Fuite d’air à bord de l’ISS : les astronautes brièvement mis en sécurité le temps des investigations
Vendredi 5 juin, une nouvelle tentative pour enrayer les fuites d’air connues depuis plusieurs années à bord de la Station Spatiale Internationale a conduit à la mise en sécurité d’astronautes à bord.
Depuis 2019, le segment russe de l’ISS connaît des soucis de fuites d’air [l’un de mes derniers articles]. Ces fuites ont été observées dans la Chambre Intermédiaire (PrK), un tunnel de transfert qui relie le module Zvezda à l’extrémité de la station spatiale à un port où s’amarrent les cargos russes Progress. Ces fuites ont été gérées jusqu’à présent en appliquant des produits d’étanchéité et en gardant le tunnel fermé, sauf lorsque des marchandises entrent ou sortent d’un cargo Progress. La NASA avait institué une procédure selon laquelle chaque fois que le tunnel PrK était ouvert, la trappe arrière “Node 1” entre les segments russe et américain était fermée avec des membres d’équipage de leurs côtés respectifs.
La semaine du 1er juin, lors des opérations de fret du cargo Progress MS-34, arrivée à l’ISS le 28 avril, Roscosmos a noté une augmentation du taux de fuite précédent à 0,14 bar par jour et a identifié de nouvelles zones de fuite suspectées dans le PrK. Suite à cette observation, Roscosmos a pris la décision de commencer ce vendredi 5 juin des travaux d’inspection et de réparation structurelle plus approfondis.
À 13h03 UTC, le centre de contrôle de la mission de la NASA à Houston a appelé les astronautes de l’équipage Crew-12 et Christopher Williams de l’équipage Soyouz MS-28 à se mettre à l’abri dans le vaisseau Crew Dragon. Sergey Kud-Sverchkov et Sergei Mikaev sont quant à eux restés pour les réparations côté russe. La situation d’Andrey Fedyaev est plus confuse (« réfugié » dans Crew Dragon, son véhicule d’arrivée ou resté dans le segment russe ?).
Cette réparation impliquait de couper un support pour mieux accéder à une zone identifiée comme une source possible de fuite pour une inspection plus approfondie, en utilisant une méthode qui aurait pu entraîner un risque élevé pour la structure de la zone, selon le communiqué de la NASA.
Roscosmos a posté sur Telegram que, plus tôt dans la journée, alors qu’ils faisaient pression sur le tunnel PrK “des spécialistes de la principale équipe de contrôle des opérations du segment russe de l’ISS ont détecté une fuite” et les cosmonautes “ont identifié deux sites potentiels de fuite d’air.” L’un a été scellé avec du Germetall-1, une pâte spéciale utilisée pour des réparations précédentes, et des préparatifs étaient en cours pour sceller l’autre.
Roscosmos n’a finalement pas effectué les travaux de réparation structurelle mais uniquement l’inspection des zones d’intérêt suspectes et l’examen des zones où le produit d’étanchéité avait été précédemment appliqué.
La vie normale de l’ISS a pu reprendre son cours au bout de 2 heures de mise en sécurité des astronautes dans Crew Dragon, une mesure très conservatrice appliquée par la NASA.
Comme le rappelle Nicolas Pillet, spécialiste du spatial russe, la Chambre Intermédiaire (PrK) est soumise à des chocs plus ou moins importants selon la manœuvre d’amarrage à chaque arrivée de cargos Progress. À ce jour, il y a eu 66 amarrages à l’ISS sur ce port, plus qu’aucun autre sur aucun engin spatial dans l’histoire, et ce, depuis 26 ans. Avec le temps, des micro-fissures sont apparues dans la structure. Après quelques réparations, les fuites n’ont pas complètement disparu mais fortement ralenti, au niveau de quelques dixièmes de mmHg par minute.
La pression est habituellement maintenue dans l’ISS à environ 730-750 mmHg. Le seuil critique est de 724 mmHg. Quand il est atteint, il suffit de faire un appoint avec les réserves d’air de l’un des deux cargos Progress amarrés généralement à la Station.
En cas de fuite trop importante, on pourrait appliquer la mesure conservatrice appliquée à ce jour, mais de façon permanente : fermer le tunnel PrK et empêcher l’amarrage de cargo Progress au port arrière de Zvezda. Cela pourrait ralentir le ravitaillement en fret de la station mais cela ne paraît pas insurmontable avec les autres ports d’amarrage disponibles sur les segments russe et américain.
Les investigations et d’éventuelles réparations doivent se poursuivre toutefois pour éviter d’en arriver là.
Photo de couverture : le cargo Progress MS-14 amarré au module Zvezda à l’ISS en 2020 (crédit NASA)

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