiques et technologiques pour l’Europe. L’ESA va proposer un certain nombre de propositions à la conférence ministérielle de l’ESA en novembre 2022.

Comparaison des budgets NASA et ESA pour l’exploration spatiale (crédit ESA)

L’ESA en 2022

Josef Aschbacher a évoqué plusieurs points majeurs de l’année à venir :

  • 4 nouveaux satellites de navigation Galileo seront lancés en mars/avril et septembre/novembre sur Soyouz depuis Kourou. Trois lancements sont prévus entre 2023 et 2025 sur Ariane 6 afin de terminer la constellation de première génération.
  • La publication du 3e catalogue de données de Gaia, le DR3.
  • Le vol inaugural de Vega C en mai.
  • Ariane 6 : tests combinés au 2e trimestre. Josef Aschbacher n’a pas confirmé la date du lancement inaugural pour 2022.
  • Lancement du premier des satellites Meteosat 3e génération MTG qui devrait être lancé au 4e trimestre 2022.
  • ISS : Matthias Maurer, actuellement dans la Station, sera rejoint par Samantha Cristoforetti courant avril si tout va bien. Cela permettra d’avoir près d’un an et demi de présence quasi continue dans l’espace d’astronautes européens.
  • La fierté de participer à la mission Artémis 1avec le premier vaisseau Orion auquel contribue l’ESA par la fourniture du module de service ESM. 3 autres modules sont en cours de construction. D’autres modules sont en cours de négociation pour participer au programme de Lunar Gateway.
  • Lancement de la mission Exomars en septembre [je reviendrai bientôt sur les dernières étapes de préparations]

La conférence de presse de Josef Aschbacher, directeur de l’ESA (en anglais) :

L’ensemble de la présentation (en anglais)

Image de couverture issue de la présentation : chapitre inspiration avec les vols habités

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