Pas de phosphine sur Vénus selon SOFIA

En 2020, des chercheurs annonçaient avoir détecté de la phosphine dans l’atmosphère de Vénus, un gaz marqueur d’une activité biologique potentielle. Mais d’autres chercheurs émettaient rapidement des doutes sur cette découverte qui avait fait pourtant le buzz sur les médias, car la phosphine sur Terre est associée à la biologie, issue de matière organique en décomposition dans les tourbières, les marécages et les marais [article De la vie sur Vénus ? Pas si sûr…].

SOFIA, un télescope dans un avion

De nouvelles observations effectuées en 2021 par l’observatoire stratosphérique en astronomie infrarouge SOFIA (Stratospheric Observatory for Infrared Astronomy) semblent compléter les doutes sur la présence de phosphine sur Vénus.

SOFIA était un télescope de 17 tonnes installé dans un Boeing 747SP modifié fourni par l’agence spatiale allemande, le DLR, et géré opérationnellement par le centre de recherche Ames de la NASA avec le support de l’Universities Space Research Association (Maryland), et l’Institut allemand SOFIA de l’Université de Stuttgart. L’avion a été entretenu et exploité par le Armstrong Flight Research Center Building 703 de la NASA (Californie). SOFIA a atteint sa pleine capacité opérationnelle en 2014 et a conclu son dernier vol scientifique le 29 septembre 2022 après un total de 732 nuits d’observation [pour en savoir plus sur les découvertes de SOFIA : NASA’s Legacy of Science, Engineering in Retirer Airborne Observatory].

SOFIA en vol (crédit NASA)

Au cours de trois vols en novembre 2021, SOFIA a cherché des traces de phosphine dans l’atmosphère de Vénus. Grâce à son fonctionnement depuis la stratosphère terrestre, SOFIA a pu effectuer des observations non accessibles depuis les observatoires terrestres. Avec un miroir de 2,5 m de diamètre et sa haute résolution spectrale, il peut être sensible à la phosphine dans l’atmosphère à haute altitude de Vénus, à environ 75 à 110 kilomètres au-dessus du sol, soit dans la même région que la « découverte » de 2020, avec une couverture spatiale sur l’ensemble du disque vénusien.

Les chercheurs de SOFIA n’ont vu aucun signe de phosphine dans l’atmosphère de Vénus. Selon leurs résultats, s’il y a de la phosphine présente dans l’atmosphère de Vénus, c’est un maximum d’environ 0,8 partie de phosphine par milliard de pièces tout au plus, beaucoup plus faible que l’estimation initiale.

La phosphine (PH3) est un composé chimique relativement simple, un atome de phosphore avec trois hydrogènes, qu’on trouve communément dans les atmosphères des planètes gazeuses comme Jupiter et Saturne. Mais pour Vénus, qui est une planète tellurique, ce n’est pas si simple d’en fabriquer car au-delà de l’aspect biologique (ce qui est peu probable), il n’y a pas d’activité volcanique ni de foudre qui pourrait former de la phosphine.

Avec les mesures de SOFIA, les relevés de la première équipe de 2020 ne sont pas, à ce jour, suffisamment confirmés pour constituer une preuve de l’existence de phosphine dans l’atmosphère de Vénus.

Vénus en UV par la sonde japonaise Akatsuki (crédit ISAS, JAXA, Akatsuki; Processing: Meli thev)

Source : No Phosphine on Venus, According to SOFIA

Image de couverture : Les données spectrales de SOFIA superposées à cette image de Vénus de la sonde Mariner 10 de la NASA sont ce que les chercheurs ont observé dans leur étude, montrant l’intensité de la lumière de Vénus à différentes longueurs d’onde. Si une quantité importante de phosphine était présente dans l’atmosphère de Vénus, il y aurait des creux dans le graphique aux quatre emplacements étiquetés «PH3», similaires mais moins prononcés que ceux observés aux deux extrémités (crédit: Vénus: NASA / JPL-Caltech; Spectra: Cordiner et al. (Crédit: Venus: NASA/JPL-Caltech; Spectra: Cordiner et al.)

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