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L’échec du lanceur H3 japonais dû à une cause pour le moins inhabituelle

Le 22 décembre 2025, la fusée japonaise H3 No.8 a échoué à placer sur orbite le satellite Michibiki No.5. Malgré un début de vol nominal, une anomalie critique lors de la séparation de la coiffe a conduit à l’échec de la mission.

La JAXA (Agence d’exploration aérospatiale japonaise) a publié un rapport préliminaire ce 20 janvier détaillant les causes probables de cet incident.

Ce lancement du 22 décembre était le 8e vol de la H3, après un échec inaugural en 2023 (TF1 pour un problème électrique dans le premier étage) et plusieurs succès intermédiaires dont le premier vol opérationnel en février 2024 et l’envoi du premier cargo de ravitaillement de l’ISS de nouvelle génération HTV-X en octobre 2025.

Michibiki No.5 n’a pas atteint l’orbite prévue. Ce satellite devait renforcer la constellation Quasi-Zenith Satellite System (QZSS), aussi appelé Michibiki, conçu pour améliorer la précision du système américain GPS au Japon et en Asie-Océanie, pour une couverture optimale pour des applications civiles et militaires. Le nom du système QZSS vient du fait que les satellites sont au-dessus du Japon environ 8 heures par jour.

Mise sous coiffe du satellite Michibiki No.5 (crédit JAXA)

Un souci sur l’adaptateur lanceur ?

Après un décollage à 1h51 UTC, la séparation du premier étage et des boosters se sont déroulés normalement.

À 225 secondes après le décollage, c’est la séparation de la coiffe. Des données télémétriques anormales sont alors enregistrées : des accélérations inattendues (chocs multiples) sur la structure porteuse du satellite, puis une perte de pression dans le réservoir d’hydrogène liquide (LH2) du deuxième étage.

Données d’accélération et les signaux de séparation des capteurs sur la structure de support du satellite.
Les capteurs de la structure de support du satellite montrent des pics d’accélération anormaux (en rouge), indiquant un choc ou une vibration inattendue. Les données sont comparées avec des vols précédents (en vert et bleu), où ces anomalies n’étaient pas présentes (crédit JAXA)

Cela entraîne l’impossibilité de redémarrer le moteur du deuxième étage pour la deuxième mise à feu.

Les données suggèrent que la structure porteuse du satellite a été endommagée lors de la séparation de la coiffe, entraînant une cascade de défaillances.
— Rapport préliminaire de la JAXA, janvier 2026.

Avant la séparation : La coiffe est intacte. Après la séparation : Des débris et des parties endommagées de la coiffe et du satellite sont visibles. Les images du 5e vol (F5) montrent une séparation propre, sans débris (crédit JAXA).

Les capteurs de séparation du satellite n’ont pas confirmé la libération normale.

Des images vidéo des caméras embarquées montrent des débris et un mouvement erratique du satellite.

Images comparatives entre le 8e vol (F8) et le 5e vol (F5) : Les images montrent des débris ou des anomalies visuelles (comme des parties du satellite ou de la coiffe endommagées), comparées à une séparation normale, sans anomalies (crédit JAXA).

La JAXA a identifié plusieurs scénarios probables :

  • Choc mécanique : Contact entre la coiffe et le satellite lors de la séparation.
  • Défaillance structurelle : Rupture de l’adaptateur ou du mécanisme de séparation.
  • Problème de dépressurisation : Anomalie dans la gestion de la pression à l’intérieur de la coiffe.
Extrait du rapport d’enquête montrant la zone suspectée d’être la source de l’échec : La structure de support du satellite (en rouge) semble endommagée ou déformée après la séparation de la coiffe (crédit JAXA).

Les investigations sont toujours en cours avec une analyse approfondie des données et des enregistrements vidéos. La JAXA et Mitsubishi, constructeur du lanceur, vont effectuer des simulations pour reproduire les conditions de séparation de la coiffe en laboratoire. Il y aura aussi la vérification des procédures de fabrication des composants critiques. Le rapport final est attendu dans les 3 à 6 mois.

La reprise des vols de la H3 est conditionnée aux résultats finaux des investigations.

Les échecs de lanceur ayant pour cause la séparation de la coiffe sont assez rares. On peut citer 2 échecs du lanceur américain Minotaur-C (pas de séparation de la coiffe) [Je n’ai pas trouvé d’autres exemples].

L’enjeu est important pour le Japon pour 2026 : garder sa souveraineté au niveau lancement et maintenir sa position sur le marché des lancements commerciaux, continuer à déployer son système QZSS et ses satellites étatiques, assurer l’envoi des cargos HTV-X vers l’ISS et assurer l’envoi de la mission MMX dans la fenêtre de tir d’octobre-novembre vers Mars.

Test de séparation de la coife H3 avant

Source principale : Lien vers le rapport complet de la JAXA.

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