Troisième survol de la Terre pour Juice en route pour Jupiter
La sonde européenne Juice, en route vers Jupiter, a effectué un nouveau survol de la Terre le 28 septembre 2026. Ce passage à faible altitude a servi à modifier sa trajectoire et sa vitesse, sans consommer de carburant, grâce à l’assistance gravitationnelle de notre planète.
Un long périple vers l’extérieur du Système solaire
Lancée en avril 2023, la mission Jupiter Icy Moons Explorer (Juice) de l’Agence spatiale européenne (ESA) est engagée dans un voyage de près de 8 ans.
Pour éviter d’emporter une quantité colossale de carburant au décollage et donc de réduire la masse de charges utiles (les instruments scientifiques), les concepteurs de la sonde ont optimisé les réservoirs de la sonde pour une mission scientifique la plus complète possible. Les contrôleurs de vol ont alors conçu une trajectoire complexe exploitant la gravité de plusieurs corps célestes pour que la sonde s’insére en orbite autour de Jupiter en 2031, puis se placer en orbite autour de Ganymède en 2034.
Pour cela, plusieurs survols de planètes sont au programme le log des 8 ans de vol de croisière :
- un premier survol combiné Lune –Terre (une manœuvre de « freinage » pour envoyer Juice vers Vénus), réalisé en août 2024
- un survol de Vénus (qui a courbé son orbite et lui a donné un peu de vitesse supplémentaire), effectué en août 2025
- et maintenant deux nouveaux survols de la Terre, dont celui du 28 septembre 2026.
Ce troisième passage près de notre planète a positionné Juice pour un ultime survol terrestre en janvier 2029, qui la placera sur la trajectoire optimale pour intercepter Jupiter en 2031.

En utilisant la gravité de la Terre, de la Lune et de Vénus, les équipes de vol ajustent la trajectoire et la vitesse de Juice « presque gratuitement ».
Le 28 septembre, Juice est passé à 8 640 km de la surface terrestre, au plus proche à 11h45 UTC, au-dessus de l’Océan Indien. Ce survol a dévié sa trajectoire d’environ 20 degrés et augmenté sa vitesse d’environ 3,5 km/s.

Juste avant le point le plus proche, Juice a traversé l’ombre de la Terre entre le 27 septembre à 21h24 CEST au 28 septembre à 06h03 CEST. Pendant cette période, la sonde n’a pas reçu de lumière solaire et a fonctionné uniquement sur batteries. Pour éviter de les épuiser, l’équipe des opérations de l’ESA a priorisé les observations scientifiques les plus importantes des instruments de Juice durant cette phase.
Entre 15 et 30 minutes avant le point le plus proche de la surface terrestre, la sonde a survolé l’Australie, du nord-est vers le nord-ouest.
La « campagne de navigation » a débuté le 17 août 2026. Six fenêtres d’allumage des moteurs de Juice avaient été prévues (à –4 semaines, –2 semaines, –1 semaine, –3 jours, etc.) pour effectuer de minuscules corrections de trajectoire et garantir un angle et une vitesse optimaux au moment du survol.
Le 28 septembre à 08 h 00 CEST, les contrôleurs étaient prêts à exécuter une manœuvre d’urgence pour corriger d’éventuelles erreurs de navigation critiques ou éviter une collision avec d’autres satellites. Si tout se passe comme prévu, cette manœuvre ne sera pas utilisée.
Science « bonus » : observer la Terre et la Lune lors du survol
Comme lors du survol combiné Lune–Terre de 2024, les 10 instruments scientifiques de Juice ont été activés pour collecter des données sur la Terre et la Lune entre le 23 septembre et le 3 octobre. Ce survol de septembre 2026 est toutefois plus simple que celui de 2024 et donc a donné plus de liberté pour orienter la sonde dans différentes directions et pointer les instruments vers diverses régions de la Terre et de la Lune.

Ces observations permettent aux équipes instrumentales de :
- calibrer leurs instruments sur une « vraie » surface connue,
- préparer et tester leurs outils d’analyse de données,
- et ainsi être prêtes à obtenir les meilleures données possibles une fois arrivées autour de Jupiter et de ses lunes glacées.
Un aspect scientifique intéressant de ce survol est que Juice passe plusieurs jours dans la queue de la magnétosphère terrestre (la « magnétoqueue »). Cette structure, étirée à l’opposé du Soleil comme une manche à air, est créée par les particules chargées provenant du vent solaire.
Juice devrait donc réaliser des mesures très intéressantes du champ magnétique, qui pourront ensuite être combinées avec les données de la mission Smile, menée conjointement par l’Europe et la Chine.
Les images et les spectres collectés par certains instruments de Juice seront publiés dans les semaines à venir, après leur évaluation par les équipes scientifiques travaillant sur les instruments.
Tests de navigation optique avec la Lune
La caméra de navigation de Juice, qui l’aidera à terme à se déplacer avec précision autour des lunes de Jupiter, sera pointée vers l’horizon de notre propre Lune. Les images prises permettront de tester une nouvelle technique destinée à améliorer la précision de sa navigation optique.

Parallèlement, les deux caméras de surveillance embarquées ont pris des photos tout au long du survol.

Il nous reste à patienter jusqu’au prochain survol, mais surtout l’arriver de Juice en 2031 sur Jupiter où la sonde doit étudier en détail la planète et ses trois grandes lunes océaniques : Ganymède, Callisto et Europa, potentiellement habitables. À l’aide de sa suite puissante d’instruments de télédétection, géophysiques et in situ, Juice analysera les champs magnétiques, le rayonnement et le plasma autour de Jupiter, ainsi que leurs interactions avec les lunes, pour comprendre les systèmes de géantes gazeuses dans l’Univers.
Source principale : ESA

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