Perte des satellites Seosat-Ingenio et Taranis dans l’échec de Vega VV17

Mardi 17 novembre, 1h52 UTC, le lanceur européen Vega décolle du Centre Spatial Guyanais. C’est la mission VV17.

crédit CNES/Arianespace

A son bord, 2 satellites : Taranis construit par le CNES et Seosat-Ingenio construit par Airbus Space en Espagne.

Seosat avant la mise sur coiffe (crédit Airbus)

Le satellite Taranis à Kourou (crédit CNES)

Problème sur l’étage supérieur

Tout se passe bien pour les 3 premiers étages du lanceur.

Mais 8 minutes après le décollage, juste après l’allumage du moteur de l’étage supérieur AVUM, un écart de trajectoire est identifié par l’équipe de suivi de la mission VV17.

Capture d’écran du live Arianespace montrant un infléchissement de la trajectoire

La vitesse du lanceur n’était alors plus assez suffisante pour la mise sur orbite des 2 satellites. La télémétrie n’ayant pas été reçue sur la station de suivi au sol de Galliot en Guyane alors que le 4e étage devait la survoler lors de sa mise sur orbite, Arianespace a déclaré la mission perdue environ 2 heures après le décollage.

En se dirigeant vers le nord au-dessus de l’océan Atlantique, les trois premiers étages du lanceur ont propulsé successivement les deux charges utiles à près de 7,6 kilomètres par seconde, juste en dessous de la vitesse requise pour atteindre l’orbite. Ce sont les 4 allumages suivants de l’AVUM (Attitude and Vernier Upper Module) qui permettent ensuite d’atteindre la vitesse et l’altitude de séparation des satellites.

Présentation de la séquence de lancement lors du live d’Arianespace montrant les étapes vers 8 minutes de vol

Seosat-Ingenio et Taranis perdus

SEOSAT-Ingenio devait être le premier satellite à être placé sur orbite après 54 minutes de vol. Taranis devait se séparer du lanceur 1h42 après le décollage sur une orbite vers 700 km d’altitude.

SEOSAT-Ingenio (pour ingéniosité en espagnol) devait prendre des image de la Terre avec une résolution de 2,5 m, avec un taux de revisite de 3 jours (passage à nouveau au-dessus du même lieu), pour la cartographie, l’agriculture, la gestion des forêts, le développement urbain et la gestion de l’eau, pour le compte de l’ESA et en particulier pour le gouvernement espagnol qui a financé en grande partie le satellite pour promouvoir l’industrie espagnole.

Taranis devait récolter des données sur les évènements lumineux transitoires ou TLE en anglais pour Transient Luminous Events, des phénomènes se passant dans la haute atmosphère mal connus. Ces données étaient attendues par de nombreux scientifiques français et du monde entier car les connaissances des TLE depuis l’espace sont très faibles [un article complet était prêt 🙁 ]

La mission Taranis étant une mission scientifique payée par des fonds publics, il n’est pas sûr que le satellite soit reconstruit. Toutefois le CNES a annoncé dans un communiqué :

Le CNES a immédiatement lancé une réflexion sur les suites qui pourront être données à Taranis. L’échec de la nuit dernière n’est pas une fin en soi, il ne freinera pas cette nécessité de mieux connaître les phénomènes méconnus que devait étudier le satellite.

Des investigations très rapides

L’analyse de la télémétrie de la mission VV17 a été très rapide. Arianespace a rapidement communiqué, et avec transparence, sur les causes probables de l’échec de VV17 :

Selon les enquêtes initiales, menées du jour au lendemain avec les données disponibles, un problème lié à l’intégration du système d’activation de la tuyère du quatrième étage AVUM est la cause la plus probable de la perte de contrôle du lanceur.

Le lanceur Vega (credit Arianespace)

Ainsi rapidement les télémétries ont amené Arianespace à conclure que les câbles vers deux actionneurs de commande vectorielle de poussée étaient inversés. La tuyère tournait à droite au lieu de tourner à gauche !

Selon  Roland Lagier,, directeur technique de l’opérateur,

C’est clairement un problème de production et de qualité, une série d’erreurs humaines et non un problème de conception

Arianespace a précisé que le lanceur et les 2 satellites toujours attachés sur le lanceur était tombés dans une zone complètement inhabitée à proximité de la zone de largage prévue pour l’étage Zefiro 9.

Conformément à leurs protocoles standards, Arianespace et l’Agence spatiale européenne (ESA) mettront en place une commission d’enquête indépendante coprésidée par Daniel Neuenschwander, directeur du transport spatial à l’ESA, et Stéphane Israël, directeur général d’Arianespace. La Commission fournira des preuves détaillées pour expliquer pourquoi des mesures n’ont pas été prises pour identifier et corriger l’erreur d’intégration. La Commission élaborera une feuille de route pour le retour en vol du Vega dans des conditions de fiabilité totale. Arianespace et l’ESA présenteront conjointement les conclusions de cette commission.

Deux mois et demi après le retour en vol réussi de Vega suite à l’échec de VV15 en juillet 2019, c’est assurément un gros coup dur pour Arianespace et Avio le constructeur du lanceur. Le planning des lancements prévus en 2021 sera très certainement perturbé.

Publicités

1 Comment

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.