Ariane 5 redécolle avec succès et des améliorations

Six mois qu’une Ariane 5 n’avait pas décollé de Guyane Française. C’est chose faite ce dimanche 16 août à 00h04 heure de Paris (ou 21h04 UTC le 15 août) pour la 109e mission d’Ariane 5.

Décollage le 15/08/20 de Ariane 5 VA253 (crédit ESA/CNES/Arianespace)

Un planning impacté par le Covid-19

Le dernier lancement d’Ariane 5 en date était le 18 février. A cause du Covid-19, les campagnes de lancement au Centre Spatial Guyanais à Kourou ont été interrompues. Au moment de la reprise des activités au CSG, la priorité avait été donnée au lanceur Vega. Malheureusement cette dernière, prévue initialement le 23 mars et qui avait vu également son décollage reporté au 18 juin pour cause de Covid, a subi 3 reports de tir pour cause de vents violents en haute altitude. Finalement Arianespace décida de repasser Ariane 5 en priorité. Vega est désormais programmé au 1er septembre.

Des reports successifs aussi

Après un premier report de tir d’Ariane 5 le 28 juillet pour effectuer des vérifications supplémentaires sous la coiffe, le 31 juillet un nouvel ajournement, moins de 2 minutes avant le décollage, a été causé par un problème de capteur sur un réservoir d’hydrogène liquide. Cette anomalie a a entraîné le retour du lanceur au Bâtiment d’Assemblage Final pour changement du capteur.

Le 14 août des vents défavorables en altitude avaient entraîné le décalage du lancement au 15 août.

En début de fenêtre de lancement le 15 août, le rouge météo a fait craindre un nouveau report de lancement pour Ariane 5.

Capture d’écran du live Arianespace montrant le rouge météo

Finalement, Ariane 5 a réussi à décoller et à placer ses 3 passagers en orbite de transfert géostationnaire moins d’une heure après le décollage.

3 satelites à bord

Ariane 5 VA 253, pour le 253e lancement d’un lanceur de la famille Ariane, transportait 3 satellites américains sous la coiffe (crédit photos suivantes ESA/CNES/Arianespace)

  • Galaxy-30 d’Intelsat, fabriqué par Northrop Grumman, qui fournira des services de diffusion vidéo et télévisuelle aux États-Unis. Le satellite héberge également une charge utile d’augmentation de la navigation pour la Federal Aviation Administration afin de prendre en charge le transport aérien civil.
  • BSat 4b, fabriqué par Maxar fournira à l’opérateur japonais B-SAT des services de diffusion directe en 4K et 8K ultra HD sur le Japon et les régions voisines
  • Et le remorqueur spatial MEV-2, fabriqué par Northrop Grumman. Ce 2e satellite particulier de Space Logistics LLC, va s’arrimer d’ici 5 à 6 mois au satellite de communication Intelsat 10-02 en orbite géostationnaire pour prolonger sa vie commerciale de 5 ans (il a été lancé en 2004), comme l’a fait MEV-1 en début d’année [lire MEV-1 ou le début de la maintenance des satellites en orbite ?]

Plus de détails dans le kit de lancement Arianespace

Des améliorations pour Ariane 5

Ce n’est pas parce qu’Ariane 5 sera remplacé à terme par Ariane 6 que ce lanceur n’évolue plus.

Plus de performance grâce à des économies de masse

La performance demandée pour ce lancement était d’environ 10 468 kg. Les satellites totalisaient 9703 kg (3298 kg pour Galaxy-30, 3 530 kg pour Bsat-4B et 2 875 kg pour MEV-2), les adaptateurs des satellites et le Sylda (SYstème de Lancement Double Ariane), constituant le reste de la masse.

Cette performance de plus de 10 tonnes a été réalisée grâce à un nouvel allègement au niveau de la case à équipements d’Ariane 5, le « cerveau » du lanceur contrôlant l’avionique, le système de guidage et d’autres composants clés qui s’interface avec l’étage supérieur. En effet, cette partie du lanceur a été allégée de 85 kg sur son cône central grâce à l’utilisation de nouveaux matériaux et à la suppression des interfaces métalliques. 

Lors du redesign du cône, la membrane qui sépare le VEB et l’étage supérieur a également été allégée de quelques kilogrammes grâce à des technologies de fabrication innovantes. Cette membrane continuera d’être utilisée sur tous les vols d’Ariane 5 et sera également intégrée dans la prochaine Ariane 6.

Éclaté de l’Ariane 5 (crédit CNES)

Un nouveau système de sécurité

Une nouvelle technologie était embarquée sur le vol VA 253 : KASSAV, pour Kit Autonome de Sécurité pour la SAuvegarde en Vol. Développé par le CNES en partenariat avec ArianeGroup, il permet d’améliorer la précision de localisation du lanceur, et dans une prochaine version d’embarquer à bord du lanceur la décision de neutralisation en cas d’anomalie majeure lors du vol. Kassav utilise une télémétrie dédiée pour envoyer des informations en temps réel sur la position et la vitesse d’Ariane à l’équipe de sécurité des vols du port spatial européen.

KASSAV permettra ainsi de réduire les coûts de la base de lancement en réduisant le nombre de radars et la durée entre deux lancements, tout en améliorant la sécurité. Conçu par Zodiac Data Systems, KASSAV utilise une technologie innovante qui hybride des données de localisation d’une centrale inertielle avec un récepteur utilisant les données de navigation de la constellation européenne Galileo, plus précise que le système américain GPS [source].

Kassav sera désormais utilisé sur tous les vols Ariane 5 et Ariane 6.

Décollage le 15/08/20 de Ariane 5 VA253 vu depuis la plage de Kourou (crédit ESA/CNES/Arianespace)

Une modification de la coiffe en vue du lancement du James Web Telescope

Fabriqué par RUAG Space Switzerland sur Ariane 5, la coiffe protège les charges utiles des contraintes acoustiques, thermiques et aérodynamiques lors de la montée atmosphérique. 

Une modification de la coiffe a été réalisée dans le cadre de la préparation du lancement du télescope spatial James Webb (JWST) prévu pour octobre 2021. 

Des évents modifiés devraient minimiser la dépressurisation rencontrée lors de la séparation des 2 demi-coiffes. Le nouveau matériel garantit que les orifices de ventilation autour de la base de la protection restent complètement ouverts dans l’ascension, permettant à la pression de s’égaliser dans la coiffe avant l’ouverture et son éjection du lanceur. Ces changements atténuent les inquiétudes selon lesquelles la pression d’air résiduelle dans les plis des membranes du pare-soleil du JWST pourrait entraîner des contraintes élevées au moment de la séparation de la coiffe, ce qui pourrait endommager les composants sensibles.

L’emport du matériel modifié sur VA 253 permettra d’analyser la pression dans la coiffe et de vérifier qu’il répond aux exigences du vol du JWST.

Vue d'artiste du télescope spatial James Webb sur un lanceur Ariane 5
Représentation du largage de la coiffe d’Ariane 5 sur le lancement du JWST (crédit ESA – D. Ducros)

Avec le lancement de samedi, il reste huit autres fusées Ariane 5 à lancer avant la transition vers le nouveau lanceur Ariane 6, selon Daniel Neuenschwander, directeur du transport spatial à l’Agence spatiale européenne.

Source principale de l’article : Ariane 5’s third launch of 2020

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2 Comments

  1. A noter que la toute première Ariane 6 a déjà été lancée il y a plus de 31 ans ! C’était en juillet 1989 à Méribel lors d’un concours de micro-fusées organisé dans le cadre du IXe Festival d’Aviation et d’Astronautique de Méribel (du 12 au 16 juillet 1989). Ma fille aînée (qui avait alors 9 ans) avait appelé la sienne Ariane 6. C’était un modèle réduit (évidemment !…) de la fusée soviétique Energiya.

  2. La « technologie innovante » de la centrale inertielle KASSAV que vous mentionnez, a été mise au point par iXblue en s’appuyant sur des gyroscopes à fibre optique spatiaux et des accéléromètres à haute précision.
    Le développement de KASSAV a été réalisé avec Zodiac Data Systems pour le compte du CNES.

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