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Artemis

Artemis II : le décollage et les premières heures de la mission

Après des mois d’attente, le lanceur SLS de la mission Artemis II a décollé le 1er avril à 22h35 UTC (0h35 heure de paris le 2 avril) emmenant un équipage de 4 astronautes pour un survol de la Lune.

Décollage SLS Artemis II (crédit John Krauss)
Artemis II Launch (NHQ202604010113)
Le SLS d’Artemis II a décollé le 01/04/2026 (UTC) (crédit ASA/Keegan Barber)

Si tout va bien, Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen devrait survoler la face cachée de la Lune le lundi 6 avril, une première depuis la mission Apollo 17 en décembre 1972.

Mais d’ici là les étapes ont été nombreuses et les suivantes restent pleines de risques.

Un compte à rebours presque parfait

Après le retour du SLS sur la pas de tir le 20 mars, la NASA prévoyait un décollage au 1er avril avec une fenêtre de tir de 2 heures commençant à 22h24 UTC.

Le compte à rebours a commencé 49 heures et 50 minutes avant ce début de fenêtre de lancement. L’objectif est de mettre en service tous les systèmes de la mission. Cela inclut le lanceur SLS, le vaisseau Orion, le pas de tir et les antennes de communications. Les équipes de récupération sont prêtes en cas d’abandon en vol prématuré. Les centres de mission au Kennedy Space Center gèrent le décollage. Le centre Johnson à Houston supervise le reste de la mission.

Les différents systèmes du lanceur ont commencé à être activités et les différentes batteries du SLS et du vaisseau Orion ont été chargées à pleine puissance. À L-15h30, tout le personnel non essentiel a reçu l’ordre de quitter le pas de tir LC-39B.

Artemis II Preflight (NHQ202603310017)
La camionnette du Closeout Crew et le Space Launch System (SLS) au Launch Complex 39B, le mardi 31 mars 2026, au Kennedy Space Center de la NASA en Floride (crédit : NASA/Bill Ingalls)

À 12h33 UTC le 1er avril, l’équipe de lancement reçoit le « go » officiel pour commencer le remplissage des réservoirs du SLS. Les opérations de « chilldown » [refroidissement des lignes de transfert de propergol] débutent pour préparer le remplissage en propergol cryogénique (oxygène liquide LOX et hydrogène liquide LH2).

La phase de remplissage lent (slow fill) en LH2 et LOX dans le premier étage du SLS a commencé pour permettre une adaptation progressive des réservoirs aux températures cryogéniques, le LH2 étant à -253°C et le LOX à -183°C. S’en ait suivie la phase de remplissage rapide (fast fill) pour l’oxygène liquide (LOX) dans le premier étage, puis au tour du remplissage rapide pour l’hydrogène liquide (LH2) dans le premier étage.

Début de la phase de remplissage de l’étage principal (crédit live NASA)

À 14h25 UTC, à T0-6h00, l’équipage a commencé officiellement sa journée de lancement et se rend au Neil Armstrong Operations and Checkout Building (O&C) pour se préparer. Le point météo confirme que les conditions sont bonnes pour un décollage ce jour et aussi en cas de récupération éventuelle prématurée.

À 14h36 UTC, à T0-7h20m, C’est le début du refroidissement de l’hydrogène liquide pour l’étage supérieur (ICPS) et à 14h52, le remplissage de l’ICPS en LH2 commence. A 17h23 UTC, soit à T0-05h01, le réservoir LOX de l’ICPS était rempli et le réapprovisionnement continu en carburant des 2étages commençait pour faire face aux évaporations naturelles des ergols cryogéniques.

Remplissage terminé en ergols du SLS (crédit live NASA)

Pendant environ 1h10m de pause d’activités sur le lanceur lui-même, l’équipe de lancement effectue de nombreuses vérifications sur le lanceur : examen des données du ravitaillement cryogénique, des systèmes de propulsion et des communications pour garantir que tous les paramètres répondent à des critères stricts de sécurité et de performance. Pendant ce temps, les équipes peuvent également résoudre d’éventuels problèmes mineurs sans impacter le planning global de lancement.

À partir de 18h15 UTC, l’équipage enfile leurs combinaisons de vol puis leur étanchéité est vérifiée. Ces combinaisons, adaptées à la morphologie de chaque astronaute, sont nécessaires pour toutes les phases dynamiques de vol en cas de dépressurisation du vaisseau. Elles sont héritées des combinaisons des Navettes Spatiales mais avec des améliorations : casque plus léger, mobilité accrue, des gants compatibles des écrans tactiles, …

L’équipage a effectué la traditionnelle partie de cartes avec le chef du Bureau des Astronautes, Scott Tingle. Le commandant doit perdre afin de conjurer le mauvais sort.

L’équipage a quitté l’O&C pour le pas de tir LC-39B à T0-04h40m, après un dernier au revoir à leurs proches.

L’équipage est arrivé au pas de tir à 19h14 UTC. Avec l’aide de l’équipage de « proximité », le Close-Out Crew, l’équipage a enfilé soigneusement ses casques et ses gants, et a finalisé les contrôles d’intégrité des combinaisons avant de monter à bord du vaisseau Orion à T0-4h00. Ils s’assurent également du bon fonctionnement des communications entre l’équipage et les Mission Control.

Installation de l’équipage dans Orion avec l’aide du Close-Out Crew (crédit live NASA)

Au cours des 2 heures suivantes après l’entrée de l’équipage, le Close-Out Crew a fermé l’écoutille d’Orion et effectué les contrôles de fermeture et de pressurisation, puis a fermé finalement l’écoutille du système d’interruption de lancement (LAS – Launch Abort System) à T0-01h30. Le Close-Out Crew a quitté le pas de tir vers 23h00 UTC.

Fermeture en cours de l’écoutille d’Orion (crédit live NASA)
Fermeture de l’écoutille extérieure, du LAS (crédit live NASA)

Vers 22h00 UTC, il y a eu un problème de communication entre le Sol et le système de destruction du lanceur, le Flight Termination System (FTS), mais vite résolu. Le FTS est un système de sécurité qui permet aux ingénieurs au sol d’envoyer un signal pour détruire le lanceur si elle devait dévier de sa trajectoire pendant l’ascension, afin de protéger la sécurité publique. Sans l’assurance que ce système fonctionnerait si nécessaire, le lancement serait impossible. 

Un second souci sur un capteur de température hors spécification est apparu ensuite sur la batterie du contrôleur de moteur de contrôle d’attitude du système d’abandon de lancement (LAS, Launch Abort System), ce système permettant d’éjecter la capsule d’équipage hors du lanceur en cas d’anomalie majeure lors du décollage. L’équipe de lancement a décidé qu’il s’agissait probablement d’un problème d’instrumentation et qu’il n’affectera pas le lancement.

À 23h19 UTC, il a été choisi de finaliser quelques préparatifs au lancement et de reporter l’horaire de décollage à 22h35 UTC.

Lors de la séquence de Go-NoGO dédiée à ce que tous les responsables de sous-systèmes décident s’ils sont tous prêts au décollage, le Go unanime a été finalement donné. La Directrice de lancement, Charlie Blackwell-Thompson a alors déclenché les 10 dernières minutes du compte à rebours, le décompte final.

Charlie Blackwell-Thompson donne le GO au décompte final (crédit live NASA)

Et décollage !

Tout s’enchaîne alors. A T0 -6m, Orion passe sur batteries. À T0 -4m les réapprovisionnements en carburants commencent à s’arrêter. L’ICPS passe sur batteries à T0 -2m02s, puis c’est au tour de l’étage central à T0 -1m30s. À T0 -33s, c’est le début de la séquence automatique. À T0 -6,36s les moteurs RS-25 de l’étage principal s’allument et à T0, ce sont les propulseurs à poudre SRB. Et décollage à 22h35 UTC !

Après une manœuvre de tangage/roulis (« roll/pitch »), le « Max Q » est atteint à 1m12s de vol, le moment où la pression dynamique est la plus forte sur le lanceur.

Les SRB sont éjectés à T0 +2m09s.

Artemis II Launch (NHQ202604010222)
Ejection des 2 SRB (crédit NASA/Joel Kowsky)

Le largage de la protection du vaisseau Orion et du système d’abandon LAS intervient à T0 +3m13s et les moteurs principaux s’éteignent (MECO, Main Engine Cut Off) à T0+08h02s.

Planning prévisionnel des premiers évènements d’après décollage (crédit NASA)

La séparation de l’étage supérieur de l’étage central intervient à T0+8m14s. Désormais, la première phase dynamique de vol est terminée.

Orion déploie ses ailes

Le déploiement des 4 panneaux solaires du module de service du vaisseau Orion est une étape critique du vol car il doit permettre de charger les batteries du vaisseau et de l’étage supérieur ICPS. Il est intervenu environ 18 minutes après le décollage.

La caméra fixée sur le module de service montre en partie 2 des panneaux solaires déployés sous fond de Terre (crédit NASA/ESA)

Les astronautes ont commencé à activer les systèmes environnementaux comme les toilettes et le système d’approvisionnement en eau potable. Christina Koch a signalé alors qu’un voyant orange clignotait sur les toilettes après le démarrage. Le souci a été résolu après quelques heures avec l’aide du Sol et les toilettes sont désormais opérationnelles.

Les opérations de proximité après l’élévation de l’orbite

Moins d’une heure après le décollage, l’ICPS a augmenté son périgée et son apogée, les points les plus bas et les plus élevés de l’orbite du vaisseau toujours attaché à l’étage supérieur. Orion se retrouve alors sur une orbite elliptique haute.

La séparation du vaisseau Orion Integrity de l’étage supérieur a eu lieu à 1h57 UTC, soit à T0+3h22.

Victor Glover a alors procédé aux opérations de proximité, une nouveauté par rapport à Artemis I. Glover a piloté manuellement le vaisseau Orion pendant environ 70 minutes afin d’évaluer les qualités de translation et de rotation d’Orion en vue des futurs amarrages avec les atterrisseurs lunaires Human Landing System.

Artemis II : Test de démonstration de pilotage. Traduction : Les astronautes piloteront Orion lors d’un test appelé démonstration des opérations de proximité. Ce test vérifiera les qualités de manipulation d’Orion en utilisant l’étage de propulsion cryogénique provisoire (ICPS) comme cible. 1) Détachement et renversement automatisé : Orion se détache de l’ICPS et effectue un flip automatisé pour faire face à sa cible. 2) Contrôle à 90 mètres : À environ 90 mètres de distance, l’équipage prend le contrôle pour les premières vérifications des capacités manuelles, y compris la rotation et le mouvement latéral. 3) Pilotage à 9 mètres : L’équipage pilote Orion jusqu’à environ 9 mètres de sa cible. 4) Vérification des qualités de manipulation : L’équipage arrête Orion et vérifie les qualités de manipulation à courte distance. 5) Éloignement et protection thermique : Orion s’éloigne et l’ICPS tourne pour protéger ses propriétés thermiques. 6) Deuxième série de manœuvres manuelles : L’équipage entame une deuxième série de manœuvres manuelles, cette fois en utilisant une cible sur le côté de l’étage. 7) Allumage de départ : Orion effectue un allumage moteur de départ pour continuer le reste de la mission (crédit NASA).

Glover a approché le vaisseau à environ 10 mètres des 2 cibles sur l’étage supérieur ICPS et a noté la bonne manœuvrabilité du vaisseau.

D’autres manœuvres pour élever l’orbite du vaisseau ont eu lieu par la suite afin de placer Orion sur une orbite haute stable qui s’aligne sur sa trajectoire vers la Lune à environ 70 000 km d’altitude pour l’apogée.

Les cubesats ont été déployés et l’équipage a fait une sieste

Les 4 cubesats installés sur l’adaptateur du vaisseau ont été déployés environ 5 heures après le décollage.

L’ICPS s’est éloigné d’Orion et a fini par être désorbité au-dessus de l’Océan Pacifique.

L’équipage a effectué une sieste de 4 heures et a été réveillé à 7 heures du matin EDT le jeudi 2 avril, soit à 11h00 UTC. Ils ont une autre période de sommeil vers 13h40 UTC.

C’est la fin du jour 1 de la mission. A venir : l’injection translunaire. Cette manoeuvre essentielle pour mettre le vaisseau sur une trajectoire vers la Lune devrait être réalisée vers 23h49 UTC (1h49 heure de Paris le 3/04/26).

A découvrir dans un prochain article !

Une vue de la Terre depuis le vaisseau Orion alors qu’il est en orbite terrestre le 02/04/2026 (crédit NASA, depuis les caméras installés sur le module de service fournit par l’ESA)

Pour compléter :

Pour suivre en direct la mission :

Tous mes articles sur Artemis II

Le replay de mon direct :

Photos de couverture : crédit NASA

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