Rêves d'Espace

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Actualités spatiales

Le budget de l’ESA pour 2026-2028 en hausse pour l’autonomie et la résilience

Lors du Conseil ministériel de l’ESA 2025 (CM25) qui s’est tenu à Brême les 26 et 27 novembre, plusieurs annonces majeures ont été faites concernant les priorités spatiales européennes pour les années à venir.

Des ministres et des représentants de haut niveau se sont réunis pour le Conseil ministériel de l’ESA à Brême, en Allemagne, les 26 et 27 novembre. La Ministérielle a décidé des budgets et des priorités programmatiques de l’agence pour les trois prochaines années (crédit ESA – S. Corvaja).

Les États membres ont confirmé un soutien accru aux programmes scientifiques, technologiques et d’exploration, avec une hausse substantielle du budget à 22,2 milliards d’euros, soit une augmentation de 32% par rapport à 2022 (+ 17% compte tenu de l’inflation).

Crédit Air& Cosmos

Plusieurs pays ont augmenté leur contribution, notamment l’Allemagne qui a fait une augmentation significative. La France maintient une augmentation graduelle de sa contribution, mais cette contribution semble insuffisante face aux besoins croissants du secteur spatial. L’Italie n’a pas atteint les 4 milliards d’euros attendus mais a augmenté sensiblement son budget spatial, talonnant ainsi la France.

Répartition du budget par pays et évolution par rapport au CM22 (crédit ESA)

LE CM25 a beaucoup insisté sur l’effort des États Membres à renforcer la sécurité et la résilience européennes. L’initiative européenne « Résilience spatiale » a été introduite pour contribuer à soutenir les capacités à double usage en Europe.

C’est l’objectif des programmes ERS (European Resilience Satellite System) et IRIS². Le segment optique d’ERS a reçu plus de financement que prévu, avec une contribution majeure de l’Espagne. Le financement de la constellation de satellites de télécommunications en multi-orbite IRIS² a été confirmé.

La continuation du programme NAVISP (Navigation Innovation and Support Programme) et son évolution FutureNAV ont été approuvées lors de ce CM25. Ces programmes visent à stimuler l’innovation et la compétitivité européenne dans les domaines du positionnement, de la navigation et du timing (GNSS/PNT) par satellite. Ils s’inscrivent dans la continuité des efforts pour développer des technologies PNT résilientes, hybrides (spatiales et terrestres) et adaptées aux besoins futurs comme l’autonomie, la connectivité et la défense.

Les programmes de navigation de l’Agence spatiale européenne sont le moteur européen de la performance, de l’innovation et de la résilience en matière de positionnement, de navigation et de chronométrage spatiaux (PNT) (crédit ESA)

La réparation du budget par secteurs d’activité :

Lanceurs et Transport Spatial

Le budget transport spatial a reçu 4,4 milliards d’euros, dont 1,7 milliard de la France. Il vise à sécuriser l’accès autonome à l’espace pour l’Europe avec Ariane 6 et Vega C. Ainsi le développement du booster P160C pour améliorer les performances d’Ariane 6 et Vega-C est financé.

Les fusées Vega-C et Ariane 6 bénéficieront toutes deux du moteur-fusée P160C, plus puissant, qui remplacera l’actuel P120C (crédit ESA).

L’European Launcher Challenge (ELC) a obtenu deux fois plus de financement que prévu. Les 5 fournisseurs de services de lancement européens présélectionnés par l’ESA avant le CM25 (Maya Space, RFA, Isar Aerospace, PLD Space et Orbex) recevront le soutien de l’ESA pour leurs phases de montée en puissance respectives afin d’accélérer le déploiement du service auprès des utilisateurs institutionnels européens. Les fonds ont été davantage canalisés vers l’ELC plutôt que vers le développement d’Ariane Next/Ariane 7.

Le financement du développement d’un nouveau moteur à forte poussée, visant à développer un moteur-fusée cryogénique de classe 60 tonnes, basé sur la propulsion oxygène méthane, destiné à être utilisé avec les futurs lanceurs européens, a été également approuvé.

Le Space Rider, la capacité opérationnelle de l’Europe à revenir de l’espace, est confirmé pour un vol en 2028 sur Vega-C. Cet engin robotique sans équipage restera en orbite basse pendant environ deux mois, effectuant diverses expériences avant de retourner sur Terre.

Illustration de la mission du Space Rider (crédit ESA)

Des rénovations importantes du Centre Spatial Guyanais (CSG) sont également prévues pour gagner en capacités de lancement (lancer plus souvent et les nouveaux lanceurs légers).

Exploration Humaine et Robotique

Ce domaine n’a pas reçu l’intégralité du budget demandé, avec environ 800 millions d’euros manquants.

La mission ExoMars « Rosalind Franklin » a reçu une bonne nouvelle avec la confirmation du partenariat de la NASA pour une date de lancement en 2028. La NASA devrait fournir le système de propulsion pour l’atterrissage, le lanceur et d’autres éléments comme le système de chauffage à radio-isotopes RHU.

L’atterrisseur lunaire Argonaut est confirmé pour maintenir la participation européenne aux missions lunaires comme fournisseur d’une solution de fret [article à venir].

Illustration de l’atterrisseur européen Argonaut (crédit ESA)

L’ESA a obtenu trois sièges pour des astronautes européens dans le programme Artemis (missions 4, 5, 6), attribués à un Allemand, un Italien et un Français.

Les astronautes de l’ESA présents au CM25 (crédit BFMTR)

Le programme Leo Cargo Return a reçu du financement pour deux vols tests d’amarrage à l’ISS cofinancés avec les industriels. Cela garantit aux astronautes européens l’accès à la Station Spatiale Internationale jusqu’à sa fin d’exploitation prévue en 2030, dans le cadre d’échanges de services (1 fourniture = 1 siège d’astronaute).

Observation de la Terre et Missions Scientifiques

Le domaine de l’observation de la Terre reste prioritaire mais avec un budget légèrement réduit car moins de missions à financer que lors de la précédente ministérielle. L’essentiel du programme Copernicus est financé par l’Union Européenne.

Une part importante du budget est consacrée au projet Destination Earth (DestinE) ou Jumeau Numérique de la Terre et à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le traitement des données.

Le programme scientifique obligatoire a été entièrement financé (3,787 milliards d’euros).

Les missions New Athena (observatoire à rayons X) et LISA (mesures des ondes gravitationnelles) ont été confirmées.

Illustration de NewAthena (crédit ESA)

Ariel, une mission pour étudier l’atmosphère des exoplanètes, est en construction et doit décoller en 2029.

Une mission vers Encelade (lune de Saturne) est en phase d’étude préliminaire.

Présentation de la surface d’Encelade et la mise à l’échelle avec Notre Dame de Paris et la Tour Eiffel au Salon du Bourget 2025 (crédit Rêves d’espace).

Comet Interceptor, une sonde positionnée au point de Lagrange L2 pour intercepter une comète lors de son passage « à proximité » de la Terre, est financée.

Illustration de la mission Comet Interceptor (crédit ESA)

Sécurité Spatiale et enjeux technologiques

Ce domaine a reçu plus d’argent que prévu.

La mission Ramses vers l’astéroïde Apophis est financée. Son calendrier est serré pour intercepter l’astéroïde Apophis lors de sa rencontre rapprochée avec la Terre en 2029. Cette mission aidera à se préparer à de futurs astéroïdes potentiellement dangereux.

Vigil, une mission de météorologie spatiale pour remplacer le vieillissant SOHO, est également financée. Elle avait initialement été approuvée au CM22. Le projet devrait faire l’objet d’un examen préliminaire de sa conception (CDR) au début de l’année prochaine.

Présentation de Vigil (crédit ESA)

Afin de réduire les déchets dans l’espace à l’avenir, les tests d’entretien en orbite seront financés par RISE, une mission commerciale projet en cofinancement ESA/ D-Orbit.

Présentation du service d’entretien en orbite RISE (crédit ESA)

Moonlight, un système de télécommunication lunaire, est confirmé.

Illustration de Moonlight (crédit ESA)

Le satellite SAGA (Security And cryptoGrAphic), une mission de démonstration pour la communication quantique, passera à la construction et à la mise en œuvre.

La composante spatiale d’infrastructures de communication quantiques, SAGA (Security And cryptoGrAphic), sera développée sous la responsabilité de l’ESA et consistera en des systèmes de communication quantique par satellite à portée paneuropéenne (crédit ESA).

De nouveaux centres spatiaux européens à l’étude

L’ESA a signé des lettres d’intention en vue de préparer de nouveaux centres qui seront hébergés dans deux États membres. Une lettre d’intention a été signée avec la Pologne afin d’examiner la possibilité d’héberger un nouveau centre spécialisé dans la sécurité et les applications à double usage/multi-usage. Une autre lettre d’intention entre la Norvège et l’ESA va permettre aux deux parties d’évaluer la création d’un centre spatial arctique de l’ESA à Tromsø.

À suivre

Il reste évidemment de nombreuses incertitudes vis-à-vis du programme lunaire à cause des décisions à venir de l’Administration Trump. La nomination probable de Jared Isaacman comme directeur de la NASA pourrait être favorable au programme Gateway.

La NASA n’est plus un partenaire fiable, comme me l’ont dit plusieurs sources à l’ESA. L’ESA doit donc s’adapter aux changements de priorités de la NASA, comme pour la mission Mars Sample Return par exemple.

Dans les semaines et les mois à venir, il faudra suivre en détail la répartition du budget pour l’exploration humaine et robotique pour déterminer l’impact sur les projets Exomars, Argonaut et Gateway notamment, avec par exemple la clarification sur l’avenir des modules européens pour cette station lunaire.


Daniel Chrétien, journaliste spatial, a fait le débrief de cette Ministérielle en live pour Rêves d’espace :

Merci à Arukarisu pour son don sur Ko-fi pendant le live.


Sources principales : ESA + Daniel Chrétien chez Air&Cosmos.

Texte généré en partie grâce à l’IA

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