#Gravity : astronautes, débris spatiaux et fiction

Attention, ne lisez pas plus loin si vous n’avez pas encore vu le film !

Ça y est , j’ai enfin été voir ce film dont tout le monde parle, et surtout les passionnés d’espace, mais aussi les astronautes. Nous y sommes allé en famille et au moins, cela m’a permit d’avoir la réaction à chaud de non passionnés comme mon mari et mon fils. Voila notre avis :

« Gravity », c’est un scénario plutôt basique : des astronautes se retrouvent confrontés aux dangers de l’espace lors d’une sortie extra-véhiculaire pendant laquelle leur navette est détruite par des débris spatiaux. La seule question du film : vont-ils s’en sortir ?

Seulement 2 acteurs dans ce film : Georges Clooney et Sandra Bullock. Mais en fait, c’est Sandra Bullock qui tient le film à elle toute seule. Georges Clooney est un astronaute expérimenté qui fait sa dernière sortie (il se « ballade » d’ailleurs au début du film) et qui ne rêve que de battre le record de temps passé en sortie extra-véhiculaire. On ne le voit finalement pas longtemps…Sandra Bullock est le Dr Ryan Stone, une femme médecin qui a peu d’expérience et, fait peu crédible, ne se serait entraîné que 6 mois pour cette mission… Mais Sandra Bullock réalise une très belle performance d’actrice.

Gravity poster

Evidemment, « Gravity » est avant tout d’une fiction, donc nous y retrouvons des raccourcis techniques et des invraisemblances.

L’une des plus grandes invraisemblances pour moi, c’est le fait qu’ils sont au départ 3 astronautes en sortie extra-véhiculaire. Dans la réalité, ils sont toujours 2 et uniquement 2 (même du temps des Navettes spatiales).

EVA

2 astronautes en sortie extra-véhiculaires sur l’ISS

Autre incohérence technique : le Dr Ryan ne porte pas de combinaison sous son scaphandre [cette combinaison comporte un système de tuyaux remplis d’un liquide de refroidissement/réchauffage nécessaire pour faire face aux variations de températures dans l’espace], et lorsque elle enfile le scaphandre russe dans le vaisseau Soyouz, celui-ci est parfaitement ajusté !

l'astronaute Furukawa avec sa combinaison, rentrant dans la tenue Orlan de sortie dans l'espace (source JAXA)

l’astronaute Furukawa avec sa combinaison, rentrant dans la tenue Orlan de sortie dans l’espace (source JAXA)

les composants d'une tenue spatiale américaine

les composants d’une tenue spatiale américaine

De même, les orbites de la Navette à l’époque, de l’ISS et de la station chinoise Tiangong1 ne sont pas dans le même plan. Donc, il y aurait peu de chance de passer de l’une à l’autre. (Navette orbite à 322 km / ISS orbite entre 330 et 420 km, inclinaison 51,63° / Tiangong orbite entre 330 et 370 km, inclinaison 42°)

Par contre, l’idée initiale d’une catastrophe survenant suite à la rencontre de débris spatiaux est tout à fait plausible.  La Terre est entourée de plus de 12 500 gros objets en orbite (vieux satellites hors d’usage, des étages de lanceurs ayant terminé leur mission, ou de gros résidus d’explosion ou de collisions), environ 300 000 le nombre de débris de plus d’1 cm, et à 35 millions ceux de plus d’1 mm ! [chiffres CNES]. Régulièrement la Station Internationale fait des manœuvres d’évitement pour ne pas se retrouver dans une situation de collision. Lorsque la Navette spatiale venait s’amarrer à l’ISS, les astronautes s’en servait de bouclier lors des sorties extra-véhiculaires, la navette se trouvant toujours entre eux et l’arrivée de potentiels débris en orbite autour de la Terre.

Débris spatiaux autour de la Terre (source ESOC)

Débris spatiaux autour de la Terre (source ESOC)

un trou dans un panneau solaire de l'ISS fait à cause d'un débris spatial (source NASA 2013)

un trou dans un panneau solaire de l’ISS provenant d’un débris spatial (source NASA 2013)

La grande réussite du film, c’est l’immersion sensorielle dans l’Espace et la Vue de la Terre depuis l’Espace. Les images de la Terre vue de l’orbite basse sont magnifiques et on s’y croirait. Mis à part les quelques paroles des astronautes et de leur liaison avec la Terre, et la musique de fond pour accroître l’effet dramatique, le réalisateur n’a pas rajouté d’effets sonores tels que les explosions que l’on rencontre à tort dans d’autres films spatiaux.

earth from space 1

Ma conclusion : « Gravity » est un film à voir pour la beauté des images et le bon rendu de la sortie extra-véhiculaire. Il pose bien le problème actuel du traitement des débris spatiaux. Par contre, ce n’est pas le meilleur film spatial pour moi. Mais ça, c’est une affaire de goûts.

Et si vous voulez voir un beau film réaliste du travail des astronautes dans l’espace, allez voir « Hubble 3D » à la Cité de l’Espace de Toulouse.

D’autres avis sur « Gravity » par des passionnés de l’Espace ou par des astronautes :

Pour compléter sur le risque des débris spatiaux :

Des images de la Terre vue de l’Espace, sur mon tableau Pinterest dédié

3 réflexions sur “#Gravity : astronautes, débris spatiaux et fiction

  1. Superbe article qui parle de Gravity différemment, sous un œil scientifique. Tes informations sont très intéressantes et je suis d’accord : nous sommes loin d’être devant un chef d’œuvre. Ma critique l’explique bien http://bit.ly/17BMjMQ : les procédés tire-larmes et le background too much des personnages m’a beaucoup rebuté. L’émotion n’a pas existé chez moi. Mais l’expérience est forte ! Belle critique.

    • Je ne partage pas totalement ta critique mais je te rejoins sur le fait que ce n’est pas le film de l’année. Le côté larmoyant « Stone a perdu sa fille » m’a un peu irrité. Le scénario un peu trop facile, et c’est également le cas chez Cameron je trouve. Mais Gravity reste un bon film avec de belles images, qui j’espère fera aimer un peu plus le spatial aux personnes qui le décrie facilement.

  2. Lire : Nous y sommes allés… ; cela m’a permis…
    Lire : « Gravity » est avant tout une fiction.
    Lire : 2 astronautes en EVA (sortie extra-véhiculaire) sur l’ISS.
    Lire : … les astronautes s’en servaient…
    Lire : … aux personnes qui le décrient…

    ***

    Dans le même genre de films, il y a plein d’erreurs ou d’invraisemblances dans « Apollo 13″, ‘L’Etoffe des Héros » et bien d’autres. Finalement, il n’y en a aucun de vraiment bon.

    Pourquoi ne pas simplement présenter la réalité telle quelle qui, comme on le sait, dépasse (souvent) la fiction ? Mais, évidemment, ce ne serait pas très glamour…

    Ah ! Bien sûr, si Sandra Bullock avait la bonne idée de vouloir devenir « spaceflight participant », …

    ***

    Pour ce qui est des débris spatiaux, cf. le LDEF (Long Duration Exposure Facility) entre autres… Cela fait donc déjà bien longtemps que l’on se préoccupe de ce problème.

    Il est question de satellites nettoyeurs… Le seul petit problème, c’est que chaque pays devrait nettoyer l’espace de ses propres satellites mais pas de ceux des autres, ceci afin de ne pas être soupçonné de je ne sais quelle pensée malveillante ou mal intentionnée… Déjà qu’il y a des satellites tueurs !…

    Rappelons que « la navette » était conçue afin de pouvoir ramener sur Terre (autrement dit aux USA) des satellites soviétiques qui auraient été, comme par hasard, « récupérés » par des astronautes militaires.

    Idem pour son équivalent « Buran » de l’autre côté du Rideau de Fer (qui s’étendait, comme chacun sait, « de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique »).

    Il paraît que c’était une autre époque mais je n’en suis pas si sûr… D’ailleurs, je n’y ai jamais cru.

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